‹ Études d' histoire romantique: documents inédits (volume 2)Chapitre 8 sur 34 · ET L ECOLE ROMANTIQUE ^O · texte numérisé non relu

ET L ECOLE ROMANTIQUE ^O

Il rînteriogeait curieusement sur ses théories, ses |)rocédés, sa métrique — et timidement d'abord, résolument ensuite, il lui présentait ses observations.

Peu à peu, la religion et la politique se mêlèrent à la poésie. Sainte-Beuve et Victor Hugo avaient, en ces matières, des idées très opposées; mais le premier ne tarda pas à s'apercevoir que chez l'autre c'était moins affaire de conviction que d'imagination, de religion que de sentiment. En religion, Victor Hugo était catholique, parce que la société qu'il fréquentait, ses protecteurs, le couvrant, la mode, étaient catholiques. En politique, il était royaliste, parce que c'était alors son intérêt. — Sainte- Beuve n'était ni l'un ni Fautre. En matière religieuse, il avait perdu toute espèce de foi; en matière politique, il pensait comme le Globe. Le moyen de s'entendre, de se lier avec des vues si différentes sur les principes mêmes qui servent à régler l'esprit de conduite ? La poésie fut le trait d'union, le <( charme » fit le reste. Au bout de quelque temps, les deux amis agirent l'un sur lautre sans s'en rendre bien compte. Sainte-Beuve se rapprocha de Victor Hugo au point de vue religieux (i), Victor Hugo, par une manière de choc en retour, se 'approcha de Sainte-Beuve au point de vue politique. Vultra qu'il était, il devint libéral. A quel autre, en iffet, étant donné que Victor Hugo refléta toute sa vie es idées et les opinions de quelqu'un, à quel autre qu'à >ainte-Beuve pourrait-on attribuer le changement près-

(i) « Tu finiras par comprendre, écrivait-il à l'abbé Barbe en 1828, que ce >nt (à part quelques hommes de bonne foi et abusés) quelques intrigants, es indifféreuts en matière de croyance, mais avides de pouvoir et furieux * le voir échapper, qui cherchent k troubler le pays et à remuer des centres . Le temps, en passant sur les libéraux, a frappé les vieux incorrigibles ji sont de moins en moins nombreux, et a communiqué à tous ceux qui /aient quelque sens une modération qu'ils n'ont pas toujours eue... » (Les iunes année» de Sainte-Beuve, p. 18.)

que subit qui se manifesta dans ses idées politiques, ^ partir de 1827? Ce n'est pas à Chateaubriand; ce n'est^ pas à Lamennais. Outre qu'il ne voyait le premier que de loin en loin, si Victor Hugo avait dû modifier son. opinion dans le sens libéral, c'eût été plutôt en 1824, lorsque Chateaubriand fut précipité du pouvoir; et quant au second, qu'il ne voyait pas plus souvent, il n'aurait pu alors que le diriger dans le sens contraire, la politi-l que, aux yeux de Lamennais, étant à cette époque subordonnée à la religion, c'est-à dire à la théocratie, qui est la négation même de la liberté.

C'est donc à dater de ses relations avec Sainte-Beuve que les idées politiques de Victor Hugo se modifièrent. Jusque-là son royalisme était demeuré blanc comme neige; poète, il n'avait eu des chants que pour les gloires et les malheurs de la dynastie régnante. Je me trompe, dans une ode fameuse intitulée les Deux tleSy il avait j donné la réplique au Bonaparte de Lamartine, mais , c'avait été pour maudire le tyran. J

Tout autre était le sentiment qui lui dicta, en 1827, VOde à la colonne Vendôme, A la malédiction succédait l'enthousiasme. Du coup son royalisme se teintait de bonapartisme, et cette teinte ne fit que s'accentuer avec' les événements. En i83o, à l'occasion d'une pétition sur le retour des Cendres, il chante une nouvelle Ode à la Colonne; en 1882, pendant que la duchesse de Berry soulève la Vendée, il célèbre Napoléon IL C'est fini : désormais sa Muse n'aura d'autre cocarde que la cocarde tricolore, et même après le Deux-Décembre, même après Napoléon le Petit, sur son rocher de Guernesey, il ne cessera de chanter Napoléon le Grand. Ainsi l'avait voulu Sainte-Beuve, car il est hors de doute que ce fut notreS Joseph Delorme qui teinta de rouge et de bleu l'étamine

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