‹ Études d' histoire romantique: documents inédits (volume 2)Chapitre 9 sur 34 · ET L ECOLE ROMANTIQUE Q · texte numérisé non relu

ET L ECOLE ROMANTIQUE Q

,é)Ianche du drapeau de Victor Hugo. N'oublions pas que Sainte-Beuve était né à Boulogne, qu'il fut bercé tout enfant dans le culte de Napoléon (i), qu'il devint au Globe l'admirateur et puis l'ami de Béranger, et que c'est grâce aux chansons de Béranger que le bonapartisme devint, sous la Restauration, le symbole de la liberté.

Du reste, Victor Hugo avait gardé un tel souvenir de l'année 1827 que, treize ans plus tard, dans un discours retentissant prononcé à la tribune de l'Assemblée législative, il ne craignit pas d'y faire remonter les opinions qu'il affichait dans le moment.

^ « Je vous livre, disait-il, depuis 1827, époque où j'ai eu l'âge d'homme, je vous livre tout ce que j'ai écrit, partout où j'ai écrit, tout ce que j'ai dit, partout où j'ai parlé, je vous livre tout, sans rien retenir, sans rien réserver, et je vous porte à tous, du haut de cette tribune, le défi de trouver dans tout cela une page, une ligne, un mot, qui, sur quelque question que ce soit, île mette en contradiction avec ce que je dis et avec ce fue je suis aujourd'hui (i). »

Certes, il n'aurait pas fallu le prendre au mot, car il ût été facile de le mettre en contradiction avec lui-même le fût-ce qu'en lui rappelant la lettre rendue publique ù, en 1829, lors de l'interdiction de sa pièce de Marion ^elormej il avait protesté de sa fidélité, de sa loyauté t de son dévouement au roi Charles X, et nous savons

(i) Le iG mars 1869, il écrivait à M. Morand, ju|5çe au tribunal civil de Ouloçne-sur-Mcr, en le remerciant de l'envoi de Y Année historique hou- ^nnaise : « Vous m*avez rajeuni par quantité de souvenirs de 1800 à 1814. Eivcz-vous que j'assistais à cette dernière revue du ao ou du 22 septembre in, et que je me la rappelle comme aujourd'hui? J'étais à vingt pas du "and homme, avec des militaires^ et en petit hussard. Vous me ramenez à enfance. .. 1» {Les Jeunes années de Sainte-Beuve^ p. 86.)

(i) Cf. le Moniteur du a4 mai i85o.

gS SAINTE-BEUVE

que Sainte-Beuve n'acheva de le déroyaliser qu'au moi d'août i83o, en le revendiquante au nom du régime qu s'inaugurait, au nom de la France nouvelle », dans ui article du journal le Globe (i). Mais c'est un fait qu< Victor Hugo n'atteignit vraiment l'âge d'homme en poli tique et en poésie qu'en 1827, c'est-à-dire après qu'il eu fait la connaissance de Sainte-Beuve.

Nous venons de voir ce qui était advenu de ses idée politiques : si l'on veut maintenant se rendre compt des modifications que le poète apporta dans sa métriqu à dater de la même époque, on n'a qu'à rapprocher le derniers vers des Odes et Ballades des premiers vers d' ce recueil. L'alexandrin de Victor Hugo, qui jusque-h s'était contenté de la coupe de celui de Racine avec, par ci par là, quelques touches à la Chénier, s'affranchît tou à coup et enjamba d'un vers sur l'autre à la manière d( Ronsard, que Sainte-Beuve venait de remettre en honneur Dans quelques-unes des petites ballades, dans la Chassi du Margrave^ entre autres, Victor Hugo semblait avoii pris à tâche de nous montrer qu'il pouvait jongler avec la rime en écho ou « empennière » avec autant d'habileté que Meschinot et Joachim du Bellay. Où Joachim avait dit : j

(1) Cet article parut le 19 août iSî^o, en tête de l'hymne de Victor Hu intitulé : A la jeune France. Le voici : La poésie s'est montrée empressi^ de célébrer la grandeur des derniers événements ; ils étaient faits pour ins pirer tous ceux qui ont un cœur et une voix. Voici M. Victor Hugo qui s< présente à son tour avec son audace presque militaire, son patriotiqu< amour pour une France libre et sa vive sympathie pour une jeunesse dont il est un des chefs éclatants... Tandis que Chateaubriand, vieillard, abdique noblement la carrière publique, sacrifiant son reste d*a venir à Tunité d*un< belle vre, il est bien que le jeune homme qui a commencé sous la méax bannière continue d'aller, en dépit de certains souvenirs, et subisse sans s( lasser les doctrines diverses de son pays. Chacun fait ainsi ce qu'il doit, e la France, en honorant le sacrifice de l'un, agréera les travaux de l'autre. » Sans se lasser!... voilà qui excusait d'avance toutes les palinodies di Victor HîJffO.

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