‹ Études d' histoire romantique: documents inéditsChapitre 15 sur 45 · CHAPITRE m M""» JUSTE OLIVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE m M""» JUSTE OLIVIER

imille de Mme Juste Olivier. — Ses premières poésies, înir qu'elles ont laissé à un de ses amis d'enfance. — l'on et Chateaubriand. — Présentation de Caroline Ruchet r du Génie du Christianisme, — Elle épouse M. Juste

— Le recueil des Deux Voix, — Le Sapin, — La voix la voix légère, — Caractère de Juste Olivier et de sa

— Ils entrent en relation avec Sainte-Beuve. — Visite )ète des Consolations leur fait à Aigle, en 1887. — ier le presse de revenir à Lausanne y faire son cours sur 'al. — Lettre qu'elle lui écrit à ce sujet. — Sainte-Beuve 3es instances. — Son installation à Lausanne, à Thôtel erre. — Son séjour dans cette ville et Tinfluence de ce irlui.

mier voyage de Mme Juste Olivier à Paris, 'en 1842. — du bon La Fontaine. — Plaisirs que lui procure Saintetndant son séjour. — Son Journal. — Impression qu'elle Doudan. — Première déception : une lettre d'elle à Sainte-

— La Revue des Deux Mondes, malgré l'appui de Sainterefuse les premiers articles de Juste Olivier. — Olivier i Revue Suisse. — La Révolution de i845 le décide à j canton de Vaud. — Il vient chercher fortune à Paris. le Sainte-Beuve rêvait pour lui. — Brouille passagère înte-Beuve et Mme Olivier à propos de leur établissement, correspondance à ce sujet. — Leur réconciliation.

te Olivier, sans renoncer à la littérature, s'établit maître DU à Paris, — La Révolution de 48. — L'Ecole d'admin et les lectures du soir aux ouvriers. — Juste Olivier à rejoindre Agassiz en Amérique. — Sainte-Beuve va ? à Liège. — Après la mort de sa mère, Sainte-Beuve idans sa maison, rue Montparnasse. — Mme Olivier lui une domestique. — Le dîner de la crémaillère. — Mort

de Charles- Arnold Olivier, filleul de Sainte-Beuve. — L nières années du critique des Lundis. — Juste Olivier et 1 Magny. — Adieux littéraires de Sainte-Beuve à la Suisse ro — Son éloge de M. Monnard.

Elle se nommait Caroline Ruchet. Elle apparie une des meilleures familles de la partie orientale d ton de Vaud, c'est-à-dire d'Aigle et de Bex,et ell un peu plus âçée que Sainte-Beuve, étant née à A icr octobre i8o3 (t).

Toute jeune, elle montra de grandes disposition: la poésie. Comment cela lui vint-il? Peut-être com tambourinaire de Daudet, en écoutant chanter le gnol, car il y en avait un alors dans le pays qui r toutes les têtes à l'envers. Ce rossignol à voix hu n'était autre que lord Byron. Il avait élu domicil près de Genève, dans une villa appartenant à M. E — beau-frère de M'"® de Staël- Vernet — et tous les du lac se renvoyaient ses chants. M"^ Ruchet lui coi ses premiers vers, mais elle en fit d'autres qui sec avoir laissé une impression plus forte à un de seî d'enfance.

Dans une lettre datée de Rome du 11 avril i{ adressée à M"™® Bertrand, cet ami, nommé M. Fro se souvenait, après quatre-vingts ans passés, d^uue de vers intitulée r Ancien Cimetière de MontreuXy(\ avait entendu dire, à la cure d'Aigle où son p lui, était pasteur, et encore d'un récit légendaire c avait emprunté à un drame d'amour, très populaire

(ï) Elle est morte à Gryon sur Bex, le i^^ mars 1879, trois ans aj mari, qui mourut à Genève le 7 janvier 1876.

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3-là, qui avait eu pour théâtre Façî, rocher près el s'élève aujourd'hui le grand hôtel d'Aigle. } vers de Caroline, qui couraient manuscrits et îïit de bouche en bouche dans tous les villages itour, lui avaient fait très vite une jolie réputation, n qu'un jour, dans sa seizième année, elle fut introdans la société veveysanne et prise en affection jue temps après par M. Diodati, susnommé, ancien ;ur et professeur de théologie, qui, aimant beaucoup litres, se plut à lui servir de guide, ûs l'événement capital de la jeunesse de Caroline, qui faisait date dans sa vie, qu'elle avait marqué e pierre blanche, fut sa présentation à Chateaubriand, lit au mois de mai 1826. Chateaubriand, sur les coude M™® de Duras, était venu se reposer à Lausanne dans son langage de poète, il appelait « une cité te et triste, espèce de fausse ville de Grenade (i) ». Il accompagné de sa femme qui était malade et venait [yères. Je n'ai pas besoin de dire s'il fut fêté. Il eut i se tenir à l'écart, il fut, durant les deux mois de séjour à Lausanne, l'objet des attentions les plus cates de toute la société. Or, le lendemain de ladistrion des prix de l'Académie à laquelle il avait assisté et 1 avait eu le plaisir de s'entendre nommer « V écrivain dus célèbre de notre temps », le professeur Levade, re personnage entre tous, lui demanda la permission ttiprésenter une jeune poétesse qui était l'honneur du ton de Vaud. La présentation eut lieu chez M^^^ Roî de Constant, femme distinguée et très lettrée elleî, autour de laquelle se réunissaient à cette époque

Sur le séjour de Chateaubriand à Lausanne, cf. la brochure publiée à >ur^, en 1903, par M. Tabbé Pailhès sous le titre : Chateaubriand^ de Duras et W^* de Constant,

les rares survivants de la société littéraire qui, huitième siècle, avait jeté tant d'éclat sur Lausann M"® de Constant que M^^ de Duras avait chargée déloger M.etMï^ede Chateaubriand. L'auteur d du Christianisme îuionnepeuip\uBgTdicie\ixpouT} chet. Comme la pluie s'était mise à tomber au mon elle allait prendre congé de lui, il lui offrit gala son bras et l'accompagna sous son parapluie, à Lausanne, jusque chez les dames Frossard,où el descendue (i).

Longtemps après^ quand il la revitàTAbbaye-ai où l'avait entraînée Sainte-Beuve, il fut le premi rappeler le jour qu'il l'avait complimentée à La et lui demanda si elle faisait toujours de beaux ^

Caroline Ruchet avait donc débuté sous de g auspices. La Muse qui l'avait bercée attendit cep qu'elle eût vingt-sept ans pour mettre sa main dar d'un autre poète. Juste Olivier, à qui ses poésies e sons vaudoises avaient fait un nom dont plus d'i jaloux, cherchait alors une voix de femme qui r^ à la sienne. Il la trouva dans Caroline, et c'es qu'un beau matin de l'année i835 Sainte-Beuve re Lausanne un volume de vers intitulé les Deux Vo

Ces Deux Voix^ tout en n'en faisant qu'une, fort distinctes, si distinctes que notre critique entr tout de suite les différences qu'il y avait entre elles je ne sais pas s'il ne se trompa point de chani s'il n'attribua point à l'un ce qui était à l'autre. Ph s'y était déjà laissé prendre, et encore aujourd'hui, on lit ce recueil de poésies sans en connaître le auteurs, je défie bien qu'on ne soit pas dupe de la

(i) Cf. Rosalie de Constant, sa famille et ses amis. Genève, 191

ET M™e JUSTE OLIVIER QQ

ion. Qui croirait, par exemple, que les stances du in (i),qui sont d'une voix si grave, sonl sorties d'un

Voici cette pièce du Sapin, qui, daus son temps, fut très populaire et ainte-Beuve prisait beaucoup.

LE SJLPIN

Ainsi qu'une grande pensée

Qui féconde un cœur désolé,

Sur la cime étroite, élancée.

Se dresse un sapin exilé.

Jouant avec leur chevelure.

Le vent seul arrache un murmure

A ses rameaux, fléchis en vain.

Car nul oiseau ne les caresse,

Et la voix des forêts sans cesse

Roule autour d'eux son chant lointain...

L'arbre a grandi, fier et sublime, Sur son piédestal e^lorieux.

N'aimant que l'aigle de l'abîme.

Le soleil, la neige et les cieux.

11 buvait la tiède rosée, Les parfums qu'à l'herbe embrasée Enlève un souffle humide et frais ; Et d'air pur baignant ses feuillages, Il s'enveiO|)pait de nuages Afin de s'endormir eu paix.

Parfois, sur la couche glacée

Où tombent ses fruits résineux.

Une empreinte rouge est tracée ;

Des ours la laissent après eux.

Ce sang vermeil comme la rose

Sous les vents de la nuit éclose.

Est la seule fleur du rocher :

Mais lorsqu'il paraît sous ses branches,

L'arbre y jette ses barbes blanches,

Et semble vouloir le cacher.

11 hait aussi l'épcrvier sombre.

Quand il vient, d'un vol tournoyant.

Enlacer sa tige dans l'ombre,

Ou mesurer son front géant.

Au battement confus des ailes

11 mêle des plaintes nouvelles,

Et, froissant ses dards à grand bruit

Il dresse ses bras, les balance.

Frissonne, et mugit, et s'élance...

Epouvanté, l'oiseau s'enfuit..

Pourquoi souffrirait-il l'approche

gosier féminin? C'est pourtant vrai : la voix gri recueil des Deux Voix était celle de la femme, et I /^[y^A»^, celle du mari. Symbole charmant, quoiqu àc sens, de l'accord qui se fit dès le premier jour en deux âmes si bien appareillées et si dignes Tune d tre. Autant, en effet. Juste Olivier était doux, t

De quelque habitant du vallon?

11 doit vivre seul sur sa roche, Que le temps lui soit court ou long :

Il doit tout ignorer du monde ; Et sans une voix qui réponde A ses vagues appels d'amour Il faut qu'il vieillisse et supporte Ce que chaque an nouveau rapporte, Et les tourments de chaque jour.

Ainsi, roidissant son courage, Il revoit toujours, au matin, Bondir l'avalanche sauvage Qu'éveille un murmure incertain.

11 entend le glacier sonore Longtemps après gronder encore, Imitant la foudre en courroux; Et sur la cascade troublée.

Quand tombe une roche écroulée, Il sait ce que font de tels coups.

Ne le plaignez pas, si la terre

A fui son abri soucieux.

Il est malheureux, solitaire.

Oui I mais sa tête est près des cieux.

Qui sait quelle haleine bénie,

Ou quelle enivrante harmonie

A parfois bercé son sommeil?

Ah ! pour lui les anges peut-être

N'ont pas dédaigné d'apparaître

Dans un blanc rayon du soleil.

Un jour, luttant avec l'orage Qui tourmentait ses longs rameaux.

Il gémit, et d un tîri sauvage Salua des destins nouveaux. Car la nue, agitant ses ailes, Sur lui jetant des étincelles.

Semblait un céleste envoyé.

Et l'embrassant avec furie.

L'arbre au tonnerre se marie ; Puis il retombe foudroyé.

ET Mine JUSTE OLIVIER lOI

oncenlré, doutant toujours de lui-même, malgré sa inesse et son «air narquois», autant sa femme était fière, rdente, ambitieuse, expansive, tout en étant très puritaine et quelque peu susceptible (i). Mais ces qualités, [ui dénotent généralement un caractère entier et résolu, —Sainte-Beuve disait qu'elle avait reçu de la nature une )rganisation de Romaine — étaient enveloppées chez )/L^^ Juste Olivier d*un nuage de mysticisme qui leur :nlevait ce qu'elles avaient parfois de trop arrêté, et c'est larlecôté mystique plus encore que par sa beauté qu'elle >lut tout d'abord à Sainte-Beuve.

Et comment n'aurait-il pas été touché, subjugué, con- [uis, après avoir lu la lettre suivante, qu'à peine rentré le sa première et rapide excursion en Suisse il reçut de ►I""^ Juste Olivier, le 29 août 1887?

« Pendant cette aimable visite, à propos de laquelle ous avez mis mon indulgence dans votre lettre, sans loute afin qu'elle fût quelque part, nous n'avons pas out dit, il me semble, sur la résolution que vous allez rendre. Au risque de vous effrayer beaucoup, de vous épéter des choses que vous savez mieux, et de vous lire sourire par l'importance que je mets à jeter d'ici un oids à côté de la balance, je veux renouer un instant entretien suspendu. Vous savez d'avance que ce n'est as une causerie parisienne ; et cela me place à l'aise ans mon sérieux, aussi bien que dans mes scrupules

(i) Puritaine et détestant la corruption jusque dans les discours, elle paissait fâchée lorsque Sainte-Beuve se permettait de lui conter ses fredaines ec Xavier Marmier, son Pylade d*aiors, parce qu'elle redoutait pour lui utes les contagions immorales. Quant à sa susceptibilité, elle éclate déjà tns ce fragment de lettre de Sainte-Beuve (6 mars 1889) : « 11 y a des proches voilés, et je vous jure qu'en lisant et relisant, il m'est impossible Jr rien voir sinon que j'ai eu quelque gros tort dont je ne me suis pas Jlîfçti. Expliquez-vous, je voils priej dites quoi. Et entre nous pas de la^es* » (Corresp» inédite de Sainte-Beuve avec M» et M^^ Juste libier.)

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(le n'avoir pas assez éclairé la vérité. Pour être compris, ils demandent une certaine disposition d'âme, une certaine pente du cœur où vous replaceraient tout naturellement le souvenir un peu vif, l'impression un peu présente de nos graves conversations. Mais se souvient-oa au milieu des enivrements du retour? c'est ce que vous ne nous direz peut-être pas. Se souvient-on, en retrouvant sa mère, d'avoir accepté ailleurs quelque chose de maternel, dans la forme que prenaient ,les sollicitudes d'un intérêt véritable? Se souvient-on, au revoir des anciens amis, qui nous font la vie douce et légère et la renouent au passé, de tout le charme du présent? Se souvient-on d'avoir senti que la chaîne du temps a des anneaux lointains, plus suprêmes encore, qui nous lienl à ce c[ni précéda le monde et à ce qui le suivra, puis,pai ci, par là, à quelques êtres, qui n'ont guère d'autre daU dont ils puissent se réclamer auprès de nous? Quand] chaque aurore apporte son poème, son drame ou son j conte, inconnus, scintillants, rapides, fascinateurs, sf souvient-on de la Divine Comédie, qui roule dans rensemble des choses la vérité de son spectacle éternel, en attendant la fatalité de son dénouement qui ne vien qu'avec le dernier rayon du soleil sur les yeux mourants, avec le dernier jour de la terre?

(( Tout ceci m'entraîne, mais pourtant non loin dt mon sujet. Ne s'agit-il pas en effet de savoir pourquoi vous vivez, et vous voulez vivre? C'est un choix moral plus qu'un autre, que vous allez faire. Si je ne me trompe votre conscience vous a dit que vous retirer à l'écarff I)our examiner le grand problème de la destinée vo conduirait à y trouver Dieu, et à l'accepter, pour vo comme pour T univers, chose que toute âme d'hoi doit faire à son tour et seule, que nul ne peut vous épa

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r. Sans doute, le moyen en question n'est pas uni- , n'est pas infaillible; mais si Dieu vous Ta montré, 5 sera pour vous. Si vous entendez aujourd'hui sa Vj n'endurcissez pas votre cœur. Quand il se pourrait e que vous n'eussiez d'autre profit religieux d'avoir i à ce que vous sentez au fond de vous être un appel rai, que d'avoir obéi, vous seriez encore amplement lommagé de ce qu'il vous en a pu coûter. Tout fait 3e en nous, vous le savez; et le premier effort sur une me route appelle et facilite le second. Vous n'en êtes

à ceux-là, sans doute : mais cependant aucun de is ne saurait, sans éminent danger, mépriser l'évidence ne direction divine. Votre conscience intellectuelle, si uis ainsi parler, vous tient à peu près le même langage. 3 vous montre assez clairement les avantages d'un g travail, austère et utile, au bout duquel un peu de os pour la pensée sera légitimement acquis. Je n'inerai donc pas là-dessus. Quant au reste, vie matérielle notone autant dans ses distractions que dans sa sim- ;ité, soins d'amis, sollicitude désintéressée, admira- 1 et sympathies acquises, retraite peu sonore mais île, poésie de la nature et du fond des choses achetée • quelque insipidité et pâleur de détail : voilà ce que is savez déjà. J'ai grand'peur que vous n'en ayez trop ir. Cependant, si vous sautiez par-dessus l'abîme, yeux mes, comme vous aurez peut-être la force de l'essayer, is verriez combien le gazon de l'autre rive vous rece-

t mollement. '

( Quand vous avez été parti, beaucoup de choses me it ainsi revenues, évidentes et pressantes. Je n'ai plus iti notre plaisir dans votre intérêt, et celui-ci, se faiit ainsi plus pur, s'est enhardi et mieux révélé. J'ose ttc vous presser, vous conseiller, vous conjurer mémo

de bien réfléchir avant de dire non, si vous y pencl et de chercher, dans une conviction sentie et raison le pouvoir de convaincre ceux des vôtres qui voud: vous garder près d'eux. Dans le chagrin que nous ép; verions s'ils l'emportaient, il y aurait sûrement { nous du chagrin personnel (non de jalousie, cor l'enchaînement de ma phrase le ferait faussement crc mais de cœur) ; mais c'est surtout pour vous que r serions affligés. A moins toutefois que vous ne par\ siez à nous démontrer, dans le parti pris, votre évident avantage; or celui dont je parle est bien diff à recomposer. Adieu, monsieur. Mon frère et ma s vous remercient de vos aimables paroles à leur ég Quant à nous, c'est tout à fait votre faute s'il nous s ble à présent que nous sommes séparés d'un am toujours; et cette faute, vous n'avez pas l'air de voi la réparer.

« M. Diodati m'écrit toutes sortes de douceurs à v sujet : de ces choses comme nous les pensons et cor nous ne les disons pas.

« Caroline Olivier, »

Cette lettre, d'un accent romantique si pénétrai: si profondément religieux, ne fut pas étrangère, on ] saurait douter, à la décision que prit Sainte-Beuve c 1er discourir sur Port-Royal à Lausanne (i) ; il ne l'a pas attendue, d'ailleurs, pour être fixé, je ne dis pas le mysticisme de M"^® Olivier, mais sur le carac sérieux et grave de l'hospitalité qu'il avait reçue à 1 pendant quelques jours et qu'on lui offrait de nouv pour plusieurs mois. N'a-t-il pas dit à l'adresse de

( I ) Sur la façon dont il entra en relations avec M. et M*^ Juste 0& consulter moa mtl-oduction à sft Oôri^eÊpoHdanàe inédÛe kfet ^^x.

BT Mine JUSTE OLIVIER I05

Hes dans une des meilleures pièces des Pensées d'août^ li date de ce temps:

Salut I je crois encore! Ainsi j'espérais dire

A ce lac immortel que j'allais visiter;

Il me semblait qu'au cœur que le spectacle inspire,

Ma défaillante foi renaîtrait pour chanter.

J'ai vu la paix du cœur, l'union assurée, Le saint contentement des biens qu'on a trouvés, Et les grâces au Ciel pour leur seule durée.

Et le renoncement des autres biens rêvés :

J'ai vu rintellijQ^ence en sa démarche à l'aise, Sans s'user aux détours, suivant un but voulu. L'étude simple et haute où trop d'essor s'apaise ; En face des grands monts, Dante parfois relu ;

Parfois, la poésie en prière élancée, Du même heureux sillon faisant monter deux voix, Vos destins s'enfermant, mais non votre pensée. Et le monde embrassé du rivage avec choix.

Des vrais dons naturels j'ai compris l'assemblage, La force antique encore et l'antique douceur; Et causant d'aujourd'hui, de ce Paris volage, A table je goûtais le chamois du chasseur.

Ce que je n'ai pas dit à la montagne austère, A la chapelle, au lac qui m'a laissé son deuil. Mes amisje le dis à l'ombre salutaire, Au foyer domestique, au cordial accueil.

Aux vertus du dedans^ partout, toujours possibles, Au bonheur résigné, sotre et prudent trésor, Au devoir modérant les tendresses sensibles : Amis, en vous quittant, — salut! je crois encor !

C'est dans ces dispositions d'esprit qu'il revint à Lau-

ne, au mois d'octobre iSSy. Que s'il n'accepta pas,

>mme il l'avait fait à Aigle, l'entière et complète hospi-

lité chez ses amis, ce ne fut pas, soyez-en persua-

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dés, pour se dérober au soins maternels que lui rés M"^® Juste Olivier, mais pour des raisons toutes pa lières qu'il exposa très franchement alors à son mj avait ses habitudes, voire ses manies de vieux garç aurait eu peur de leur être une gène et tenait à cons la liberté de ses mouvements. Il avait besoin d'ave endroit à lui tout seul, où il fût « dans son atelier c( une taupe dans son trou, comme Han d'Islande dan antre(i). » Mais s'il descendit à l'hôtel d'Angleterre y établit son cabinet de travail, il fut convenu to suite qu'il prendrait chez eux ses repas du soir, c recevrait ses amis qui tous étaient les leurs et qu'il s sidérerait comme de la maison. On a pu voir, au chi de ce livre qui traite de son cours sur Port-Royal, fit effectivement partie de la famille Olivier. Penda sept mois que dura son séjour à Lausanne, il ne se pas le plus petit événement au n° 34 de la rue Me ray, qu'il n'y fût mêlé d'aussi près que possible, e peut dire que, dans ce laps de temps, ils vécureni trois comme frères et sœur.

A son arrivée, il avait eu certains scrupules e avait tenu ce langage: «Vous avez un louis d'or ; vo dites : Mettons nos louis d'or ensemble. Je sais quej pas un louis d'or, mais seulement une pièce de tro ches, et je dis non. Vous vous attristez et vous bless peu. Je vous dis : Eh bien ! mettons ensemble votre d'or et ma pièce de trois haches si vous y consentez, porterai moins que vous dans cette amitié, mais du i j'y apporterai d'abord du contentement et le bonhei recevoir plus que je donne, ce qui est un des prei caractères de l'amitié (2). »

(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M.et M"* Juste C lettre du 23 octobre 1887.

{2) Lettre inédite de novembre i84i communiquée pàrM^^' Bertra

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Quand il partît, il était heureux de la dette de recondssance qu'il avait contractée envers eux et se prometit bien d'avoir sa revanche. Il ne Teut pourtant pas issi complète qu'il l'avait désirée d'abord, matérielleent parlant. Nous avons vu que, par divers testaments, isqu'en i85r, il avait donné tout ce qu'il possédait à iste Olivier. Qu'on ne l'accuse pas d'ingratitude, s'il s révoqua plus tard au profit d'une autre personne. 3 ne fut pas entièrement de sa faute. Le temps amène >uvent dans les idées des modifications qui sèment avoir leur contre-coup sur le cœur. Sainte-Beuve, ï dépit des contradictions de sa conduite, n'oublia mais ce que les Olivier avaient fait pour lui, et je crois ae, s'ils étaient restés à Lausanne, au lieu de venir lercher fortune à Paris, les nuages qui éclatèrent entre IX à différentes reprises ne se seraient peut-être jamais ►rmés (i).

Mais on ne saurait tout prévoir, et lorsqu'en 1842 Juste Olivier vient tâler le terrain à Paris, ce fut ir les sollicitations et les encouragements de Sainteeuve : « Venez-à Paris, lui écrivait-il, avec le désir de voir, de le connaître, de nous faire plaisir, et vous n'y irez aucun mécompte. Quant à la littérature, vous la rcerez vous-même à rendre Toracle (2). »

Elle vint donc seule d'abord, en éclaireur, et des-

(i) Je crois aussi que, si le petit Charles- Arnold Olivier, son filleul, avait co, c'est à son profit qu'il eût déshérité ses parents. (a) Lettre inédite, hiver i84i«

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cendit à Thôtel du bon La Fontaine « qu'il suffisait de nommer, pour qu'on ôtât à l'instant son chapeau». I Car le choix de l'hôtel n'avait pas été une petite affaire, et il avait fallu compter avec les mauvaises langues de Lausanne. C'est même un peu beaucoup à cause d'elles et pour les désarmer que Sainte-Beuve avait refusé delà recevoir chez sa mère. M°*e de Tascher, à qui il en avait parlé, lui avait dit que pour Lausanne l'hôtel du bon La Fontaine serait plus convenable et qu'il ne saurait avoir lieu à aucun qvUen dira-Uon (i). Toutes ces précautio prises, il s'arrangea de manière à être libre pour rendre à M"^® Olivier le séjour de Paris aussi agréable que possible, et sous le rapport des distractions elle n'eut, en effet, qu'à se louer de ses bons offices. Cela ressort des petits billets ci-dessous et des extraits suivants du journal de voyage de M^ne Olivier.

Voici d'abord les billets de Sainte-Beuve :

« Chère Madame, (( C'est dimanche à huit heures du soir qu'est la réunion chez M™*^ Récamier. Ainsi vous pourrez profiter dâ billets du Conservatoire. Il faut prendre toutes les m à la fois.

« Chère Madame, vous ne ferez la consultation ave M. Veyne (2) qu'au dîner, s'il vous plaît. 1

« J'espère bien vous saluer le matin un moment. J « Voici un petit mot de ma mère qui vous montrefi l'obligeante intention de M"^® Geoffroy Saint-Hilaire vous en pourriez reprofiter.

« Tout à vous de respects et d'amitiés.

« Sainte-Beuve. »

(i) Correspondance inédiie de Sainte-Beuve avec M» et M^^ Jasii i vierj lettre au mois de novembre i84i.

(2) C'est le D' Veyne, médecin cl ami de Sainte-Beuve, qui soig^lef

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« Chère Madame, v^ous étiez libre aujourd'hui, à Theure du dîner, l'honneur de vous voir et même de vous prendre que vous le vouliez bien, à ce moment-là.

« Mille hommages.

« Sainte-Beuve. »

« Chère Madame, ici des billets de M™® Quinet pour le Jardin des . Emile Deschamps me laisse ce petit billet à itention. M. Doudan, que j'ai vu hier, irait chez 1 osait. Il faudrait que j'eusse la lettre pour la )yer ou la lui faire remettre rue de V Université j spère vous rencontrer pourtant.

« Mille hommages et amitiés.

« Sainte-Beuve, d

oc Ce vendredi.

ûci, chère Madame, un billet de M°^^ Eynard à Itention. Je lui réponds que je vous envoie son t que très probablement vous irez mardi soir, ier soit arrivé ou non. S'il ne Tétait pas, j'irais us. Je vous y laisserais une heure pour aller chez lé un instant (c'est sa soh'ée) et je viendrais vous ndre.

us pourriez écrire un petit mot à M™e Eynard (i). »

imaintenantles extraits du journal deM"^^ Olivier. aars 1842. — Mickiewicz m'apporte une lettre de Sand, fort aimable, et croit que Chopin est son s génie, son vampire moral, sa croix, qu'il la tour- 3t finira peut-être par la tuer. Sainte-Beuve m'en-

LTQold Olivier dans la cruelle maladie qui devait l'emporter dix ans très inédites communiquées par W^* Bertrand.

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voie une loge aux Français. Nous y allons. La lo{ délicieuse et nous y sommes comme chez nous. S Beuve vient m'y voir un instant.

« Mardis 8 mars. — Visite chez M"*® Sand. El jolie, plus femme que dame ; cependant, par ins plus ceci que je n'imaginais. Simple et bonne enfa fond. Forte de corps et d'esprit, les doigts ]migno fort bien posés autour d'une cigarette, avec une sans affectation. La mise unie, les yeux superbes et coup d'individualité, même dans l'arrangement si s de ses cheveux noirs. Au fond d'une grande cou équipage armorié devant une petite porte et un es mesqum. Une servante dérangée, un peu souilloi petites pièces, des fleurs, des choses rares; un air rai de sans façon dans la richesse. Elle déteste Pa; se croit pauvre (i).

« Vendredi 1 1 mars. — Dîner chez M"*® Sand, L'ordinaire mal soigné^ mais l'extra ordinaire : d d'Espagne dans des bouteilles charmantes, un bi espagnol, des citrons doux et des limons d'Esj apportés par M"*^ Viardot, la musique de Ch le bouquet blanc de bruyères, de lilas et de cam M™^ Sand m'afflige plus à la voir qu'à la lire : sent inaccessible excepté par le cœur. L'orgueil ( sentinelle, la sécurité du succès rend indifférent à nion. On passerait cent ans ainsi à côté d'elle sam venir à lui dire un mot sérieux. Pauvre femme ! ]

( I ) Dans une lettre à son mari, à propos de cette même visite, M™* dit : « J'avais vu mardi M^^® Sand qui m'a fort bien reçue et que j*ai beaucoup plus jolie femme que je ne m'y attendais, mais aussi d'ap plus forte et plus géniale que je n'aurais cru : le tout assaisonné d'ui rette et d'un bout d'oreille qui montre à la fois du Pierre Leroux et bêlais. Elle a été très bonne, simple, accueillante, et nous y dinoos d'hui, Mickiewicz et moi, pour entendre Chopin. N'ai-je pas du cobri

ET Mme JUSTE OLIVIER • III

bonheur, elle n'en a pas, on le sent, les réa- "oi vide ; une famille qui Taime, mais qui s'é- ! des influences les plus journalières, légères ;

une passion peut-être, mais pour qui? Pour d'esprit et de talent charmant, mais de cœur,

pas. Le manque de fond se sent partout. Les ;ls changent. C'est une âme affamée au festin îs. Elle-même a de la grâce, mais ce n'est les femmes précisément. Sa grâce ressemble ne, forte, entassée un peu autour des épaules, ités sont bien.

— Sainte-Beuve est le seul homme ici d'assez armi ceux que je connais, la seule puissance se passer de cœur.

wicz prétend que le français est la plus menangues, et qu'il est difficile, presque impose sincère "^n français. Beaucoup plus austère it et simple de pitié, fervent de cœur, ici qu'à Mickiewica- est plus rassuré pour moi aussi

qu'un ouvrage qui a des entrailles se fera lent jour sans les moyens artificiels.

-Beuve et M™® Didier disent la même chose de chacun à leur manière, c'est qu'elle absorbe is, les engloutit, qu'elle ^st fatale,., ^di. — Visite charmante de M"^^ Valmore si

a plus de douleur à Paris que partout ailparlant de Leroux, Sainte-Beuve dit que le on gousset fait le creux de son système et lait de la grande morale pour prouver que itaîent de grands coquins, afin qu'on ne s'aju'il en était, lui, un petit.

matin. — Olivier est arrivé... Chose douce, ire et simple à la fois pour moi que de le

I 1 1 SâINTK-BBUVE

recevoir dans un chez moi qui n'était pas déjà lec Le soir aux Italiens, nous avons entendu le prem de Norma et les deux derniers des Puritains.

chez M°^« Eynard. J'arrive si tard qu'on est déjà, ce qui m'embarrasse un peu. MM. de Bro Girardin, Doudan, Rolle, Delessert et un aui bonheur je tombe heureusement en conversati MM. Rolle et Doudan (i) qui reste le soir. Oi de la lecture de V Abailard de M. de Rémusat ] laquelle M. Pasquier s'est commodément ei un manche d'écran dans le col de son gilet, f menti la main l'aurait peut-être laissé tomb drames disproportionnés, pleins d'esprit, mai vérité humaine, ont des lectures de 2 à 4 he Sainte-Beuve croit que leur but n'a été que p et tout simplement de rapprocher M. de Rém M. Mole (2). »

Ces fragments de journal, si intéressants coma: de choses vues, laisseraient supposer que, duri séjour à Paris, le cœur de M™® Olivier était tout à Mais les apparences sont souvent trompeuses, et Beuve n'avait pas réussi à la dissiper complè malgré la peine qu'il s'était donnée pour cela. D toute romantique qu'elle était de nature et d'édi

(i) Quelques jours après, Sainte-Beuve écrivait à Mme Olivier, reotrée à Lausanne : « Vous avez laissé, chère Madame, un tn souvenir dans l'esprit de M. Doudan <jui m'a souvent reparlé de vi regrette, m*a-t-il ait, de vous avoir si peu vue. Ce qu'il aime en un mélange, m'a-t-ildit encore, et de simplicité naïve et de supérioi confiance tenant à l'esprit. Il se rappelle encore votre air aise et r quand vous êtes arrivée tard chez M*»® Eynard. Gela, sans que vott soyez doutée, vous a beaucoup réussi. Je ne vous dirais pas tout ne savais pas que vous avez aistingué l'esprit et le ^oût oe M. Do voilà justifié... » {Corresp. inédite de Sainte-Beave avec M, et i Olivier^ p. 297).

(2) Ces fragments du journal de M'a* Olivier m'ont été oommuoi M"* Bertrand.

ET Mme JUSTE OLIVIER Il3

le n'avait point Tâme romanesque. Depuis qu'elle avait

socié sa vie à celle de Juste Olivier, elle avait fait

mmela femelle du rossignol quand elle couve, elle avait

ssé de chanter (i), se contentant d'écouter les chants

: son mari, de Tinspirer, de l'exciter, car j'ai dit qu'elle

t ambitieuse, et si elle rêvait pour lui d'un plus grand

éâtre que celui de Lausanne, c'était parce qu'elle l'en

Dyait digne. De plus sa situation de professeur d'his-

e à l'académie de Lausanne était à la merci des évé-

imentSy et la prudence lui faisait un devoir de les

îvancer, au lieu de les attendre. Voilà pourquoi, tout

. s' amusant à Paris, elle ne perdait pas de vue l'objet

ncipal, pour ne pas dire unique de son voyage. Mais

nte-Beuve semblait l'avoir quelque peu oublié. Elle

lit apporté avec elle un manuscrit dont elle espérait

lucoup (2). Quinze jours s'étaient écoulés, qu'il ne lui

avait pas dit un mot encore. L'avait-il seulement

lis à Buloz, auquel il était destiné? Un matin, n'y

nt plus et redoutant peut-être un désappointement

r Olivier qui s'apprêtait à la rejoindre, elle prit sa

e et écrivit la lettre suivante à Sainte-Beuve :

ce Paris, samedi matin, mars 1842.

Vous allez être ravil encore aujourd'hui vous échapà cette position d'ami parisien d'une campagnarde, în vain je vous allège. Je m'en vais à la galerie

'^ Pas tout à fait pourtant, et de temps à autre il lui arrivait bien de

encore, soit que Sainte-Beuve la priât de lui traduire le Chant de

e de Koërner, soit qu'elle-même fût inspirée par quelque événement du

Yaudois, comme, par exemple, en i84i, lorsqu'on érigea à Cully un

Qçnt au major Davel. C'est d'elle, en effet, que sont les vers suivants

. peut lire sur ce monument :

A son pays esclave offrant la liberté, Comme un héros antique il mourut seul pour elle Et, pieux précurseur de notre ère nouvelle, U attendit son jour dans l'immortalité.

«• de Fiers.

Il4 SAINTE-BEUVE

Aguado, chez M"™® Eynard, chez M. du Bochct, que hier cherché vainement, son adresse s'élant troi fausse. Je ne rentrerai qu'à la hâte pour dîner et rcj tir, peut-être pour votre concert, peut-être pour le tre. Demain, je sors pour être à deux heures à un a concert, de par M'"^ de Gasparin. Le soir, je vais à Jiian^ aux Italiens, avec Mickiewicz. J'espère que \ une vie dissipée et digne de vous satisfaire. Ahl ami I si vous aviez voulu faire l'effort nécessaire ] bien comprendre ma position ici et mon voyage, com vous m'auriez épargné de souffrances ! Votre amiti< bonne, charmante, douce à retrouver, mais je n reconnais plus. Est-ce bien vous qui croyez que quel( jours d'élourdissement ne sont pas pour moi unef inutile et irrémédiable ? Est-ce bien vous qui pe ainsi I Vous n'avez donc pas lu mes lettres ? Ou 1 vous les jetiez sur l'heure dans un abîme d'indiffén et d'oubli. Je vous en prie, ne prenez pas ceci pour reproche, ce n'est qu'un étonnement, un étonnement vous comprend même autant qu'on peut le faire et n'existerait pas si je vous avais trouvé moins. disp reconnaître, à exagérer en certain sens les droits de mitiépourme rendre toutes sortes de bons offices à Te» tion du seul qui importât véritablement. Je n'ai rien avant dimanche, puisque c'était inutile, mais je voui conjure, passé ce jour-là, remettez mon manuscrit, p que vous voulez le faire, et que je puisse au moins d une quinzaine, après le refus que j'attends, comm véritablement mes démarches auprès des libraires. J( sais si Olivier viendra. Je lui écris de ne le faire qu'a d'un stoïcisme à toute épreuve, et il en a moins que pour moi. La lutte contre les choses est assez g pour qu'il soit sage de n'en créer point d'autre. »

ET MinO JUSTE OLIVIER I I O

Comment Sainte-Beuve prit-il cette lettre un peu vive? ms n'avons pas sa réponse; il m'est donc impos- )le de le dire, mais ce que je puis affirmer, c'est qu'il mit le manuscrit d'Olivier à Buloz, qu'il le recommanda Bonnaire, à de Mars, à toutes les autorités de la Revue s Deux MondeSj que Bonnaire le lut, que de Mars âna pour l'impression et qu'en fin de compte — après oir parlé de changements à y faire, qui lui paraissaient dispensables — Buloz, sur l'avis de sa femme, le lui nvoya par Bonnaire en lui réitérant son désir d'être [réable à M™® Olivier : « Ainsi, disait Sainte-Beuve à n mari, tout ce que j'avais pris de précautions a tourné mtre la réussite (i). »

Mais Olivier n'en fut pas autrement surpris, car il ait philosophe et, depuis que les portes de la Revue 'S Deux Mondes s'étaient fermées sur son Davel, qui urtant était et reste une très belle chose, il avait perdu ion toute espérance, du moins toute illusion de ce té.

Il ne s'obstina donc pas à poursuivre ce qu'il regardait mme une chimère — et, en attendant de meilleurs irs, il rentra à Lausanne, où il continua de labourer a champ, sous l'inspiration exclusive du « génie du u ». Mais ce champ, par un concours de circonstances attendues, s'agrandit tout à coup dans des proportions les qu'il dépassa les limites du canton et devint toute le province, toute la Suisse française. Depuis quelques nées, Olivier collaborait assez régulièrement klR Revue lisse que l'imprimeur Ducloux avait fondée à Lausanne dont Charles Secretan était le principal rédacteur. En 543, il s'en rendit propriétaire et, durant trois ans, il lui

(1) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M, et itf"* Juste Olitr, lettre du 5 mai i84a.

Il6 SAINTE-BEUVK

consacra tout son temps, toute son intelligence, toute sor' activité. Pourquoi trois ans seulement, allez-vous dire! Parce que la malchance, qui poursuivait Olivier partout voulut qu'en 1 845, au moment où il allait cueillir lesfruitb^ de son travail, une révolution moitié politique et moitié religieuse éclatât à Lausanne, qui bouleversa tout le canton et jeta sur le pavé tout le personnel enseignant de TAcadémie. Si bien qu'on vit cette chose cruelle et qu n'était pas encore arrivée depuis le temps de la Réforma tion : on vit des fils de réfugiés français obligés à I tour de chercher un refuge en France.

Olivier fut de ce nombre. Après avoir transporté s revue à Neuchâtel, il la vendit et, sur les conse Sainte-Beuve, qui, pendant ces trois années de lutte, avai été son très dévoué collaborateur, il vint s'installer Paris avec toute sa famille. Le rêve de M"* Olivier élai enfin exaucé, mais elle n'était pas au bout de ses peim Sainte-Beuve aurait voulu qu'Olivier se fît, à côté de une place à la Revue des Deux Mondes^ dans le gen de celle que Lèbre y avait prise.

Déjà, en 1844» à la suite de l'insertion de son premier article dans la revue de Buloz, il écrivait à sa femme:

(( L'article d*Olivier est très bien etlui a fait ici beaucoop d'honneur ; sa place est prise, il faut la garder et l'étendre, Buloz a dû lui écrire. Olivier a bien fait de lui envoytf des détails sur l'affaire du Valais. S'il peut venir un jouï pour quelques semaines ici, il assurerait de plus en plol sa relation, mais la voilà bien nouée. Son style si fin,» ingénieux, si artiste n'a besoin pour nous que d'unechose: un peu plus d'espace et un tissu moins druj éluder d éclaircir. Il aura tout dès lors... Cette collaboration Revue Suisse y le voilà inviolable (i), »

(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M,etM^^Ju»t$(His^

et 11

ET Mine JUSTE OLIVIER I I7

Et quelque temps après, pour le décider, Sainte-Beuve ïtait revenu à la charge, en disant qu'à eux deux, lui et {a femme, ils pouvaient très bien avec leurs seules forces ;e faire à Paris une situation égale à celle qu'y occupaient tf . et Mme Emile Souvestre.

Et, en effet, la femme qui avait écrit la nouvelle intituée r Honneur de famille (i ), la notice sur M"*® de Charrière, ît qui devait un peu plus tard écrire l'article sur Caliste comparée à Manon Lescaut et à Leone Leoni, de George ïand (2), était autre chose et mieux qu'un bas-bleu. Mais 'ai déjà dit que M™« Olivier, toute occupée de son ménage, le faisait de la littérature qu'à ses moments perdus, et îlle n'en avait guère. Olivier ne pouvait donc pas comper de ce côté-là sur elle.

Quant à lui, il était tout prêt à donner les coups de oUier nécessaires. Et il se mit tout de suite à l'œuvre, rlalheureusement Buloz, tout en lui témoignant beauoup d'intérêt, beaucoup d'égards, commença par refuser a copie, sous un prétexte ou sous un autre. Or, il fallait ivre, et ce n'est pas avec les promesses plus ou moins aguês du directeur de la Revue des Deux Mondes qu'il mouvait nourrir sa femme et ses enfaats. Sainte-Beuve, uoique préoccupé de cette situation, n'avait pas l'air de »ienla comprendre ou, plutôt, il en rejetait la responsabiité directe et immédiate sur le manque de décision de son mi ou, ce qui revenait au même, sur son peu de coniance en son talent (3). Un jour qu'il était allé fairevisite

(i) Sur V Honneur de Famille^ lire les lettres que Sainte-Beuve écrivait à [™« Juste Olivier le i5 novembre et le i5 décembre i838, dans sa Corres^ ondance inédite avec elle et son mari.

(a) Sainte-Beuve a reproduit cet article de M™« Olivier à la suite des lettres de Lausanne dans l'édilion de Caliste publiée par lui chez Jules Laitte en i845. On le trouvera à l'appendice du présent volume.

(3) Sainte-Beuve lui écrivait à ce «ujet à la fin de Tannée i845 : <c ... Pour iioi cette vie littéraire d'ici (depuis que je vous connais) vous a-t-elle ins-

I I 8 SÀINTE-BBUTE

à M^^ Olivier, il s'oublia jusqu'à se répandre devant eDe en paroles désobligeantes pour lui. M°*® Olivier ne se contenta pas de les relever avec vivacité, elle eut le tort de les répéter à son mari. Comme Hs s'étaient déjà contrariés quelques jours auparavant au sujet d'une chronique de laliruur Suisse qui^ par certaines critiques, pouvait laisser deviner la main de Sainte-Beuve (i), cet incident nefitque les exciter davantage les uns contre les autres. Il y eut bouderie et puis échange de lettres où chacun fit voir en plein son caractère. C'est même à cause de cela que je crois devoir publier ces lettres ici. De la sorte, le lecteur aura toutes les pièces du procès sous les yeux. Voici d'abord la lettre de M™® Olivier :

(f. 26 janvier i846,

« Vous savez, mon cher Sainte-Beuve, que je suis très orgueilleuse, aussi orgueilleuse que capable de réelles et profondes amitiés; donc, aussi longtemps que j'ai pensé souffrir seule d'une si grande indifférence de votre part, tout à coup mise à la place de sentiments que je regardais comme sacrés, j'ai souffert en Romaine y sans mol dire. Je n'aurais même peut-être jamais rien dit si, là

pire un mélangée d'attrait et d'effroi ? Croyez que rien de ce qui vous touche ne m'a été indiffèrent et que j'ai tout observé à cet égard. Vous avez besoin de Paris, vous vous en êtes sevré de peur de l'aimer, la destinée vous en rapproche, et vous ne l'avez abordé que sur la défensive, voos faisaut i vous-mcme des difficultés, au lieu d'y entrer franchement comme vous le pourriez, plume eu main. » Correspondance inédite de Sainie-Beaoe avec M. et M^^ Juste Olivier, '

(i) On sait que, de i843 k 1845, Sainte-Beuve collabora secrètement kh Revue Suisse où ses chroniques parisiennes étaient très remarquées. Mais pour dépister les chiens il ne fallait rien laisser passer qui pût le trahir: aussi dans beaucoup de ses lettres à Olivier trouve-t-oa cette mention : « ceci pour vous seul. » Or, quand parut Carmen, Juste Olivier, qui trouvait - « au fond de celte œuvre quelque chose de profondément mauvais », ne cnrt pas devoir le dissimuler et le dit d'autant plus franchement que Sainteiieuve, avec qui il en avait causé à table, n'en avait pas lui-même bonne opi' nion. Pourtant Sainte-Beuve fut très contrarié decf.i article qui n'avait pas été concerté entre eux et qui, d'après lui, était de nature à le découvrir.

ET ^"oe JUSTE oi.ivieh 119

léme, dans cet instant, une idée ne me saisissait, que int d'affection (si vous en aviez) ne se dissipe pas comme n rêve au matin, des relations si douces et si intimes ne euvent pas se rompre sans faire mal aussi bien à vous u'à moi ; lors même que vous en avez conservé la part uprême, Tamitié d'Olivier. Vous seul savez si je me rompe. Mais si, en effet, mon amitié vous manque, la vie sl-elle assez douce, assez riche pour qu'on en dédaigne es biens les plus désirables et les plus consolants? Venez lonc si vous pouvez me comprendre; nous sommes rop amis malgré tout pour avoir des égards et des poliesses. Je prendrai votre visite comme un serrement de 3ain. »

Sainte-Beuve, en d'autres temps, aurait pris un fiacre \ se serait rendu à l'invitation de ftr°^ Olivier. Il se connta de lui envoyer la réponse suivante :

a Ce 27 janvier i844 .

« Votre lettre m'arrive dans un jour où j'ai passé quae heures à l'Académie à entendre des discours et où li à commencer un article qui doit paraître le i"(i). Ile est la bienvenue malgré tout, mais je ne puis y pondre comme je le voudrais, en allant à vous. Il est 'ai que j'ai été blessé ; vous m'avez (ou peut s'en faut), 1 redisant des paroles vives qui m'étaient échappées, rouillé avec un ami ; de plus, il ne m'a pas été possible entrer dans une explication ultérieure à ce <|ue je vous /ait dit ; il a répondu le lendemain par une lettre qui avait aucun à-propos, et, à la lettre que je /««'ai écrite, est vous qui avez répondu en me signifiant d'une maière polie mon congé. J'ai gardé les lettres, je les ai élues ; forme à part, c'en est le fond.

hj 11 s'agit du compto-rendu de la réception d'Alfred de Vigny à l'Acanie française, qui parut, en effet, le i*' février 1846.

<( Dans les idées que j'ai des femmes, elles ne doiv jamais brouiller ensemble deux hommes qui n'ont de très fortes raisons pour cela; elles ne le doivent jamais.

«J'ai été blessé que vous l'ayez fait. Votre mari étanl ce qu'il est et ne voyant que par vous, il m*est devem impossible d'avoir un éclaircissement à fond avec lui, l aurait fallu vous nommer et il ne l'aurait pas souffert; d'ailleurs, à moi-même, cela ne m'eût pas convenu.

« En un mot, je me suis trouvé avoir blessé non pa un ami ou une amie pris à part, mais un ménage — uni ménage uni — dans ce cas-là, j'ai dûm'effacer ; — quandt un arbre élevé, qui plane, est frappé de la foudre et prit à casser, celui qui a sa chaumière auprès prend la hacbc et l'abat. J'ai dû essayer de faire ainsi durant les jours de congé qui m'avaient été faits et qui ont duré une semaine. On fait de l'ouvrage en huit jours quand on est ardent et qu'on souffre. Je me suis retrouvé ensuite avec Olivier comme avec un ami avec qui on est embarrassé et luide même. Avec vous il sera difficile que je retrouve jama» confiance.

« J'apprécie vos hautes qualités, notre affection d'à* trefois; je n'ai pu comprendre la facilité du sacrificeS avec laquelle vous rompiez (car c'était rompre). Votfl m'assurez aujourd'hui qu'il n'en est rien, et je vous croi"" Quant à moi, je courrais à vous si je le pouvais riellement ces jours-ci.

« J'irai quand je serai libre^ le mieux sera de paî: d'autre chose; le temps seul peut redonner quelque cop-* sistancc à ce qui a reçu un coup si imprévu. Ma sensii lité n'est pas assez riche pour éprouver de ces per punément, il lui faudra faire désormais bien des é( mies pour réparer. Si vous voulez bien m'y aider, p

ET M^e JUSTE OLIVIKn 121

Ire y parviendraî-je. Adieu. Je ne puis me relire tant Qesyeux sont fatigués.

« Adieu encore (i). »

Evidemment, Sainte-Beuve avait été profondément blessé de Tattitude de M™® Olivier à son égard, et je ne comprends pas que cette lettre, si amère qu'elle soit, lui ail laissé à elle une impression « d'injustice et de légèté ». Ce sont, en effet, les termes dont elle se servira pour la qualifier en renvoyant quatre jours plus tard à son mari qui était à Lausanne. Quand on prend si facilement son parti de la rupture avec un ami de dix ans, )n ne doit pas s'étonner que cet ami, malgré son inditfé- 'ence apparente, en éprouve de l'amertume et du chagrin. )r, il n'y a pas de doute possible sur ce point, quoifu'elle ait dit le contraire à Sainte-Beuve, M"® Olivier vait eu bel et bien la velléité de rompre avec lui, et ce l'est que pour être agréable à son mari qu'elle s'était ésignée à lui tendre la main. Et voici ce qu'elle écrivait Juste Olivier après mûre réflexion :

ce i«' février i846.

« Tu comprendras aisément par les incluses ce que j'ai tpour te faire plaisir. J'ai fait un eff'ort subit et violent K)ur croire à des sentiments humains chez Sainte-Beuve, ît je lui ai écrit, sans peine, dans cette disposition toute >onne et toute prévenante. Tu liras ce qu'il m'a répondu îl tu comprendras la pénible impression de cette amerume, de cette rancune, de cette injustice et de cette égèreté. Quoi qu'il en soit, je ne puis me repentir d'une lémarche que j'ai faite pour toi, et j'accepte comme une preuve d'amour à te donner cette désagréable reprise

'i) Correspondance inédite de Sainte- Beave avec M, et A/™« Juste iuier.

d'un commerce désormais sans confiance, sans chai et sans illusion. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour dissimuler et parer cette ruine( i ). Je jouirai du moins d'une chose, c'est de savoir à quel point Sainte-Beuve se trompe quand il croit' que tu subis mon influence et que tu cèdes à mon action; car, ici, c'est moi au contrain qui, comme bien souvent, sans que cela paraisse aussi évidemment, c'est moi qui agis et qui veux agir poni toi, contre toutes mes convictions et impressions. Jamais pour aucune autre cause au monde, je ne me serait exposée, connaissant Thomme, à être traitée de nouveai comme une petite fille ou comme une femme tracassièrei Maintenant c'est fait. Garde-toi bien d*y rien changer, d'avoir même Tair de le savoir, si tu écris et si ron t'écrit. C'est bien pour le coup que Ton m'accuserait sans merci... »

Heureusement que Juste Olivier était moins « orgueilleux » et plus conciliant que sa femme. Gomme il aimai' beaucoup Sainte-Beuve et qu'au fond, en dépit de certai nés apparences, il savait qu'il était payé de retour, ils dit, en rentrant à Lausanne, quand il fut seul et qu'i examina froidement la situation, que la sagesse était è « le prendre tel qu'il était, avec ses défauts d'artiste, è critique et de célibataire, avec sa vivacité ardente, son | obstination, sa rudesse, sa fougue, son inflexibilité fébril< et passionnée; qu'en l'y aidant un peu on le ramènerai aisément à un cours paisible et naturel (2) », — et w

(i) Il faut croire qu'elle y réussît assez bien et que la reprise àelev relations dc fut pas sans charme, puisqu'elles se proloogèreot jusqu'à mort de Sainte-Beuve. Mais tout cela (Uait cciit sous l'empire de la cAèr* des déceptions ou'avait éprouvées M"' Olivier, en constatant que Sti Beuve, qui leur devait tant, ne faisait rien pour eux.

(a) C'est ainsi qu'il s'exprimait dans une lettre adressée à sa femme.

ET Mine JUSTE OLIVIER 123

uvant se décider à rompre, il lui adressa la lettre l'on va lire.

a 2 février i844-

« Mon cher ami, « Voilà quinze jours que je suis deretour à Lausanne, linze jours qui me semblent déjà de longs mois et penmt lesquels j'ai dû me rappeler très souvent notre ami- 5 gronderie sur ma disposition à me faire des idées }ires sans fondement, pour ne pas trop penser que maire votre promesse vous ne m'écrivez point. Puis, je me mets aussi devant les yeux tout ce monde de billets qui )us assiègent de tous les coins de Paris chaque matin et ►nt vous m'avez montré le coffret la dernière fois que je us vis. Mais ce sont là toutes mes consolations, et je us aime trop, je crois toujours trop à notre vieille et nple amitié, malgré la tristesse dont des malheurs trop îls m*ont frappé, pour qu'elles suffisent à me tranquiler. Je vis d'ailleurs dans une solitude si remplie de si nibles souvenirs et de perspectives si peu agréables e je m'imagine toujours qu'un mot de vous va venir y chercher. Mais surtout, comme j'en sortirais bien en us suivant par la pensée chez M"® Olivier, vous ou du îins une lettre de vous 1 Car vous ne vous écrivez même iisl

« Voyons, cher ami, pour moi, pour notre passé, pour

»tre avenir d'âme et de cœur à tous deux, faites un

Fortl Oubliez donc, elle et vous, qu'elle a ressenti trop

vement votre vivacité! Elle était faible, souffrante, con-

îscente à peine; je la retrouvai en rentrant toute

larmes, dans une nouvelle crise de son mal; c'est là

artout ce qui m'a fâché; si j'en ai accusé d'autres, ce

1 cernent de colère, aveugle peut-être, vous prouve du

s que je songeais surtout à la peine que je vous

avais faite, à ce qui en avait été Toccasion, et noi à vous accuser* Maudite rencontre de deux espri cibles, car vous Tètes également l'un et Tautre, i déplaise! et ne faut-il pas que ce soit moi qui en le sujet, moi, le plus débonnaire des hommes et à mortel, ni mortelle ne devrait faire de la peine, ci vainement une cruauté 1 Songez aussi à l'état d'à: et de douleur presque égarée où venait de nous m révélation de tout ce que pouvait attendre Arnold que nous apprenions pour la première fois, tani vous et nos amis qui aviez eu l'amitié de nous le < le saviez depuis longtemps.

« Enfin, j'aurais tort et je serais bien malha revenir sur tout cela, si je n'aimais pas cent fois vous montrer que j'ai gardé toute ma confiance er en votre esprit et en votre cœur. Pardonnez-moi < peine que je vous ai faite, ce que j'ai pu vous écr a pu vous blesser, et recommençons une amitié mieux éprouvée après cette secousse, et que nous s mieux ménager.

« Il devient de plus en plus probable que je ret rai à Paris, peut-être même plutôt que je ne le cor C'est ici une démoralisation politique et morale fait que s'accroître, et contre laquelle nous aul pouvons rien, car tout ce qui n'est pas pleinem nouvel ordre de choses n'a plus au pays nul é n'en reprendrait que dans un grand malheur nat je ne désire certes pas, pour ma part, le retrouv prix. Quant à mes vues sur Paris, l'affaire de la lii pourrait se renouer avec Ducloux, qui est toujoi et qui voudrait autant d'une association avec me

(i) Son fils malade.

ET Mme JUSTE OLIVIER IsS

it pas avec Delay. Mais je ne sais pas si nous s marcher de conserve, quoique, nous étant tournés et appréciés, nous nous soyons retrouvés )enser très bons amis ! Je vous assure que je ;i très disposé à faire à la Revue des Deux Monailleurs, nia petite part du groupe avec vous du ne je pourrai m'y essayer encore, et sans me fer de commencements qui, je l'ai toujours compeuvent être que longs. Enfin, mon ami, Tessen- [ue vous m'aimiez alors même que vous trouvez isse fausse route, et que cela vous met en colère loi, mais pour moi. Songez qu'il y a des gens,

malheureusement de ce nombre jusqu'ici, pour il est aussi difficile de se tenir debout que pour de marcher et d'avancer vers le but. Quant à ; me dites pas que vous vous sentez alourdi:

:jue vous avez écrit depuis une année montre îtivité, de libre possession de vous-même et de our que vous en soyez cru sur parole; vous z trop bien à l'instant par les faits, à Berne sens dessus dessous, et avec une constimtonale « corps franc ». Ainsi mon fameux traomatique, s'il ne valait rien comme article, se ourtant vérifié au fond dans une de ses princiiclusions. Je n'étais pourtant pas si pasteur que croyait bien.

pauvres Buioz, les voilà aussi avec une très ipreuvel dites-leur bien, je vous prie, toute la j'y prends. Je suis trop dans le cas du non igno-

pour dire cela comme un vain compliment de nce.

)us aviez voulu m'envoyer quelques lignes sur du Conseil royal 1 Songez que je n'y entends

126 SAINTE-BEUYB

rien ou pas grand'chose. Je suis toujours dans lacrainU de vous faire de la peine sans le savoir avec cette CArom-l que que je ne puis quitter, car la Revue Suisse est dam un moment de crise, avec tous ces pasteurs abonnés qui" risquent maintenant de mourir de faim (i).

« D'ici, je puis avoir aisément des épreuves, et vous seriez imprimé comme sous mes yeux, sans la moindre faute, je vous en réponds. Vous ne m'enverriez que ce que vous voudriez, et sur les points qui, pour les personnes ou pour la cause, pourraient vous tenir au cœur. Notre tort à tous deux a été de nous persuader, moi nécessité, il est vrai, que je pouvais rédiger à moî seul ces points-là, même avec vos indications. C'était s'exposer à coup sûr à ce qui est arrivé. Je ne me hasarde, du reste, de revenir là-dessus que pour vous montrer combien dans tous les sentiers mon désir de cœur est toujours de cheminer avec vous ; mais je n'ai pu supporter ridée que ce filt de moi que vous y vinssent le« épines. »

Cette lettre était trop cordiale pour ne pas produire son effet, et d'ailleurs Juste Olivier venait d'enfoncen porte aux trois quarts ouverle d'avance : elle le fut toul à fait quand, le surlendemain, Sainte-Beuve reçut de Lausanne le petit billet que voici :

« Mercredi, 4 février.

« En même temps que je vous envoyais hier ma lettre écrite de la veille, j'en recevais une de M™® Olivier qui me dit qu'elle s'est décidée à vous écrire, et que vous lui avez répondu et que vous lui annoncez votre visite. î Merci à tous deux. M™® Olivier a prévenu mon secret et

(i) Les pasteurs yaudois avaient démissionnera la suite de la rcYolulioD de 1845, pour ne pas, accepter la Constitution proclamée par M.Oruey.

ET Mme JUSTE OLIVIER I27

bien vif désir, mais comme c'est une chose où le libre mouvement du cœur est tout, je m'étais défendu de le lui îxprimer. Encore une fois, merci à tous deux, et que j'aie la joie de vous retrouver près d'elle pour me recevoir comme par le passé. Croyez qu'en toute chose, même en amitié, les orages peuvent avoir un bon côté. « Votre dévoué, *

« J. Olivier. »

Le mot final de cette lettre me rappelle ce que Victor Hugo écrivait un jour à son amie Juliette Drouet : « Il a'y a de nuages que dans le ciel et dans l'amour! »

Dans le ciel, ajouterai-je, ils amènent une pluie souvent 3ienfaisante ; dans l'amour, ils se terminent généralement par des larmes, et nous savons que, lorsqu'elles îoulent, elles ne se trompent pas.

À peine avait-il reçu le post-scriptum de Juste Olivier |ue Sainte-Beuve alla voir sa femme qu'il trouva « les nains dans l'eau de savon, lavant une dentelle (i) » — ;e qui les fit rire tous deux... et acheva de les désarmer. St je suppose que le billet suivant, bien que non daté, se •apporte à cette réconciliation :

« De telles querelles sont douces, lui écrivait-il, la ^ôtre, vous l'avouerai-je, ne m'étonne pas. Hier je me juis reproché à un certain moment de ne pas vous avoir mieux marqué combien j'étais touché et heureux de votre témoignage. Le visage et la voix, non le cœur, m'y ont manqué. Le fait est que j'ai été seulement souffrant de corps et triste, de cette tristesse inévitable qui est la couleur des cîeux à certains jours, et qui n'était pas faite pour s'éclaircir en face de votre souffrance persistante. Ce que vous me dîtes aujourd'hui doit la dissiper avec

(1) Lettre de Mme Juste Olivier à son mari.

128 RAINTB-BEUYA

tout son nnajçe. Ce qiiî en paraîtra ne sera plus qu'un rhume de cerveau. S'il en restait quelque chose au fond, après de si bonnes paroles de vous, ce serait un tort, ce serait une preuve que je suis un peu indigne, ce dont je vous ai prévenue; mais vous m'avez promis de ne pas m'êtrc moins amie pour cela, et il y a encore pour moi quelque chose de doux à penser que Tâme amie est généreuse et vaut mieux (i).

Voilà donc la paix rétablie entre le ménage Olivier et Sainte-Beuve. Il y aura bien encore de loin en loin des discussions entre eux, et même à un certain moment, au début de l'Empire, une brouille ou plutôt un refroidissement qui se traduira par une abstention de rapports complète, sans pourtant qu'il y ait rupture, mais ils se retrouveront toujours avec plaisir, et il suffira qu'Olivier fasse un pas vers Sainte-Beuve, pour que celui-dl revienne, la main tendue.

Cependant, il fallait aviser aux moyens de vivre i Paris — ce qui n'était pas facile, avec la timidité native d'Olivier et les goûts plus littéraires que pratiques de sa femme. Après avoir essayé de différentes choses, ils prirent leur courage à quatre mains et s'établirent maîtres è pension. Comprenons-nous bien : leur pension n'était n un hôtel ni une école, c'était une chose mixte et qui tei des deux. Olivier ayant entendu exprimer mainte fois ûi

(i) Lettre inédite communiquée parM™« Bertrand.

ET Mme JUSTE ouviXR isg

vantlui le regret qu'il n'y eût pas, à Paris, une maison de famille où les jeunes gens de la Suisse romande pussent achever leurs études en toute sécurité, comme s'ils avaient été dans leur canton, près de leurs parents, l'idée leur était venue de donner corps à ce désir, et ils avaient loué sur la place Royale, à deux pas de chez Victor Hugo (i), un appartement double, pour recevoir sous leur toit, à des prix raisonnables, des pensionnaires adultes de leur pays. En même temps, pour les aider à supporter les frais de leur première installation, Olivier collabora régulièrement au Semeur et k l'Espérance et fit, dans une école libre, un cours de littérature à des demoiselles de bonne maison.

Sur ces entrefaites, 48 éclata, qui traversa une fois encore tous leurs projets et, du même coup, fit à Sainte- Beuve des loisirs inattendus. Comme ils n'avaient aucune confiance dans la République de Lamartine, ils songèrent d'abord à se réfugier tous ensemble dans celle de Washington. Agassiz, qui s'y trouvait à ce moment-là et qu'Olivier avait pressenti, les encouragea fortement à l'y rejoindre. « On vit ici, leur disait-il, et l'on apprend à y vivre de toutes ses facultés. Ne regardez ni en arrière, ni à côté de vous ; les ruines qui vous entourent pourraient troubler la perspective. Venez prendre part à l'élan qu'ont reçu dans ce pays les sciences, les lettres et les arts. En y apportant votre tribut, vous recueillerez des fruits dont on sème seulement les germes en Europe ; vous apprendrez à les cultiver, et, rassuré dans votre marche, vous retournerez dans la patrie riche des dépouilles d'un autre monde ; j'y retournerai alors avec vous, et le temps qui s'écoulera d'ici là nous le passerons

(i) Ils habitaient au n" 7 et Victor Hugo au n» 6.

l30 SAINTS -BEUYB

ensemble. Je puis vous offrir pour le moment un asile ; arrivez avec armes et bagages tout droit chez moi à Cambridge (i). »

Certes, TofFre était tentante et plus d'un l'aurait acceptée. Cependant, ils la déclinèrent, Sainte-Beuve à cause de sa mère, qui avait quatre-vingt-quatre ans et dont il craignait d'avancer la fin en s'en allant si loin d'elle, Olivier et sa femme à cause des aléas que, malgré tout, présentait un pareil voyage I Et la suite des événements leur donna raison. Peu de temps après, en effet, Olivier trouva l'emploi de son talent dans l'école d'administration que la République venait d'adjoindre au Collège de France, et Sainte-Beuve fut nommé, sur sa demande, professeur de littérature à l'Université de Liège, à la surprise générale, car il avait négocié cette affaire dans le secret le plus absolu, n'y mettant que ses amis de la place Royale.

(( Chère Madame, écrivait-il à M^^ Olivier le 3o (juillet ou août) 1848, je trouve votre lettre en arrivant de Bruxelles. Rien n'est fait encore, mais tout est mûr. Dès qu'il y aura une solution vous serez la première informée. Jusque-là, chut I Je suis revenu fatigué et même un peu malade; aussi je ne pourrais vous aller voir. J'ai à garder la chambre le plus possible (2). »

Que si vous me demandez pourquoi Sainte-Beuve entourait ses démarches de tant de mystère, je vous répondrai qu'il était sur le point de résigner ses fonctions de bibliothécaire à laMazarine, et'qu'en homme prudent il voulait être fixé du côté de Liège avant d'envoyer sa démission.

(i) Œuvres choisies de Juste Olivier, p. GLX. (a) Lettre inédite commuoiquée par M** Bertrand.

ET Mine jaSTK OLIVIER l3l

ittendit pas longtemps. Le 2 septembre 1848, à 58 du soir, il mandait à M"^^ Olivier.

« Chère Madame,

I nomination pour Liège est signée, et j'envoie nission. Veuillez prévenir à TinstantM. Souvestre.

suis tout à vous et aux vôtres (2). »

aconté au volume précédent toutes les péripéties •urde Sainte-Beuve en Belgique. Je n'y reviendrai as.

ndant, je croirais diminuer l'intérêt de ce chapitre tort aux vrais sentiments que Sainte-Beuve avait 5 Olivier, si je ne rappelais pas ici, en quelques lis lettres désolées qu'il leur écrivit pendant l'année issa à Liège. Un proverbe dit que les absents ont 'S tort, et un autre ajoute : loin des yeux, loin du

II faut rendre cette justice à Sainte-Beuve qu'il fit ces deux proverbes chaque fois qu'il voyagea hors nce, — d'où il est permis de conclure que chez md valait mieux que la surface. Il avait beau chaadées, les variations de son esprit n'entamaient que iment son cœur. Quand il s'était donné pour de

avait mille peines à se reprendi'e même envers ui lui avaient manqué ; à plus forte raison, quand affaire à des amis fidèles. C'est pour cela que, dans les circonstances pénibles ou douloureuses de sa se tournait du côté des Olivier. Il avait gardé de our à Lausanne un souvenir si doux, que l'accueil u'il reçut à Liège lui parut plus froid encore. Aussi lel empressement il revint à Paris, quand son cours niné ! Mais il était à peine revenu qu'il était frapp sur coup, dansses plus chères affections. Au mois

tre médite communiquée par M»* Bertrand.

1 32 SAINTE-BBUVB

de mars i85o, il perdait M"*® d'Arbouville ; au mo novembre de la môme année, il perdait sa mère, alors que Tamilié de nos Lausannois lui sembla bc Mme Olivier, surtout, se multiplia pour adoucir son grin. Il habitait, depuis son retour de Liège, chez le teur Paulin, rue Saint-Benoit; dès que la maison < mère fut en état de le recevoir, il y transporta ses nates errants, M™® Olivier lui procura une bonne do; tique qu'elle avait sous la main; et le billet suivant, du i6 octobre i85i, témoigne qu'il voulut planter la maillère avec ses amis de Lausanne :

« Cher ami, « Serez-vous assez bon, vous et M"*® Olivier, pour je puisse compter sur vous à dîner pour samec 6 heures i/'2. Dites vous-même si 6 heures 1/2 ( trop tôt. Vous serez reçus sans façon aucune, il y î DesGuerrois. Je voudrais que le petit nombre d'usteni et de vaisselle que j'ai pût permettre de vous demi d'amener un de vos enfants, mais un autre jour i demanderons à M°*® Olivier d'amener Thérèse, < Olivier, Arnold. Aujourd'hui c'est le premier petit d que j'essaie depuis la restauration de la petite maisoi

« A vous de cœur.

« Sw B. (i). »

Hélas I on a bien raison de dire que l'homme pro( et que Dieu dispose. Arnold était atteint d'un mal curable. Un jour du mois d'avril 1862, son père, lieu de l'emmener dîner chez son parrain, le condu cimetière — ce qui acheva d'attrister Sainte-Beuve.

<( Mon cher ami, écrivait-il alors à Juste Olivier

( I ; Lettre inédite commuuiquée par M°^*^ Bertrand.

fer Mtne justb olivibk i33

ais déjà par Veyne le triste et douloureux état de ce ivre enfant. Les paroles ne sont rien pour consoler douleurs comme celles que M™« Olivier et vous restiez depuis déjà longtemps à son sujet; vous n'en iz aujourd'hui que la dernière et la plus cruellement sndue. J'y prends bien part, mon pauvre ami. Vos ies consolations sont dans vos croyances, dans vos mes croyances; elles sont aussi pour M™® Olivier et ir vous dans la vue et l'affection de ces beaux et irmants enfants qui vous entourent et qui, sans faire lais oublier leur frère, vous permettront d'y penser s ressentir le vide et la stérilité des douleurs solies. Dites à M°*® Olivier mes amitiés bien émues, et yez-moi, mon cher ami, tout à vous de cœur.

« Sainte-Beuve. »

L cette époque Juste Olivier, en dehors des leçons il donnait à ses jeunes pensionnaires de la Suisse lande, exerçait les fonctions de correcteur chez son ipatriote Ducloux qui, chassé comme lui de Lausanne la révolution de i845, avait monté une imprimerie aris. Et Sainte-Beuve ne perdait aucune occasion de îFvir. Déjà, en i85o, quand le gouvernement eut imai de faire pour les ouvriers des lectures du soir et que te Olivier eût été nommé un des lecteurs titulaires, atc-Beuve, qui avait concerté avec lui le programme les lectures (i), en prit texte pour faire son éloge (2).

) ■ Je veux l'entendre à sa première lecture, écrivait-il à M"* Juste "T. J'ai à causer avec lui sur ses lectures. N*a-t-il pas un programme e des cours et des noms des professeurs ? Pourrait-il me procurer «iBche ou m'indiqucr la date du journal où je les trouverais? Jai à î là-dessus un article prochain et c'est sur lui que je compte pour m'o- *r. Je verrai aussi M Souvestre. Quand Olivier fait-il sa première lec- ?< (Correspond, inédite de Sainte-Beuve avec M. et A/™* Juste OU'

« Quel ^and et bel article, si sympathique et si judicieux, vous avez

l34 SAINTE-BEUVE

Et comme il n'avait encore rien dit, la plume à la du poète des Deux Voix et des Chansons loin malgré l'admiration qu'il professait pour lui, il s'ai de ce devoir dans un des Lundis qu'il consacra ai vement poétique en i865. Preuve dernière qu'à époque, malgré les changements que sa nominat sénateur avait apportés dans la vie publique et pri Sainte-Beuve, leur amitié tenait toujours. Elle était en quelque sorte plus tendre. Ils se voyaient pi vent. Quant ce n'était pas rue Montparnasse, place Royale ou bien encore rue Gontrescarpe-Dau] chez Magny, au dîner de quinzaine dont Sainteavait été l'un des fondateurs et dont il était resté Juste Olivier, un des convives les plus assidus.... E même qu'ils auraient cessé de se voir,ils auraient toi gardé l'un pour l'autre un sentiment assez fort pou jurer l'oubli. Sainte-Beuve, je l'ai dit ailleurs etj( à le répéter ici, parce que le secret de cette am trente-deux ans est là, Sainte-Beuve n'avait trouva sa vie qu'un foyer qui, par la douceur et rintim l'accueil, lui rappelât la maison paternelle : c'étail des Olivier à Lausanne (i).

Quand il vint s'y asseoir en 1887, il avait au cœ blessure si profonde que, mal pansée, elle pouva mortelle. M""® Olivier le soigna si bien qu'il guér

consacre à nos Lectures 1 . .. J'ai bien remarqué que votre plume n ché et distingué dans le nombre fjlus que je ne mérite et qu'elle m'< comme vous disiez, même trois fois, toujours de bonne amitié. Vos ne nous seront pas moins utiles <jue votre secours... » [Lettre c Olivier à Sainte-Beuve, du 3i janvier i85o.)

(i) 11 écrivait à Mickiewicz,lea8 décembre i838, en l'engageant à la proposition d'un cours provisoire qui lui était faite par l'Acac Lausanne : « Entre tous je vous recommande comme un trésor d( d'affection, de toutes les vertus aimables, le foyer de nos chers amis Nulle part vous ne pourriez vous appuyer plus fortement... » (Cor Sainte-Beuve, 1. 1, p. 80.)

ET Mïno JUSTE OLIVIER l35

son affection quasi filiale pour le pays de Vaud. Plus

i, quand les Olivier se transportèrent à Paris, il lui

>la, malgré la différence des situations, que la pierre

leur nouveau foyer était un morceau de celle de Lau-

ne; le cœur lui battait aussi doucement lorsqu'il fran-

ssait le seuil de leur maison de la place Royale, que

'squ'il entrait chez eux, là-bas, rue Martheray. Et

il vieillissait, plus il demeurait attaché à la terre vau-

o: . C'était mieux pour lui qu'un pays de prédilection,

était le «petit Lire », la petite patrie, celle qui nous est

lus douce, sinon plus chère que la grande. H était aussi

Br de ses gloires locales que si elles avaient été des

loires françaises. Cela est si vrai qu'en 1869, dans Tad-

^îrable étude qu'il fit sur le général Jomini et qui devait

•Te, pour ainsi dire, son dernier chant, il trouva le

loyen, à propos de M. Monnard, de tracer un portrait

U vieux Suisse si chaud, si vigoureux, si ressemblant,

tie Juste Olivier, qui était alors à Lausanne, en fut ému

(squ'aux larmes (i). « Le Suisse, y disait-il, a un ranz

Tnel dans le cœur. » Mot profondément vrai, mais qui

« lui serait probablement jamais venu à la bouche, s'il

'en avait par lui-même senti toute la justesse. Et qui

But si dans sa pensée ce n'était pas son adieu au pays

! VaudI Le 10 juillet, en réponse à une lettre de Juste

Wivier qui l'invitait à venir s'y reposer, il lui écrivait

'il ne le reverrait plus. Trois mois après, il rendait le

nier soupir dans d'atroces souffrances, et l'amie qui

avait tenu lieu de mère en iSSy et qui, depuis, l'avait

lé comme une sœur, eut le chagrin de n'avoir pu lui

mer les yeux.

•) Voir, à la fin de la Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et Juste Olivier, la lettre de Sainle-Beure à M. Adert, directeur du Jourde Genève,

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