‹ Études d' histoire romantique: documents inéditsChapitre 9 sur 45 · ET MTOC VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

ET MTOC VICTOR HUGO

Il double la tristesse à ce cœur qui s*exile, Et pour qui tout a fui.

Laissez-moi I midi règne et le soleil sans voiles

Fait un désert à mon œil ébloui.

Laissez-moi! c'est le soir, et Theure des étoiles;

Qu'espérer? tout a fui.

Oh l laissez-moi, sans trôve, écouter ma blessure, Aimer mon mal et ne vouloir que lui.

Celle en qui je croyais, Celle qui m'était sûre. Laissez-moi ! tout a fui (i) !

Mais M™® Hugo ne revint pas (2). Et Sainte-Beuve eut m tel chagrin de sa perte que, neuf mois après, de Lauanne, où il était allé faire son cours sur Port-Royal, il îcrivait à Xaxier Marmier : «...L'amour est ajourné ; le •eprendrai-je jamais ? Ai-je passé le temps d'aimer ? — iittendons, oublions surtout, oublions ce que nous avons 3ra éternel. Voyez-vous, c'est à jamais fini de ce co/c'que ^ous savez ; je ne reverrai ni n'écrirai jamais ; j'ai été si blessé d'une telle indifférence ! Mais hlesséy cela veut dire que j'en souffre encore (3). »

Et le surlendemain de cette lettre (i^'* janvier i838), il avouait à Vinet, dans une note confidentielle et à propos

(i) Dans le passa|°ce de Madame de Pontivy où se trouve inséré ce der-

ier vers, Sainte Beuve a mis à la suite : « Il y aurait fallu les pleurs «Orphée. » En tête de la pièce, dans le Livre d'amour, il a mis : u II y huarait de la musique de G/ûc/f.» Encore un détail qui no pouvait échapper *u rep^ard de M^e Victor Hugo.

(a) J'ai ÔW. que Madame de Pontivy SiYaM^iîiTxx le i5 mars 1837 dans la /?eyae ^cs Deuœ Mondes. Un mois plus tard avait lieu l'enterrement de GabrielleDor- 'al, où Sainte-Beuve et Victor Hugo, après s'être évités ])endant la cérémonie, montèrent malgré eux dans la même voiture avec Fontaney, le mari de ^ morte. Cet incident, qui fit grand bruit alors, n'était pas pour ramener fme Victor Hugo. Le 3o septembre de la même année, Sainte-Beuve écrivait : Pavie : « ... Maillard vous parlera de Hucro. Je n'ai vu personne de là, on Qe laisse, ou autant vaut, et je me crois libre de partir et de m'exiler dé- •ormais. » (Fragment d'une lettre publiée par M. Frédéric Loliée dans le 4orr€9pondant, du 10 mars 1908.)

(3) àorresp, de Sainte-Beuve, t. I, p. 4o. Lettre du 29 décembre 1887.

de Madame de Pontîvy ^qne « si d'autres souffles lui rap portaient durant quelque loisir des parfums oubliés, s'y laisserait reprendre », preuve dernière que l'oubli r s'était pas encore fait dans son âme.

Cependant,!! s'efforça de tenir sa parole: il n'écrivitplns et ne revit que longtemps après, sans avoir rien fait pour cela. Nous dirons tout à l'heure dans quelles circonstances. Peut-être même aurait-il dû faire violence à son ressi ment et revoir... après, l'affreuse noyade de Villequier. Pavie, qui savait tout, l'avait engagé à ce moment-là «à se réconcilier a^ec les Hugo, à rentrer dans leurs bonnes grâces par cette large blessure ». Mais il s'y refusa pour des raisons qui n'étaient que des prétextes (t) — ce qui fit dire au frère de Pavie : « On ne peut que blâmer la conduite de Sainte-Beuve en cette circonstance : son extrême susceptibilité faussait parfois son jugement... 11 ne lui suffisait pas que Victor Hugo l'invitât à dîner, il fallait que M"^^ Hugo lui témoignât le désir de le revoir. Non, elle ne le voulait pas, elle ne le devait pas ; les rclar tions intimes interrompues depuis 1887, il ne lui convenait pas de les reprendre sur le tombeau de sa fille. On conçoit que Hugo fut très choqué de ce refus, qui cachait un dépit inavouable (2). »

Pourquoi donc, en i843, Sainte-Beuve s'avisa-t-il tout à coup de faire imprimer le livre odieux dans lequel il a

(i) J'ai publié sa lettre au tome ler de cet ouvrage, p. i44l'i) Théodore Pavie : Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littérai res. — (>ela n'empêchait pas Sainte-Beuve de s'intéresser aux infortune conjupcales de M""» Victor Hugo. En i8/|5, quand son mari fut pris en fit garant délit d'adultère avec M"" Biard, notre critique écrivait à Mad. Juste Olivier : « On ne parle que de cela. Vous, n'en dites rien. Juçez, chère Madame, de mon chaejrin et de mon trouble en tout ceci, avec tout ce que vous savez 1 » {Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. d ^«nc Juste Olivier.)

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ses amours avec <( Adèle » ? C'est ce que je vais er à présent.

i deux choses, dans cette affaire, qu'il importe de

confondre, si l'on veut être juste. II y a Tim- 1 et la publicité. Si Sainte-Beuve est responsable 'emière, il ne saurait l'être de la seconde, attendu ns sa pensée, le Livre d'amour devait, une fois é, demeurer secret jusqu'à la mort des trois înté- — qui étaient le mari, la femme et lui-même —

avait pris ses dispositions pour que sa volonté utée (i). Cela résulte effectivement du testament digea le 19 décembre i843, testament confirmé

codicille en date du mois d'août i844> et dans 1 disait en propres termes à Juste Olivier, son e universel :

1 trouverait dans une armoire (ou ailleurs si je le

dans la suite) (2) un ensemble de petits volumes 5s ayant pour titre : Livre d'amour. Il s'assurerait

recueillir la totalité de ces volumes qui se mon-

rivait le 98 janvier i858 à une jeune personne de Genève... « J'ai en anciens non publiés, non puoliables. Gomme cela ne s'adresse '*is en l'air, ni à une nuageuse Elvire, mais à un être fort réel et Qt, cela n*est publiable et ne le sera peut-être jamais convenablei qui exécutera après moi mes volontés sera juge souverain dans 5se... » {Revue de Paris, du i«' juillet 1904.) I une lettre datée du 4 «oût i844? revenant sur ce petit livre, il ivier : « ... Le petit volume de vers secrets se trouve en presque ns une petite chambre non meublée au-dessus de ma chambre à ans un placard ou armoire, près de la cheminée à droite, il certain art pour le découvrir, mais vous voilà averti. 1» {Corresinèdiie de Sainte-Beuve avec M. et M^' Juste Olivier,)

tent en tout à 2o4 (plus un petit paquet contenant les bons à tirer de ce volume retirés de rimprimerie).Ge chiffre de 2o4 est essentiel, afin que pas un exemplaire ne soit distrait. Parmi les 2o4, un exemplaire est à demi j broché en jaune, tandis que les autres, au nombre de 202, sont brochés en vert : il y a de plus, pour faire ce chiffre de 2o4, un exemplaire en bonnes feuilles non broché I

(( 202 brochés en vert;

« I exemplaire mal broché en jaune;

<( I exemplaire non broché de bonnes feuilles ;

(( plus un paquet des bons à tirer,

« Mon ami Olivier s'emparerait de ces volumes et les conserverait jusqu'à la mort des deux personnes qui, ainsi que moi, n'en doivent pas voir la publication. Après quoi, il serait libre d'en user à volonté; mon intention expresse est que celivre ne périsse pas. S'il devait retarder lui-même cette publication, il la recommanderait, après lui, à quelque autre de fidèle et de sûr (i). »

Mais une question se pose immédiatement : pourquoi Sainte-Beuve avait-il attendu jusqu'en i843 pour faire imprimer le Livre d'amour^ et quel intérêt, quelle urgence y avait-il à ce qu'il fût imprimé cette année-là? Il est certain qu'il aurait pu le livrer à l'impression longtemps avant, puisqu'il était achevé dès 1887 .

(( Je me trouve avoir en ce moment, et sans trop y avoir visé, disait-iJ dans la préface des Pensées d'août, deux recueils entièrement finis. Celui qu'aujourd'hui je donne, le seul des deux qui doive être de longtemps, de fort longtemps publié, n'est pas, s'il convient de le dire, celui même sur lequel mes prédilections secrètes

(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M, et itf"»» Juste Olivier,

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; sont le plus arrêtées. Il n'exprime pas, en un mot, la artie que j'oserai appeler la plus directe et la plus senm te de mon âme en ces années. Maison ne peut toujours e distribuer soi-même au public dans sa chair et dans on sang. »

Et en attendant le moment propice pour la publication e ce livre, il le montrait volontiers en manuscrit àquel- [ues intimes, comme en témoigne ce passage d'un arti- ;le que CoUombet fit paraître dans le Courrier de Lyon lu i4 décembre i838, sur /^5 Pensées daoât :

« M. Sainte-Beuve tient un autre volume en réserve )our une époque éloignée. Lorsqu'au mois d'août, révélant de visiter la Suisse, il passa quelques jours à Lyon, ivec deux ou trois amis qui l'attendaient là, nous vîmes ;e volume entre ses mains, et nous savons qu'il est d'un jenre bien différent de ceux qu'il a publiés jusqu'à ce our (i). »

Sainte-Beuve tenait donc absolument à ce qu'on sût ju'il avait dans ses cartons un autre recueil de vers où l avait mis « la partie la plus directe et la plus sentante le son âme ». Que s'il ne se décida qu'en i843 à le faire mprimer, c'est, d'une part,qu'il « travaillait de plus en plus i liquider ses affaires littéraires en vue de la mort (2) », l'autre part, qu'il faisait alors une cour assidue à une lUtre grande dame, et que, ne pouvant venir à bout de ;a résistance, il espérait sans doute la vaincre en lui donlant à lire son roman avec Adèle. Il est acquis, en effet, [ue la femme un peu glorieuse se laisse plus volontiers enter par l'homme qui passe pour avoir eu dans sa vie [uelque bonne fortune éclatante — et nous verrons tout à

(i) Lettres inédites de Sainte-Beuve à CoUombet , p. 17.

\i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve auecM.et M^* Juste Olivier i.

l'heure que M^^e d'Arbouvîlle — car c'est d'elle qu'il s'agit — reçut le Livre d'amour en présent.

Quoi qu'il en soit, Sainte-Beuve chargea en i843rimprimerie Pommeret et Guenot, 2, rue Mignon, de lui imprimer un petit volume in- 18 qui avait pour titre : Livr^ d! amour et qu'il eût mieux fait, à mon avis, de baptiser, à l'instar et en souvenir de Pontus de Thiard, une Er* reur amoureuse^ — sa passion pour Adèle, cet amour sans issue, comme il l'appelait lui-même, ayant été la plus grande erreur de sa vie.

Ce petit livre, anonyme, comme Joseph Delorme et Volupté, était sous presse, quand l'indiscrétion de quelque typographe éventa le pot-aux-roses — c'est ici le cas de le dire. On s'en émut naturellement autour de l'héroïne, et comme elle ne manquait pas d'amis, il s'en trouva un plus empressé et plus maladroit que les autres, pour achever de la compromettre en voulant la défendre. Cet ami n'était autre qu'Alphonse Karr, et voici l'article qu'il publia un beau matin dans les Guêpes :

'.< Il ne s'agit, tout simplement, que d'une grande infamie que prépare dans l'ombre un poète béat et confit, un saint homme de poète. Le dit poète est fort laid. Il a rêvé une fois dans sa vie qu'il était l'amant d'une belle et charmante femme. Pour ceux qui connaissent les deux personnages, la chose serait vraie qu'elle n'en resterait pas moins invraisemblable et impossible. Cet affreux bonhomme ne s'est pas contenté des joies qu'il a usurpées, à la faveur de quelques accès de folie ou de désespoir causés par un autre. Il ne trouve pas que ce soit assez d'avoir eu une belle femme, il veut un peu la déshonorer. — Sans cela, ce ne serait pas un triomphe suffisant.

« Il a réuni, dans un volume de iio pages, toutes

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tes de vers au moins médiocres, qu'il a faits sur ces leurs invraisemblables. Il a eu soin d'en faire un dos- V avec pièces à Tappui, pour laisser sur la vie de cette ûme la trace luisante et visqueuse que laisse sur une se le passage d'une limace. Non seulement il a soin de ater dans ses vers toutes les circonstances de famille d'habitudes qui ne permettent pas d'avoir le moindre ute sur la personne qu'il a voulu désigner, mais encore l'a nommée à diverses reprises. Cette infamie, tirée à Qt exemplaires, doit être cachetée et déposée chez un taire pour être distribuée entre certaines personnes, signées après la mort de Tauteur.

« J'espère qu'à cette époque les gens qui liront cette ivre de lâcheté trouveront ce monsieur encore plus laid 'il n'était de son vivant.

(( Ce livre de haine est appelé, par l'auteur. Livre d'àmr (i). »

Voilà comment fut divulguée la publication secrète et

nyme de Sainte-Beuve (2). On ne saurait donc, en nnejustice, le rendre responsable du bruit qu'elle a fait

avant sa mise au jour officielle et publique... qu'on lead encore . Aussi bien, Sainte-Beuve n'en fut pas

ement contrarié ; cela lui permit de satisfaire immément la curiosité de quelques dames de ses amies et

) En lisant ces lignes parues dans les Guêpes du icr avril i843, Sainteté dut se souvenir de celles en quelque sorte prophétiques qu'il avait

crées à Alphonse Karr au mois de février 1840: ^es Guêpes de M. Alphonse Karr en sont à leur quatrième livraison, «^ février. Dans les trois premières, l'auteur a su amuser avec malice être trop méchant. Qu'il y prenne garde pourtant : Técueil est là. 11 liffîcile en ce métier de persévérer sans passer outre ; on ne pique pas iremier sang^ aussi loni^temps qu'on veut, et il vient un moment où ion l'emporte et où l'on ne calcule plus... Ces Jjruèpes, si acérées qu'elles it d'esprit, pourtant sans passion aucune, ces g:uêpes-là ne peuvent aller

smps sans se manquer à elles-mêmes » [Premiers lundis, t. II, p. l\ii.) , Le Livre (T amour fut annoncé dans la Bibliographie de la France Li novembre i843.

de distraire à leur intention quelques exemplaires d quet de volumes enfermés dans son armoire. Nous sî par une indiscrétion de M. Paul Chéron,de la Bibli que Nationale, que M"^^ la duchesse de Rauzan, M"^* tense Allart de Méritens et M"^® d'Arbouville fure: petit nombre des privilégiées qui reçurent le Livre mour en présent. M. Paul Chéronnous a même tran de la façon que je dirai tout à l'heure, les réflexion cette lecture suggéra aux deux premières de ces dî

« Il y a de ces choses introuvables d'expression charme, dit là duchesse de Rauzan : la pièce Amoi donc eS'tu(i),eic.,elc.;eip{iisN'avoirqu'unseul dés puis le récit du portrait (3) ; il y a un vers sur la loi acceptée pour l'absent qui est divin ; puis encore qui finit ainsi : il est fête en son cœur (4). »

— « C'est un amour enlevé, ravi, c'est une beau vincible, dit M"® Hortense Allart de Méritens. Je ne pas que chez les Grecs, chez les Latins^ ni chez noi ait jamais si bien joint les impressions, les sensatior la beauté cause avec ses airs, ses chevieux, ses h Vous pouvez espérer comme André Chénier que h que homme pourra retrouver ce qu'il aura une fois comme par la femme et la beauté. Il y a moins de lités que je n'attendais (5). »

Nous ne connaissons pas l'appréciation de M.^^

(i) Fin de l'Invocation,

(2) Pièce II, 1er vers :

N'avoir qu'un seul désir, n'aimer qu'un être au monde.

(3) Pièce XXVm, ler vers:

Qu'elle est belle, toujours renaissante et plus belle Dans son long peignoir blanc, le matin, en dentelle !

(4) Pièce II dernier vers :

Pour un hôte invisible il est fête en son cœur.

(5) Ces réflexions ont été consignées par M. Paul Ghéron sur la c feuille blanche, au verso de l'exemplaire du Livre d'amour qui Bibl. Nat.

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iville, mais je serais bien étonné si la pudeur de cette rmante femme n'avait pas été offensée de certains ails aussi indiscrets qu'inutiles. Après avoir lu les poé- \ de Joseph Delorme qu'elle croyait mort, elle écrivit jour à Sainte-Beuve : « Si je l'avais connu, je l'aurais sole, » Mot à double entente que Sainte-Beuve interta à sa façon qui n'était pas la bonne, et auquel elle ina sa vraie signification, le jour où elle lui renvoya lettres originales de George Sand qu'il lui avait comniquées en les accompagnant de cette réflexion : c( Si lais, dans longtemps, ces lettres devaient paraître, je idrais qu'elles eussent pour épigraphe cette phrase du ume, belle en latin: Dieu l'a ooulu ainsi pour qu'une e désordonnée fût à elle-même son propre supplice! » lais ce n'est pas la seule indiscrétion que M. Paul iron ait commise. Sainte-Beuve, qui lui devait beaup, lui ayant offert un jour, en remerciement, un des ou sept exemplaires du Livre d'amour qu'il avait tés de sa main et fait relier à la suite d'autres ou- ;'es (i), pour être plus sûr de leur conservation, Paul Chéron eut la bonne pensée, en 1879, d'offrir >n tour ce précieux exemplaire à la Bibliothèque onale,si bien que c'est grâce à lui que j'ai pu relever, fe Livre d'amour^les notes manuscrites dont Sainteté l'a en quelque sorte illustré.

Savoir: un avec ses poésies complètes, édition Charpentier, i84oia-i8.

— un avec Volupté, ^e édition, Charpentier, i845.

— un avec Portraits de Femmes, Paris, Didier, i845.

— un avec Œuvres de Louise Labbéy publiées par P. Boitel. et Paris, i845, in-i8.

— un avec les Lettres de J/^^» Aîsséj éd. Ravenel, Paris, Ger- 846, in-18.

— un avec Çaliste par M™" de Charrière, Paris, Labitle, i845, (Note de M. Chéron.)

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Ce petit volume, relié à la suite deTédition des Poà complètes de Sainte-Beuve publiée chez Charpentier i84o (i), comprend 2 folios pour le faux-titre etletîl 1 08 pages et une table des matières indiquant XLI piè de vers et 4 pièces finales précédées decette mention ; page io3 : « On a pensé que les 4 pièces suivantes, qu'elles ne se trouvassent pas classées parmi celles recueil, se rapportaient à la même passion dont e exprimaient le déchirement ou la décroissance. »

Sur la feuille de garde des Poe'^ï^^ complètes , au ver on lit :

Leffe atque tace^ et fidei tuœ commissum secreto posterum serva.

Au verso du faux-titre, sous le vers du Dante | comme épigraphe :

Amor cha'nuilo amato amor pardona Sainte-Beuve a écrit : «

Si faut-il une fois brûler d'un feu dura (La Fontaine, Elégie ii,)

Au verso du titre ainsi libellé : Livre d'amour^ Pa 1843, on lit la page suivante de Técriture fine de Saii Beuve :

(( Ce sont ici des vers d'amour composés autrefois, ce temps où Ton avait le bonheur de la jeunesse, < vrais plaisirs et des vrais tourments. On s'est décidé i assurer l'existence parce qu'ils ont été faits, de l des deux êtres intéressés^ pour consacrer le souvenir

(1) Cet exemplaire, ignoré jusqu'en ces derniers temps, porte la 4800, 4801 (Réserve).

(2) L'amour qui ne permet point à l'aimé de ne point aimer. (Tradi de Lamennais.)

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' lien. Ils portent avec eux, d'ailleurs, leur explication 3 que suffisante et n'en souffrent pas d'autre. Fruit ; et mystérieux de plusieurs années d'étude, de connte et de tendresse, ils se ressentent par moments de nanque de grand air et de soleil, ils ont sans doute parties difficiles et obscures, mais ils gagnent dumoins ir la vérité, la sincérité. Ceux qui, tôt ou tard, yjettet les yeux pourront y remarquer un mélange et comme conflit de deux inspirations, que le poète n'a pas fons sans doute autant qu'il aurait fallu : U amour anle^fataly violent^ y passe et revient déjouer par es l'amour chrétien, mystique^ idéal, gui se Jlat-

de régner. Cette contradiction et ce combat étaient : partie de l'orage mênie que le poète agitait en son ir et qu'il s'est borné à tâcher d'exprimer. S'il lui était mis de s'expliquer par ses propres exemples, il dirait

la manière de Joseph Delorme revient ici traverser roubler celle des Consolationsy qu'il y a mélange, is! et obscurcissement. On trouvera peut-être qu'il y mte.Du moins, encore une fois, la poésie en est sin- , et l'âme a coulé par la blessure. »

es lignes, que j'ai marquées d'un trait, confirment [ue nous savions déjà de cet amour mystique à qui ite-Beuve dut, selon ses propres réflexions, six mois stes de sa vie. Que si vous me demandez comment il a d'être idéal et chrétien, je vous conseillerai de mér ce passage de Madame de Pontivy que j'ai cité plus t : « L'âme seule lui suffisait ou du moins lui semblait ire ; mais quand l'ami lui témoigna sa souffrance, ne résista pas, elle donna tout à son désir, non parce jUe le partageait, mais parce qu'elle voulait ce qu'elle ait pleinement heureux. »

e n'est pas la première fois que pareille chose se pro-

duit, et le mysticisme en amour est coutumier de ces inconséquences!

Mais continuons à butiner dans le jardin d'Epicure.

Nous avons dit que le Livre d'amour se composait d XLV pièces de vers, en comptant les quatre pièces finales qui y furent ajoutées. Voici les notes que Sainte-Beuve a mises à quelques-unes d'entre elles :

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