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Gomment Sainte-Beuve prit-il cette lettre un peu vive? Nous n'avons pas sa réponse; il m'est donc impossible de le dire, mais ce que je puis affirmer, c'est qu'il remit le manuscrit d'Olivier à Buloz, qu'il le recommanda à^Bonnaire, à de Mars, à toutes les autorités de la Revue (jes Deux Mondes, que Bonnaire le lut, que de Mars aoina pour l'impression et qu'en fin de compte — après avoir parlé de changements à y faire, qui lui paraissaient indispensables — Buloz, sur l'avis de sa femme, le lui renvoya par Bonnaire en lui réitérant son désir d'être agréable à M^^ Olivier : « Ainsi, disait Sainte-Beuve à son mari, tout ce que j'avais pris de précautions a tourné contre la réussite (i). »
Mais Olivier n'en fut pas autrement surpris, car il était philosophe et, depuis que les portes de la Revue des Deux Mondes s'étaient fermées sur son Davel, qui pourtant était et reste une très belle chose, il avait perdu sinon toute espérance, du moins toute illusion de ce côté.
Il ne s'obstina donc pas à poursuivre ce qu'il regardait comme une chimère — et, en attendant de meilleurs jours, il rentra à Lausanne, où il continua de labourer son champ, sous l'inspiration exclusive du « génie du lieu ». Mais ce champ, par un concours de circonstances inattendues, s'agrandit tout à coup dans des proportions telles qu'il dépassa les limites du canton et devint toute une province, toute la Suisse française. Depuis quelques années, Olivier collaborait assez régulièrement k\di Revue Suisse que l'imprimeur Ducloux avait fondée à Lausanne ; et dont Charles Secretan était le principal rédacteur. En 1843, il s'en rendit propriétaire et, durant trois ans, il lui
(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et ilf""» Juste Olivier, lettre du 5 mai i843.
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consacra tout son temps, toute sonintellig-ence, toute son activité. Pourquoi trois ans seulement, allez-vous dire? Parce que la malchance, qui poursuivait Olivier partout» voulut qu'en 1 845, au moment où il allait cueillir les fruits de son travail, une révolution moitié politique et moitié religieuse éclatât à Lausanne, qui bouleversa tout le canton et jeta sur le pavé tout le personnel enseignant de TAcadémie. Si bien qu'on vit cette chose cruelle et qu n'était pas encore arrivée depuis le temps de la Réformation : on vit des fils de réfugiés français obhgés à leur tour de chercher un refuge en France.
Olivier fut de ce nombre. Après avoir transporté sa revue à Neuchâtel, il la vendit et, sur les conseils de Sainte-Beuve, qui, pendant ces trois années de lutte, avait été son très dévoué collaborateur, il vint s'installer à Paris avec toute sa famille. Le rêve de M™® Olivier était enfin exaucé, mais elle n'était pas au bout de ses peines. Sainte-Beuve aurait voulu qu'Olivier se fît, à côté de lui, une place à la Revue des Deux Mondes, dans le genre de celle que Lèbre y avait prise.
Déjà, en i844) à la suite de l'insertion de son premierj article dans la revue de Buloz, il écrivait à sa femme :
« L'article d'Olivier est très bien et lui a fait ici beaucoup: d'honneur ; sa place est prise, il faut la garder et l'éten-j dre, Buloz a dû lui écrire. Olivier a bien fait de lui envoyer des détails sur l'affaire du Valais. S'il peut venir un jour^ pour quelques semaines ici, il assurerait de plus en plus sa relation, mais la voilà bien nouée. Son style si fin, si ingénieux, si artiste n'a besoin pour nous que d'une chose : un peu plus d'espace et un tissu moins dru, éluder et éclaircir. 11 aura tout dès lors... Cette collaboration et la Revue Suisse, le voilà inviolable (i). »
(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. etU"^^ Juste Olivier.
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Et quelque temps après, pour le décider, Sainte-Beuve était revenu à la charg-e, en disant qu'à eux deux, lui et sa femme, ils pouvaient très bien avec leurs seules forces se faire à Paris une situation égale à celle qu'y occupaient M. et Mme Emile Souvestre.
Et, en effet, la femme qui avait écrit la nouvelle intitulée r Honneur de/amille{i), la notice sur M"^^ de Charrière, et qui devait un peu plus tard écrire l'article sur Caliste comparée à Manon Lescaut et à Leone Leoni, de George Sand (2), était autre chose et mieux qu'un bas-bleu. Mais j'ai déjà dit que M""^ Olivier, toute occupée de son ménag-e, ne faisait de la littérature qu'à ses moments perdus, et elle n'en avait guère. Olivier ne pouvait donc pas compter de ce côté-là sur elle.
Quant à lui, il était tout prêt à donner les coups de collier nécessaires. Et il se mit tout de suite à l'œuvre. Malheureusement Buloz, tout en lui témoignant beaucoup d'intérêt, beaucoup d'égards, commença par refuser sa copie, sous un prétexte ou sous un autre. Or, il fallait vivre, et ce n'est pas avec les promesses plus ou moins vagues du directeur de la Revue des Deux Mondes qu'il pouvait nourrir sa femme et ses enfants. Sainte-Beuve, quoique préoccupé de cette situation, n'avait pas l'air de bien la comprendre ou, plutôt, il en rejetait la responsabilité directe et immédiate sur le manque de décision de son ami ou, ce qui revenait au même, sur son peu de confiance en son talent (3). Un jour qu'il était allé fairevisite
( I ) Sur V Honneur de Famille, lire les lettres que Sainte-Beuve écrivait à Mme Juste Olivier le i5 novembre et le i5 décembre i838, dans sa Correspondance inédite avec elle et son mari.
(2) Sainte-Beuve a reproduit cet article de M""« Olivier à la suite des Lettres de Lausanne dans l'édition de Caliste publiée par lui chez Jules Labitte en 1845. On le trouvera à l'appendice du présent volume.
(3) Sainte-Beuve lui écrivait à ce sujet à la fin de l'année i845 : « ... Pour quoi cette vie littéraire d'ici (depuis que je vous connais) vous a-t-elle ins-
à M™® Olivier, il s'oublia jusqu'à se répandre devant elle en paroles désobligeantes pour lui. M"^'' Olivier ne se contenta pas de les relever avec vivacité, elle eut le tort de les répéter à son mari. Gomme ils s'étaient déjà contrariés quelques jours auparavant au sujet d'une chronique de la Revue Suisse qui, ^QiV certaines critiques, pouvait laisser deviner la main de Sainte-Beuve (i), cet incident ne fit que les exciter davantage les uns contre les autres. Il y eut bouderie et puis échange de lettres où chacun fit voir en plein son caractère. C'est même à cause de cela que je crois devoir publier ces lettres ici. De la sorte, le lecteur aura toutes les pièces du procès sous les yeux.
Voici d'abord la lettre de M^^ Olivier :
« 26 janvier 1846.
c( Vous savez, mon cher Sainte-Beuve, que je suis très orgueilleuse, aussi orgueilleuse que capable de réelles et profondes amitiés; donc, aussi longtemps que j'ai pensé souffrir seule d'une si grande indifférence de votre part, tout à coup mise à la place de sentiments que je regardais comme sacrés, j'ai souffert en Romaine, sans mot dire. Je n'aurais même peut-être jamais rien dit si, là
pire un mélange d'attrait et d'eiïroi ? Croyez que rien de ce qui vous touche ne m'a été indifférent et que j'ai tout observé à cet égard. Vous avez besoin de Paris, vous vous en êtes sevré de peur de l'aimer, la destinée vous en rapproche, et vous ne l'avez abordé que sur la défensive, vous faisant à vous-même des difficultés, au lieu d'y entrer franchement comme vous le pourriez, plume en main. » Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et M^<^ Juste Olivier.
(i) On sait que, de i843 à 1845, Sainte-Beuve collabora secrètement à la Revue Suisse où ses chroniques parisiennes étaient très remarquées. Mais pour dépister les chiens il ne fallait rien laisser passer qui pût le trahir : aussi dans beaucoup de ses lettres à Olivier trouve-t-on cette mention : « ceci pour vous seul. » Or, quand parut Carmen, Juste Olivier, qui trouvait « au fond de cette œuvre quelque chose de profondement mauvais », ne crut pas devoir le dissimuler et le dit d'autant plus franchement que Sainte- Beuve, avec qui il en avait causé à table, n'en avait pas lui-mcme bonne opinion. Pourtant Sainte-Beuve fut très contrarié de cet article qui n'avait pas été concerté entre eux et qui, d'après lui, était de nature à le découvrir.
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même, dans cet instant, une idée ne me saisissait, que tant d'affection (si vous en aviez) ne se dissipe pas comme un rêve au matin, des relations si douces et si intimes ne peuvent pas se rompre sans faire mal aussi bien à vous qu'à moi ; lors même que vous en avez conservé la part suprême, l'amitié d'Olivier. Vous seul savez si je me trompe. Mais si, en effet, mon amitié vous manque, la vie est-elle assez douce, assez riche pour qu'on en dédaigne les biens les plus désirables et les plus consolants? Venez donc si vous pouvez me comprendre; nous sommes trop amis malgré tout pour avoir des égards et des politesses. Je prendrai votre visite comme un serrement de main. »
Sainte-Beuve, en d'autres temps, aurait pris un fiacre et se serait rendu à l'invitation de M™® Olivier. Il se contenta de lui envoyer la réponse suivante :
« Ce 27 janvier i844 .
« Votre lettre m'arrive dans un jour où j'ai passé quatre heures à l'Académie à entendre des discours et où j'ai à commencer un article qui doit paraître le i^^(i). Elle est la bienvenue malgré tout, mais je ne puis y répondre comme je le voudrais, en allant à vous. Il est vrai que j'ai été blessé ; vous m'avez (ou peut s'en faut), eu redisant des paroles vives qui m'étaient échappées, brouillé avec un ami ; de plus, il ne m'a pas été possible d'entrer dans une explication ultérieure à ce ({ue je vous avait dit ; // a répondu le lendemain par une lettre qui n'avait aucun à-propos, et, à la lettre que je lui ai écrite, c'est vous qui avez répondu en me signifiant d'une manière polie mon congé. J'ai gardé les lettres, je les ai relues ; forme à part, c'en est le fond.
(1) 11 s'agit du compte-rendu de la réception d'Alfred de Vigny à l'Académie française, qui parut, en effet, le i" février j84G.
« Dans les idées que j*ai des femmes, elles ne doivent jamais brouiller ensemble deux hommes qui n'ont pas de très fortes raisons pour cela; elles ne le doivent jamais.
«J'ai été blessé que vous Tayez fait. Votre mari étant ce qu'il est et ne voyant que par vous, il m'est devenu impossible d'avoir un éclaircissement à fond avec lui, il aurait fallu vous nommer et il ne l'aurait pas souffert ; d'ailleurs, à moi-même, cela ne m'eût pas convenu.
(( En un mot, je me suis trouvé avoir blessé non pas] un ami ou une amie pris à part, mais un ménage — unménage uni — dans ce cas-là, j'ai dûm'effacer ; — quand] un arbre élevé, qui plane, est frappé de la foudre et prêt] à casser, celui qui a sa chaumière auprès prend la hachei et l'abat. J'ai dû essayer de faire ainsi durant les jours dei congé qui m'avaient été faits et qui ont duré une semaine.; On fait de l'ouvrage en huit jours quand on est ardentj et qu'on souffre. Je me suis retrouvé ensuite avec Olivier] comme avec un ami avec qui on est embarrassé et luidej même. Avec vous il sera difficile que je retrouve jamais] confiance.
« J'apprécie vos hautes qualités, notre affection d'au-j trefois; je n'ai pu comprendre la facilité du sacrifice! avec laquelle vous rompiez (car c'était rompre). Vous! m'assurez aujourd'hui qu'il n'en est rien, et je vous crois.] Quant à moi, je courrais à vous si je le pouvais matériellement ces jours-ci,
« J'irai quand je serai libre^ le mieux sera de parle] d'autre chose; le temps seul peut redonner quelque consistance à ce qui a reçu un coup si imprévu. Ma sensibilité n'est pas assez riche pour éprouver de ces pertes impunément, il lui faudra faire désormais bien des économies pour réparer. Si vous voulez bien m'y aider, peut-
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être y parviendrai-je. Adieu. Je ne puis me relire tant mes yeux sont fatig-ués.
« Adieu encore (i). »
Evidemment, Sainte-Beuve avait été profondément blessé de Tattitude de M°^« Olivier à son égard, et je ne comprends pas que cette lettre, si amère qu'elle soit, lui ait laissé à elle une impression « d'injustice et de légèté ». Ce sont, en effet, les termes dont elle se servira pour la qualifier en l'envoyant quatre jours plus tard à son mari qui était à Lausanne. Quand on prend si facilement son parti de la rupture avec un ami de dix ans, on ne doit pas s'étonner que cet ami, malgré son indifférence apparente, en éprouve de l'amertume et du chagrin. Or, il n'y a pas de doute possible sur ce point, quoiqu'elle ait dit le contraire à Sainte-Beuve, M""« Olivier avait eu bel et bien la velléité de rompre avec lui, et ce n'est que pour être agréable à son mari qu'elle s'était résignée à lui tendre la main. Et voici ce qu'elle écrivait à Juste Olivier après mûre réflexion ;
(c i^^'^ février i846.
« Tu comprendras aisément par les incluses ce que j'ai fait pour te faire plaisir. J'ai fait un effort subit et violent pour croire à des sentiments humains chez Sainte-Beuve, et je lui ai écrit, sans peine, dans cette disposition toute bonne et toute prévenante. Tu liras ce qu'il m'a répondu et tu comprendras la pénible impression de cette amertume, de cette rancune, de cette injustice et de cette légèreté. Quoi qu'il en soit, je ne puis me repentir d'une démarche que j'ai faite pour toi, et j'accepte comme une preuve d'amour à te donner cette désagréable reprise
(i) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et M^° Juste Olivier.
d'un commerce désormais sans confiance, sans charme et sans illusion. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour dissimuler et parer cette ruine(i). Je jouirai du moins d'une chose, c'est de savoir à quel point Sainte-Beuve se trompe quand il croit que tu subis mon influence et que tu cèdes à mon action; car, ici, c'est moi au contraire qui, comme bien souvent, sans que cela paraisse aussi évidemment, c'est moi qui agis et qui veux agir pour toi, contre toutes mes convictions et impressions. Jamais, pour aucune autre cause au monde, je ne me serais exposée, connaissant l'homme, à être traitée de nouveau comme une petite fille ou comme une femme tracassière, Maintenant c'est fait. Garde-toi bien d'y rien changer, d'avoir môme l'air de le savoir, si tu écris et si l'on t'écrit. C'est bien pour le coup que l'on m'accuserait sans merci... »
Heureusement que Juste Olivier était moins « orgueilleux » et plus conciliant que sa femme. Comme il aimait beaucoup Sainte-Beuve et qu'au fond, en dépit de certaines apparences, il savait qu'il était payé de retour, il se dit, en rentrant à Lausanne, quand il fut seul et qu'il examina froidement la situation, que la sagesse était de « le prendre tel qu'il était, avec ses défauts d'artiste, de critique et de célibataire, avec sa vivacité ardente, son obstination, sa rudesse, sa fougue, son inflexibilité fébrile et passionnée; qu'en l'y aidant un peu on le ramènerait aisément à un cours paisible et naturel (2) », — et ne
(i) Il faut croire qu'elle y réussit assez bien et que la reprise de leurs relations ne fut pas sans charme, puisqu'elles se prolongèrent jusqu'à la mort de Sainle-Beuve. Mais tout cela éiait cciit sous l'empire de la colère et des déceptions qu'avait éprouvées M°" Olivier, en constatant que Sainte- Beuve, qui leur devait tant, ne faisait rien pour eux.
(2) C'est ainsi qu'il s'exprimait dans une lettre adressée à sa femme.
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pouvant se décider à rompre, il lui adressa la lettre qu'on va lire.
« 2 février i844« « Mon cher ami,
« Voilà quinze jours que je suis deretour à Lausanne, quinze jours qui me semblent déjà de longs mois et pendant lesquels j*ai dû me rappeler très souvent notre amicale g-ronderie sur ma disposition à me faire des idées noires sans fondement, pour ne pas trop penser que malgré votre promesse vous ne m'écrivez point. Puis, je me remets aussi devant les yeux tout ce monde de billets qui vous assiègent de tous les coins de Paris chaque matin et dont vous m'avez montré le coffret la dernière fois que je vous vis. Mais ce sont là toutes mes consolations, et je vous aime trop, je crois toujours trop à notre vieille et simple amitié, malgré la tristesse dont des malheurs trop réels m'ont frappé, pour qu'elles suffisent à me tranquilliser. Je vis d'ailleurs dans une solitude si remplie de si pénibles souvenirs et de perspectives si peu agréables que je m'imagine toujours qu'un mot de vous va venir m'y chercher. Mais surtout, comme j'en sortirais bien en vous suivant par la pensée chez M™® Olivier, vous ou du moins une lettre de vous ! Car vous ne vous écrivez même plus!
« Voyons, cher ami, pour moi, pour notre passé, pour notre avenir d'âme et de cœur à tous deux, faites un effort! Oubliez donc, elle et vous, qu'elle a ressenti trop vivement votre vivacité ! Elle était faible, soutTrante, convalescente à peine; je la retrouvai en rentrant toute en larmes, dans une nouvelle crise de son mal; c'est là surtout ce qui m'a fâché; si j'en ai accusé d'autres, ce mouvement de colère, aveugle peut-être, vous prouve du moins que je songeais surtout à la peine que je vous
avais faite, à ce qui en avait été l'occasion, et non point à vous accuser. Maudite rencontre de deux esprits irascibles, car vous l'êtes également l'un et l'autre, ne vous déplaise! et ne faut-il pas que ce soit moi qui en aie été le sujet, moi, le plus débonnaire des hommes et à qui ni mortel, ni mortelle ne devrait faire de la peine, car c'est vainement une cruauté I Songez aussi à l'état d'angoisse et de douleur presque égarée où venait 'de nous mettre la révélation de tout ce que pouvait attendre Arnold (i), ce que nous apprenions pour la première fois, tandis que vous et nos amis qui aviez eu l'amitié de nous le cacher, le saviez depuis longtemps.
« Enfin, j'aurais tort et je serais bien malhabile de revenir sur tout cela, si je n'aimais pas cent fois mieux vous montrer que j'ai gardé toute ma confiance en vous, en votre esprit et en votre cœur. Pardonnez-moi donc la peine que je vous ai faite, ce que j'ai pu vous écrire qui a pu vous blesser, et recommençons une amitié encore mieux éprouvée après cette secousse, et que nous saurons mieux ménager.
« ir devient de plus en plus probable que je retournerai à Paris, peut-être même plutôt que je ne le comptais. C'est ici une démoralisation politique et morale qui ne fait que s'accroître, et contre laquelle nous autres ne pouvons rien, car tout ce qui n'est pas pleinement au nouvel ordre de choses n'a plus au pays nul écho, et n'en reprendrait que dans un grand malheur national : je ne désire certes pas, pour ma part, le retrouver à ce prix. Quant à mes vues sur Paris, l'affaire de la librairie pourrait se renouer avec Ducloux, qui est toujours ici, et qui voudrait autant d'une association avec moi qu'il
(i) Son fîls malade.