‹ Etudes d'histoire romantiqueChapitre 13 sur 43 · ET M™6 JUSTE OLIVIER · texte numérisé non relu

ET M™6 JUSTE OLIVIER

n^en veut pas avec Delay. Mais je ne sais pas si nous pourrons marcher de conserve, quoique, nous étant toujours aimés et appréciés, nous nous soyons retrouvés sans y penser très bons amis ! Je vous assure que je suis aussi très disposé à faire à la Revue des Deux Mondes, ou ailleurs, ma petite part du g-roupe avec vous du mieux que je pourrai m'y essayer encore, et sans me décourager de commencements qui, je l'ai toujours compris, ne peuvent être que longs. Enfin, mon ami, Tessentiel est que vous m'aimiez alors même que vous trouvez que je fasse fausse route, et que cela vous met en colère contre moi, mais pour moi. Songez qu'il y a des gens, et je suis malheureusement de ce nombre jusqu'ici, pour lesquels il est aussi difficile de se tenir debout que pour d'autres de marcher et d'avancer vers le but. Quant à vous, ne me dites pas que vous vous sentez alourdi : tout ce que vous avez écrit depuis une année montre trop d'activité, de libre possession de vous-même et de grâce, pour que vous en soyez cru sur parole; vous démentez trop bien à l'instant par les faits.

« Voilà Berne sens dessus dessous, et avec une constituante cantonale « corps franc ». Ainsi mon fameux travail diplomatique, s'il ne valait rien comme article, se trouve pourtant vérifié au fond dans une de ses principales conclusions. Je n'étais pourtant pas si pasteur que Buloz le croyait bien.

« Les pauvres Buloz, les voilà aussi avec une très grande épreuve! dites-leur bien, je vous prie, toute la part que j'y prends. Je suis trop dans le cas du non ignorus mali pour dire cela comme un vain compliment de condoléance.

« Si vous aviez voulu m'envoyer quelques lignes sur l'affaire du Conseil royal 1 Songez que je n'y entends

rien ou pas grand'chose. Je suis toujours dans la crainte de vous faire de la peine sans le savoir avec cette Chronique que je ne puis quitter, car la Revue Suisse est dans un moment de crise, avec tous ces pasteurs abonnés qui risquent maintenant de mourir de faim (i).

« D'ici, je puis avoir aisément des épreuves, et vous seriez imprimé comme sous mes yeux, sans la moindre faute, je vous en réponds. Vous ne m'enverriez que ce que vous voudriez, et sur les points qui, pour les personnes ou pour la cause, pourraient vous tenir au cœur. Noire tort à tous deux a été de nous persuader, moi par nécessité, il est vrai, que je pouvais rédiger à moi seul ces points-là, même avec vos indications. C'était s'exposer à coup sûr à ce qui est arrivé. Je ne me hasarde, du reste, de revenir là-dessus que pour vous montrer combien dans tous les sentiers mon désir de cœur est toujours de cheminer avec vous ; mais je n'ai pu supporter l'idée que ce fût de moi que vous y vinssent les épines. »

Cette lettre était trop cordiale pour ne pas produire son effet, et d'ailleurs Juste Olivier venait d'enfoncer une porte aux trois quarts ouverte d'avance : elle le fut tout à fait quand, le surlendemain, Sainte-Beuve reçut de Lausanne le petit billet que voici :

« Mercredi, 4 février.

« En même temps que je vous envoyais hier ma lettre écrite de la veille, j'en recevais une de M'"® Olivier qui me dit qu'elle s'est décidée à vous écrire, et que vous lui avez répondu et que vous lui annoncez votre visite. Merci à tous deux. M°"® Olivier a prévenu mon secret et

(i) Les pasteurs vaudois avaient démissionné, à la suite de la révolution de 1845, pour ne pas accepter la Constitution proclamée par M. Druey.

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bien vif désir, mais comme c'est une chose où le libre mouvement du cœur est tout, je m'étais défendu de le lui exprimer. Encore une fois, merci à tous deux, et que j'aie la joie de vous retrouver près d'elle pour me recevoir comme par le passé. Croyez qu'en toute chose, même en amitié, les orages peuvent avoir un bon côté. « Votre dévoué,

(( J. Olivier. »

Le mot final de cette lettre me rappelle ce que Victor Hugo écrivait un jour à son amie Juliette Drouet : « Il n'y a de nuages que dans le ciel et dans l'amour! »

Dans le ciel, ajouterai-je, ils amènent une pluie souvent bienfaisante; dans l'amour, ils se terminent généralement par des larmes, et nous savons que, lorsqu'elles coulent, elles ne se trompent pas.

A peine avait-il reçu le post-scriptum de Juste Olivier que Sainte-Beuve alla voir sa femme qu il trouva « les mains dans l'eau de savon, lavant une dentelle (i) » — ce qui les fit rire tous deux... et acheva de les désarmer. Et je suppose que le billet suivant, bien que non daté, se rapporte à cette réconciliation :

(( De telles querelles sont douces, lui écrivait-il, la vôtre, vous l'avouerai-je, ne m'étonne pas. Hier je me suis reproché à un certain moment de ne pas vous avoir mieux marqué combien j'étais touché et heureux de votre témoignage. Le visage et la voix, non le cœur, m'y ont manqué. Le fait est que j'ai été seulement souffrant de corps et triste, de cette tristesse inévitable qui est la couleur des cieux àr certains jours, et qui n'était pas faite pour s'éclaircir en face de votre souffrance persistante. Ce que vous me dites aujourd'hui doit la dissiper avec

( I ) Lettre de M^e Juste Olivier à son mari.

tout son nnag-e. Ce qui en paraîtra ne sera plus qu'un rhume de cerveau. S'il en restait quelque chose au fond, après de si bonnes paroles de vous, ce serait un tort, ce serait une preuve que je suis un peu indigne, ce dont je vous ai prévenue ; mais vous m'avez promis de ne pas m'être moins amie pour cela, et il y a encore pour moi quelque chose de doux à penser que Tâme amie est généreuse et vaut mieux (i).

Voilà donc la paix rétablie entre le ménage Olivier et Sainte-Beuve. Il y aura bien encore de loin en loin des discussions entre eux, et même à un certain moment, au début de l'Empire, une brouille ou plutôt un refroidissement qui se traduira par une abstention de rapports complète, sans pourtant qu'il y ait rupture, mais ils se retrouveront toujours avec plaisir, et il suffira qu'Olivier fasse un pas vers Sainte-Beuve, pour que celui-ci revienne, la main tendue.

Cependant, il fallait aviser aux moyens de vivre à Paris — ce qui n'était pas facile, avec la timidité native d'Olivier et les goûts plus littéraires que pratiques de sa femme. Après avoir essayé de différentes choses, ils prirent leur courage à quatre mains et s'établirent maîtres de pension. Comprenons-nous bien : leur pension n'était ni un hôtel ni une école, c'était une chose mixte et qui tenait des deux. Olivier ayant entendu exprimer mainte fois de-

(i) Lettre inédite communiquée parM™« Bertrand.

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vaut lui le regret qu'il n'y eût pas, à Paris, une maison de famille où les jeunes gens de la Suisse romande pussent achever leurs études en toute sécurité, comme s'ils avaient été dans leur canton, près de leurs parents, Tidée leur était venue de donner corps à ce désir, et ils avaient loué sur la place Royale, à deux pas de chez Victor Hugo (i), un appartement double, pour recevoir sous leur toit, à des prix raisonnables, des pensionnaires adultes de leur pays. En même temps, pour les aider à supporter les frais de leur première installation, Olivier collabora régulièrement au Semeur et è. r Espérance et fit, dans une école libre, un cours de littérature à des demoiselles de bonne maison.

Sur ces entrefaites, 48 éclata, qui traversa une fois encore tous leurs projets et, du même coup, fit à Sainte- Beuve des loisirs inattendus. Gomme ils n'avaient aucune confiance dans la République de Lamartine, ils songèrent d'abord à se réfugier tous ensemble dans celle de Washington. Agassiz, qui s'y trouvait à ce moment-là et qu'Olivier avait pressenti, les encouragea fortement à l'y rejoindre. « On vit ici, leur disait-il, et l'on apprend à y vivre de toutes ses facultés. Ne regardez ni en arrière, ni à côté de vous ; les ruines qui vous entourent pourr'^ient troubler la perspective. Venez prendre part à l'élan qu'ont reçu dans ce pays les sciences, les lettres et les arts. En y apportant votre tribut, vous recueillerez des fruits dont on sème seulement les germes en Europe ; vous apprendrez à les cultiver, et, rassuré dans votre marche, vous retournerez dans la patrie riche des dépouilles d'un autre monde ; j'y retournerai alors avec vous, et le temps qui s'écoulera d'ici là nous le passerons

(i) Ils habitaient au n*» 7 et Victor Hugo au n« 6.

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ensemble. Je puis vous offrir pour le moment un asile ; arrivez avec armes et bagages tout droit chez moi à Cambridge (i). »

Certes, l'offre était tentante et plus d'un l'aurait acceptée. Cependant, ils la déclinèrent, Sainte-Beuve à cause de sa mère, qui avait quatre-vingt-quatre ans et dont il craignait d'avancer la fin en s'en allant si loin d'elle, Olivier et sa femme à cause des aléas que, malgré tout, présentait un pareil voyage I Et la suite des événements leur donna raison. Peu de temps après, en effet, Olivier trouva l'emploi de son talent dans l'école d'administration que la République venait d'adjoindre au Collège de France, et Sainte-Beuve fut nommé, sur sa demande, professeur de littérature à l'Université de Liège, à la surprise générale, car il avait négocié cette affaire dans le secret le plus absolu, n'y mettant que ses amis de la place Royale.

(( Chère Madame, écrivait-il à M"^® Olivier le 3o (juillet ou août) 1848, je trouve votre lettre en arrivant de Bruxelles. Rien n'est fait encore, mais tout est mûr. Dès qu'il y aura une solution vous serez la première informée. Jusque-là, chut ! Je suis revenu fatigué et même un peu malade; aussi je ne pourrais vous aller voir. J'ai à garder la chambre le plus possible (2). »

Que si vous me demandez pourquoi Sainte-Beuve entourait ses démarches de tant de mystère, je vous répondrai qu'il était sur le point de résigner ses fonctions de bibliothécaire à laMazarine, et qu'en homme prudent il voulait être fixé du côté de Liège avant d'envoyer sa démission.

(i) Œuvres choisies de Juste Olivier, p. CLX. (a) Lettre inédite communiquée par M"* Bertrand,

BT Mme JUSTE OLIVIER

Il n'attendit pas long-temps. Le 2 septembre i848, à 6 heures du soir, il mandait à M"^*^ Olivier.

« Chère Madame, (( Ma nomination pour Lièg-e est signée, et j'envoie ma démission. Veuillez prévenir à l'instantM. Souvestre. « Je suis tout à vous et aux vôtres (2). »

J'ai raconté au volume précédent toutes les péripéties du séjourde Sainte-Beuve en Belg-ique. Je n'y reviendrai donc pas.

Cependant, je croirais diminuer l'intérêt de ce chapitre et faire tort aux vrais sentiments que Sainte-Beuve avait pour les Olivier, si je ne rappelais pas ici, en quelques lignes, les lettres désolées qu'il leur écrivit pendant l'année qu'il passa à Liège. Un proverbe dit que les absents ont toujours tort, et un autre ajoute : loin des yeux, loin du : cœur I II faut rendre ce-tte justice à Sainte-Beuve qu'il fit mentir ces deux proverbes chaque fois qu'il voyagea hors de France, — d'où il est permis de conclure que chez lui le fond valait mieux que la surface. Il avait beau chan- ' ger d'idées, les variations de son esprit n'entamaient que difficilement son cœur. Quand il s'était donné pour de \ bon, il avait mille peines à se reprendre même envers i ceux qui lui avaient manqué ; à plus forte raison, quand \ il avait affaire à des amis fidèles. C'est pour cela que, dans ' toutes les circonstances pénibles ou douloureuses de sa î vie, il se tournait du côté des Olivier. Il avait gardé de ! son séjour à Lausanne un souvenir si doux, que l'accueil i froid qu'il reçut à Liège lui parut plus froid encore. Aussi avec quel empressement il revint à Paris, quand son cours fut terminé ! Mais il était à peine revenu qu'il était frappé, coup sur coup, dans ses plus chères affections. Au mois

(1) Lettre inédite communiquée par M»" Bertrand.

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de mars i85o, il perdait M'^® d'Arbouville ; au mois de novembre de la même année, il perdait sa mère. C'est alors que l'amitié de nos Lausannois lui sembla bonne. M'"e Olivier, surtout, se multiplia pour adoucir son chagrin. Il habitait, depuis son retour de Liège, chez le docteur Paulin, rue Saint-Benoit; dès que la maison de sa mère fut en état de le recevoir, il y transporta ses pénates errants, M™^ Olivier lui procura une bonne domestique qu'elle avait sous la main; et le billet suivant, daté du i6 octobre i85i, témoigne qu'il voulut planter la crémaillère avec ses amis de Lausanne :

<( Cher ami, (( Serez-vous assez bon, vous et M'^e Olivier, pour que je puisse compter sur vous à dîner pour samedi à 6 heures 1/2. Dites vous-même si 6 heures 1/2 était trop tôt. Vous serez reçus sans façon aucune, il y aura Des Guerrois. Je voudrais que le petit nombre d'ustensiles et de vaisselle que j'ai pût permettre de vous demander d'amener un de vos enfants, mais un autre jour nous demanderons à M""^ Olivier d'amener Thérèse, et à Olivier, Arnold. Aujourd'hui c'est le premier petit dîner que j'essaie depuis la restauration de la petite maison.

« A vous de cœur.

« St« B. (i). »

Hélas 1 on a bien raison de dire que l'homme propose et que Dieu dispose. Arnold était atteint d'un mal incurable. Un jour du mois d'avril 1862, son père, au lieu de l'emmener dîner chez son parrain, le conduisit au cimetière — ce qui acheva d'attrister Sainte-Beuve.

« Mon cher ami, écrivait-il alors à Juste Olivier, je

( I ; Lettre inédite communiquée par M^^^ Bertrand.

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savais déjà par Veyne le triste et douloureux état de ce pauvre eafant. Les paroles ne sont rien pour consoler des douleurs comme celles que M™« Olivier et vous ressentiez depuis déjà longtemps à son sujet; vous n'en avez aujourd'hui que la dernière et la plus cruellement attendue. J'y prends bien part, mon pauvre ami. Vos vraies consolations sont dans vos croyances, dans vos bonnes croyances; elles sont aussi pour M'"*^ Olivier et pour vous dans la vue et l'afFection de ces beaux ^t I charmants enfants qui vous entourent et qui, sans faire jamais oublier leur frère, vous permettront d'y penser sans ressentir le vide et la stérilité des douleurs solitaires. Dites à M^^ Olivier mes amitiés bien émues, et croyez-moi, mon cher ami, tout à vous de cœur.

« Sainte-Beuve. »

A cette époque Juste Olivier, en dehors des leçons qu'il donnait à ses jeunes pensionnaires de la Suisse romande, exerçait les fonctions de correcteur chez son compatriote Ducloux qui, chassé comme lui de Lausanne par la révolution de i845, avait monté une imprimerie à Paris. Et Sainte-Beuve ne perdait aucune occasion de le servir. Déjà, en i85o, quand le g-ouvernement eut imaginé de faire pour les ouvriers des lectures du soir et que Juste Olivier eût été nommé un des lecteurs titulaires, Sainte-Beuve, qui avait concerté avec lui le programme le ses lectures (i), en prit texte pour faire son éloge (2).

(ij « Je veux l'entendre à sa première lecture, écrivait-il à M"* Juste Dlivier. J'ai à causer avec lui sur ses lectures. N'a-t-il pas un programme lu liste des cours et des noms des professeurs ? Pourrait-il me procurer me affiche ou m'indiquer la date du journal où je les trouverais? J ai à aire là-dessus un article prochain et c'est sur lui que je compte pour m'oienter. Je verrai aussi M Souvestre. Quand Olivier fait-il sa première lecure? « {Correspond, inédite de Sainte-Beuve avec M. et M'^° Juste OU' ner. )

(2) « Quel grand et bel article, si sympathique et si judicieux, vous avca

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Et comme il n'avait encore rien dit., la plume à la main, du poète des Deux Voix et des Chansons lointaines^ malgré l'admiration qu'il professait pour lui, il s'acquitta de ce devoir dans un des Lundis qu'il consacra au mouvement poétique en i865. Preuve dernière qu'à cette époque, mal^^ré les chang-ements que sa nomination de sénateur avait apportés dans la vie publique et privée de Sainte-Beuve, leur amitié tenait toujours. Elle était même en quelque sorte plus tendre. Ils se voyaient plus souvent. Quant ce n'était pas rue Montparnasse, c'était place Royale ou bien encore rueContrescarpe-Dauphine, chez Mag-ny, au dîner de quinzaine dont Sainte-Beuve avait été l'un des fondateurs et dont il était resté, avec Juste Olivier, un des convives les plus assidus.... Et alors même qu'ils auraient cesséde se voir, ils auraient toujours gardé l'un pour l'autre un sentiment assez fort pour conjurer l'oubli. Sainte-Beuve, je l'ai dit ailleurs et je tiens à le répéter ici, parce que le secret de cette amitié de trente-deux ans est là, Sainte-Beuve n'avait trouvé dans sa vie qu'un foyer qui, par la douceur et l'intimité de Taccueil, lui rappelât la maison paternelle : c'était celui des Olivier à Lausanne (i).

Quand il vint s'y asseoir en 1887, il avait au cœur une blessure si profonde que, mal pansée, elle pouvait être mortelle. M""^ Olivier le soigna si bien qu'il guérit. De

consacré à nos Lectures/. .. J'ai bien remarqué que votre plume m'a cherché et distingué dans le nombre plus que je ne mérite et qu'elle m'a touché comme vous disiez, même trois fois, toujours de bonne amitié. Vos conseils ne nous seront pas moins utiles que votre secours... » {Lettre de Juste Olivier à Sainte-Beuve, du 3i janvier i85o.)

(i) Il écrivait àMickiewicz,le28 décembre i838, en l'engageant à accepter la proposition d'un cours provisoire qui lui était faite par l'Académie de Lausanne : « Entre tous je vous recommande comme un trésor de poésie, d'affection, de toutes les vertus aimables, le foyer de nos chers amis Olivier. Nulle part vous ne pourriez vous appuyer plus fortement... » [Corresp. de Sainte-Beuve, t. I, p. 8(5.)

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là son affection quasi filiale pour le pays de Vaud. Plus tard, quand les Olivier se transportèrent à Paris, il lui sembla, malgré la différence des situations, que la pierre de leur nouveau foyer était un morceau de celle de Lausanne; le cœur lui battait aussi doucement lorsqu'il franchissait le seuil de leur maison de la place Royale, que lorsqu'il entrait chez eux, là-bas, rue Martheray. Et plus il vieillissait, plus il demeurait attaché à la terre vaudoise. C'était mieux pour lui qu'un pays de prédilection, c'était le «petit Lire », la petite patrie, celle qui nous est plus douce, sinon plus chère que la grande. Il était aussi fier de ses gloires locales que si elles avaient été des gloires françaises. Cela est si vrai qu'en 1869, dans l'admirable étude qu'il fit sur le général Jomini et qui devait être, pour ainsi dire, son dernier chanta il trouva le moyen, à propos de M. Monnard, de tracer un portrait du vieux Suisse si chaud, si vigoureux, si ressemblant, que Juste Olivier, qui était alors à Lausanne, en fut ému jusqu'aux larmes (i). a Le Suisse, y disait-il, a un ranz éternel dans le cœur. » Mot profondément vreri, mais qui ne lui serait probablement jamais venu à la bouche, s'il n'en avait par lui-même senti toute la justesse. Et qui sait si dans sa pensée ce n'était pas son adieu au pays de Vaud! Le 10 juillet, en réponse à une lettre de Juste Olivier qui l'invitait à venir s'y reposer, il lui écrivait qu'il ne le reverrait plus. Trois mois après, il rendait le dernier soupir dans d'atroces souffrances, et l'amie qui lui avait tenu lieu de mère en 1887 et qui, depuis, l'avait aimé comme une sœur, eut le chagrin de n'avoir pu lui fermer les yeux.

(i) Voir, à la fin de la Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et il/°»e Juste Olivier, la lettre de Sainte-Beuve à M. Adert, directeur du Journal de Genève.

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