IMPROMPTU
Si vous étiez toujours notre ange, Et sans qu'un tel vol vous dérange, Léger, vous viendriez demain, A votre jeune sœur serrer un peu la main.
Elle s'en va vers l'Angletere, Pour se reposer de la terre ;
On la mettra sur un vaisseau, Où je Tirai chercher, malgré ma peur de l'eau !
«Là ! Je suis confondue de voir partir Ondine,
même pour si peu d'instants. Nous vous tiendrons une cuillerée de chocolat tout prêt, demain vendredi, de neuf à midi, si vous pouvez mêler cette douceur à mon sacrifice ! Moi, je vais la chercher dans trois semaines, pour la ramener aux examens définitifs. Cette sage petite fille mérite bien d'aller regarder nos bons ennemis sous le nez (i). »
Mais ce qui ne devait être qu'une consultation et une promenade devint un séjour de plusieurs années pendant lequel Ondine fit mieux que de regarder les Anglais sous le nez. Elle se perfectionna dans leur langue, elle étudia leur littérature, elle lut de préférence les lakistes, sur le conseil de Sainte-Beuve, elle s'essaya à en traduire quelques-uns ; bref elle fit tant de vers que, tout en admirant, sa mère en fut épouvantée.
« J'ai passé deux heures à lire tes vers l'autre nuit, lui écrivait-elle le 29 septembre i84i. Mon cher trésor, qu'ils sont bien et purs î je les ai lus à la Vierge avec des larmes. N'en fais pas avant un an. Laisse reposer cette sainte agitation, afin de lui donner toute sa force. Ils se font tout seuls en toi, sois en sûre, et un jour tu n'auras plus qu'à les écrire. M. Sainte-Beuve est charmé de ta lettre. Hier il est venu t'en remercier. Il est tout malade, comme nous... »
Je suppose que la pièce de vers suivante était parm celles qui avaient tant ému le cœur de Marceline, car elle est datée de i84i. C'est la suite en quelque sorte de le
(i) Sainte-Beuve inconnu, p. 196.
poésie qu'elle avait adressée à Sainte-Beuve au mois de mars i84o :