‹ Etudes d'histoire romantiqueChapitre 23 sur 43 · ET LA PRINCESSE MATHILDE · texte numérisé non relu

ET LA PRINCESSE MATHILDE

Cependant, il arriva un moment où la fréquentation de Sainte-Beuve devint assez compromettante pour une Altesse impériale. On sait qu'à peine entré au Sénat il y prit la défense, à propos de la publication de la Vie de Jésus, de la liberté de conscience outragée et méconnue dans la personne d'Ernest Renan. Son discours sur la loi de la presse (7 mai 1868) et le fameux dîner du Vendredi- Saint (i) achevèrent de lui faire dans le monde officiel et catholique la figure d'un libre-penseur avéré. Sa petite maison de la rue Montparnasse devint le centre de l'op-

(i) Ce dîner du Vendredi-Saint, dont une certaine presse a voulu faire le pendant de /a Z)e6auc/ie c^e /?0jssy, ne méritait vraiment pas les flots d'encre qu'il a fait couler.

D'abord, bien loin d'avoir été prémédité, il fut improvisé, au contraire, pour le plaisir et la commodité du prince Napoléon qui, n'ayant de libre que Je vendredi et étant sur le point de partir pour Prangins, ne pouvait accepter à dîner que ce jour-là : lo avril 1868, — Ensuite, ce qui prouve que Sainte-Beuve n'avait pas l'intention de blesser les croyances catholiques eu donnant un dîner gras le Vendredi-Saint, c'est l'anecdote que voici :

J'ai dit plus haut que le prince Napoléon avait pour amie la jolie M°i<> de Tourbey. Dès que le dîner fut arrêté, Sainte-Beuve, lui envoya une invitation, pensant lui être agréable ainsi qu'au prince. Mais comme elle était très catholique elle s'empressa de faire observer à Sainte-Beuve que le vendredi choisi était le Vendredi-Saint.

Sainte-Beuve, qui n'y avait pas pris garde, en référa immédiatement au prince qui répondit : « Qu'importe ! nous fêterons le Vendredi-Saint en bons catholiques que nous sommes. » Gela voulait dire : ne changeons pas le menu 1

Cependant, Sainte-Beuve,qui connaissait les sentiments religieux de M^e de Tourbey, lui renouvela son invitation en disant qu'il y aurait du maigre

fiour elle. Mais elle ne vint pas, et ce fut heureux, car si elle était venue, e scandale provoqué par la presse catholique eût encore été plus grand. — Les convives à ce dîner, où le maigre était représenté par une truite saumonée et le gras par un filet au madère et un faisan truffé, étaient : le rince Napoléon, Tuine, About, Renan, Flaubert et Robin, de l'Académie es Sciences.

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position, je ne dis pas antidynastique, car il ne lui vin jamais à la pensée de trahir l'empereur, mais de Toppo sition constitutionnelle.

Et les étudiants qui l'avaient sifflé lors de son cours ai poésie latine vinrent manifester sous ses fenêtres et lu votèrent une adresse de félicitations, lui donnant ainsi, malgré son titre de sénateur, une popularité dont il n'avait joui sous aucun régime.

C'est à ce moment-là que Napoléon ÏII se permit de faire quelques remontrances à sa cousine ; mais elle aima mieux se brouiller avec l'impératrice que rompre avec Sainte-Beuve, car elle était voltairienne comme lui, et sans jamais s'occuper de politique elle n'avait pas hésité à prendre le parti de son frère dans la querelle que lui avait cherchée l'empereur, quelques mois auparavant, à propos de la très belle lettre qu'il avait écrite sur la question romaine au critique des Lundis, On trouvera cette lettre à l'appendice du tome III de la correspondance de Sainte-Beuve, mais ce qu'on ignore généralement ce sont les circonstances dans lesquelles elle fut mise sous les yeux de l'empereur, avant de recevoir la publicité du Siècle auquel elle était destinée. Il avait été convenu entre le prince Napoléon et Sainte-Beuve que celui-ci l'enverrait à M. Havin, et le directeur du Siècle, après l'avoir lue, s'était engagé à la publier le lendemain même. Mais une indiscrétion éventa la mèche. Par qui commise? on ne Ta jamais su aujuste,cependant étant donné le rôle double et louche que joua Havin dans les dernières années de l'Empire, j'incline à croire que l'indiscret ne fut autre que lui. Il avait trop d'intérêt à ménager l'empereur pour se permettre de lui lancer un pareil pétard dans les jambes. Toujours est-il que le prince Napoléon, à son retour de Prangins, d'où sa lettre

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