II PRÉFACE
trines, les arguments de sentiment se mêler aux arguments d'ordre métaphysique, et rarement à ceux d'observation. L'ingéniosité était au premier rang, l'exactitude au second. Il y a 45 ans, un médecin français, un clinicien de premier ordre, Clot-Bey, soutenait de bonne foi que la peste n'est pas contagieuse : il pré* tendait que les quarantaines étaient inutiles et réclamait la fermeture des lazarets. Le livre (1) qu'il a écrit sur ce sujet est un véritable chef-d'œuvre d'érudition et de dialectique; c'est un plaidoyer en faveur d'une mauvaise cause, un tour de force littéraire consacré à la défense d'un paradoxe. Quelle était la vraie raison de la doctrine de Clôt? La philanthropie. Il savait combien de malheurs avait produit naguère, au milieu de populations ignorantes et impressionnables, la croyance aux doctrines contagionistes, et insensiblement, de la meilleure foi du monde, il en était arrivé par suite du besoin de rassurer ses contemporains, à faire tout graviter autour de cet aphorisme négatif : la peste n'est pas contagieuse.
Croire que de pareilles choses ne se reproduiront pas, que des raisons extra-scientifiques n'entreront plus en ligne de compte dans l'édification ou le renversement des doctrines, ce serait évidemment se faire illusion.
Il n'en est pas moins vrai que le sentiment perd du terrain, que chaque quart de siècle, en améliorant nos méthodes, en augmentant le nombre des faits acquis nous rapproche de cette impassibilité qui proscrit les découragements et les enthousiasmes et ne rêve
(I) CIot-Bey (A.-B.). La peste observée en Egypte; Recherches et consiaérations sur cette maladie. Paris, in-8, 1840.