ET L'INSPECTION DES ÉCOLES
PREUVES QUE L'IMPBTIGO EST CONTAGIEUX. — UNE EPIDEMIE DANS UNE ÉCOLE A PABIS. —- FAITS OBSERVES A LA CONSULTATION DE L'HOPITAL DES ENFANTS. — AUTO-INOCULATIONS. — CARACTÈRES FRAPPANTS DE LA MALADIE. — MESURES A PRENDRE POUR ÉVITER LA TRANSMISSION DANS LES ÉCOLES.
Depuis cinq ans, j*ai eu souvent roccasion de voir aux consultations de l'hôpital des Enfants-Malades de nombreux cas d'impétigo classique, de cet impétigo dont la plupart des pathologistes ont rattaché uniquement l'origine soit au lymphatisme, soit à la scrofule. Il m'a semblé qu'indépendamment des prédispositions personnelles, la maladie présente parfois une cause efficiente d'une importance beaucoup plus grande au point de vue de l'hygiène scolaire: cette cause, c'est la contagion. J'ai été souvent frappé de ce fait que Ton m'amenait, les uns après les autres, tous les enfants d'une même famille atteints successivement d'impétigo; dans certains cas, les parents étaient pris eux-mêmes à leur tour.
Voici ce que j'apprenais en les interrogeant : Le premier cas s'était montré d'habitude chez un enfant qui allait à l'école ; un de ses camarades, placé près de lui, avec lequel iljouait souvent, présentait depuis quelque temps à
la face, sur le cuir chevelu, une éruption semblable à la sienne.
Ces faits attirèrent mon attention sur la possibilité de la transmission de l'impétigo d'individu à individu dans les établissements scolaires. Des observations plus nombreuses et très concluantes, que j'eus Toccasion de faire au mois de novembre dernier, me décidèrent à tenter de provoquer sur ce sujet une enquête de l'autorité compétente.
Plusieurs enfants de Pécole communale et de l'asile maternel de la rue Lacordaire furent amenés à ma consultation pour des pustules impétigineuses. Comme ces écoles sont placées, au point de vue de Thygiène, sous la surveillance directe des médecins-inspecteurs nommés par la Ville de Paris, j'appelai sur ce point l'attention de mon collègue, le docteur Levraud, membre du Conseil municipal, qui s'empressa d'aviser de cet état de choses le directeur de l'Enseignement primaire de la Seine, M. Carriot. Celui-ci voulut bien me charger de visiter l'école et l'asile de la rue Lacordaire, en compagnie de mon confrère, le docteur Destreux, médecin-inspecteur de ces deux établissements, qui me prêta un concours aussi obligeant qu'éclairé.
Permettez-moi, Monsieur le Préfet, de porter à votre connaissance les renseignements que j'ai recueillis dans cette visite et d'en tirer les conséquences hygiéniques qu'ils comportent.
L'impétigo a été constaté dans les familles suivantes : 1^ Famille Kiener. — Blanche, âgée de trois ans et demi ;
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grosses pustules de la face. Cette enfant va régulièrement à lâsile. Au moment où elle est prise, plusieurs de ses petites camarades présentent depuis quelque temps un impétigo analogue au sien.
L'impétigo se montre, dans cette famille* chez une au* tre petite fille âgée de deux ans ; chez le frère, âgé de dix ans (pustules aux lèvres et sur le pavillon de Toreille du côté droit). Un autre frère, de sept ans, échappe à la maladie.
2** Famille Gerfaut. — Un garçon de quatre ans, fréquentant l'asile indiqué ci-dessus, est atteint d*impétigo. Son frère, âgé de dix ans^ en est pris un peu plus tard.
3«> Famille Calino. — Un petit garçon fréquentant le même asile est pris le premier (impétigo de la face). Son frère, âgé de huit ans, qui Tembrasse souvent, est atteint bientôt d une éruption analogue autour des lèvres.
4»» Famille Colas. — Marie, âgée de trois ans, va à Tasile ; impétigo des lèvres. Denis, son frère, âgé de dix ans, a bientôt lui-même une éruption croûteuse de la face ; il se gratte à Tun des coudes, probablement après s'être gratté à la face, et une éruption analogue à celle du visage s'y développe.
5® Famille Charvet. — Jeanne, âgée de six ans, fréquente l'asile et présente des cicatrices d'impétigo de la face. Louis, son frère, le fréquente également et porte de nombreuses croûtes dans la même région.
6° Famille Sibelli. — Impétigo de la face chez les deux sœurs.
7* Famille Merer. — Petit garçon de six ans (dumôrae asile) est égratigné à la face, et autour de Tégratignure se forment des pustules, puis des croûtes d'impétigo. Son
frère, âgé de quinze mois, est pris à son tour et présente actuellement des croûtes d'impétigo sur les lèvres. Un autre, âgé de trois ans, est atteint en dernier lieu.
A la même époque, M. le docteur Destreux observait, dans deux autres familles de sa clitentèle, des cas d'impétigo de même origine.
Famille Martin. — Deux petits garçons, qui n'allaient pas encore à Tasile, furent atteints d'un impétigo à croûtes jaunes de la face. Cette famille habite dans la même maison que la famille Merer dont il a été question plus haut ; les enfants jouaient souvent ensemble.
Famille Collas. — Albert, âgé de neuf ans, Alice, de huit ans, puis deux enfants plus jeunes de la même famille sont successivement atteints d'impétigo. Dans une maison voisine, où ces enfants allaient souvent jouer, d'autres présentaient, depuis un certain temps, des croûtes jaunâtres de la face et du pavillon de l'oreille droite.
Outre ces faits, j'ai eu, comme je l'ai dit, l'occasion d'en voir un assez grand nombre d'autres à l'hôpital. Je me borne à en donner trois des plus intéressants et des plus caractéristiques au point de vue de la transmission.
Observation I. — Jeanne Thubaud, âgée de sept ans. fréquente assidûment une école maternelle de la rue de Vaugirard. Elle raconte qu'elle avait pour voisin une autre fillette ayant depuis un certain temps, sur le visage, des croûtes d'un jaune de mieL Ses parents ont remarqué, il y a quelques jours, une éruption de vésicules au pourtour des lèvres ; elles étaient remplies d'un liquide séreux qui devint bientôt trouble, puis purulent. Après