COMPOSITION DES TRIBUS
lune enlière du citoyen (1). M. Mommsen, pour écarler celte objection, est obligé de recourir encore une fois à l'iiypotlièse et d'affirmer, sans aucune preuve à l'appui de son dire, que le irihutimi a subi une transformation, qu'après avoir été un impôt foncier, il est devenu un impôt sur l'ensemble de la fortune.
De cette liste étaient exclus, du moins à l'époque historique et peut-être aussi au début, les femmes ainsi que les impubères sui juris (2). Les fils de famille devaient èlre inscrits dans la tribu du père. Dès qu'il exista des cives sine suffragio, on les mit sur une liste séparée.
Avec cette liste préparatoire par tribus, on pouvait aisément constituer les classes et les centuries. Enfin, rien n'était plus simple, cette liste une fois dressée, que de procéder à un nouveau recensement ; il suffisait pour cela de retrancher de la liste des tribus les noms des citoyens morts et d'ajouter ceux qui étaient dexenua paires familiariun et avaient atteint leur majorité depuis le dernier lustre et enfin les noin cives. Sauf ces légères rectifications, l'ancienne liste était maintenue. Dans le système de M. Mommsen, l'opération serait beaucoup plus compliquée, car il faudrait tenir compte de toutes les mutations de propriété qui auraient pu se produire d'un lustre à l'autre. Que de remaniements, que de difficultés pour accomplir une pareille tâche !
Ajoutez à cela que tel immeuble appartenant à une seule personne pouvait d'un cens à l'autre être divisé entre plusieurs^ que l'intervalle entre deux lustres était parfois de dix ans et plus, etc. On se demande comment, avec une administration aussi rudiment aire que celle de Rome, à cette époque, on aurait pu surmonter de pareils obstacles.
(1) C'est ce que dcmonti'é parraitemcnt Soltau, il>kl.
(2) C'est ce qui résulte de la formule adoptée par les auteurs amiens pour exprimer le résultat des divers rei'enscments: j^i'cwto' nrhos oyhasiiuo,i»actcr pupillds el vhluas. Belocii, p. 77.
§ 4. — La tribu au point de vue administratif.
La tribu était donc une circonscriplion de recensement. On ajoute encore qu'elle était une circonscriplion administrative (1). Mais il faut se garder de donner à ces expressions le sens étendu qu'elles ont de nos jours. Si l'on voulait dire par là que la tribu était un district possédant au complet ses services administratifs au point de vue de la justice, des finances, des travaux publics et de la police, on se tromperait étrangement. L'unité administrative à Rome n'est pas la tribu ; c'est la commune. Chaque commune, municipe, colonie, cité alliée s'administre elle-même, jouit d'une autonomie plus ou moins complète, ce qui nous explique comment les Romains, sous la République, ont pu gouverner leur vaste territoire avec une poignée de fonctionnaires. Quant aux tribus, si nous nous en tenons au témoignage des auteurs anciens, leur rôle administratif est des plus modestes. Tout ce que nous savons de positif à cet égard, c'est que les tribus sont des circonscriptions militaires au point de vue du recrutement des légions. Il en est du moins ainsi au vi*" siècle et peut-être aussi dans les siècles précédents. Polybe nous montre en effet la légion formée de citoyens pris dans chaque tribu (2).
La tribu était-elle une circonscription financière au point de vue de l'impôt? C'est là un point fort obscur. Le rôle des
(l)Mommseii, Die nimnischen Tribus in ailmiuistratirer Beziehioig. Belocli et Kubitschek emploient très fréiiuemment cette formule mais ils ne la délin issent jamais. C'était d'autant plus nécesssaire que le r«Me administratif attribué par Mommsen à cette institution me paruit fort exagéré, comme on le verra plus loin.
(2) 6,20. On s'explique de cette façon que l'arniép romaine ait pu. dans certains cas, fonctionner comme assemblée tribute. Liv. 7,1(3, Roeni. Tribus, ].. VM sq.
LA TRIHr AT POINT DE VIE A ])M1 MSTI! ATIF 37
trihnni aerarii, placés à la lèle de cli;iqu3 irilni, parait avoir consisté à payer la solde aux troupes. Mais ces tribuns levaient-ils eux-mêmes l'impôt? Payaient-ils la solde aux seuls membres de leur tribu? C'est une hypothèse qui n'a rien d'invraisemblable, mais ce n'est qu'une hypothèse (1). Quoi qu'il en soit, à cet égard, ce que nous pouvons affirmer c'est que, si chaque tribu devait fournir le même contingent à l'armée, il ne pouvait en être de même relativement à l'iinpot. Et la raison en est simple: c'est que le tributuni ex censu était perçu d'après l'ensemble de la fortune du contribuable ; il aurait donc fallu, pour que chaque tribu payât le même impôt, que la somme des fortunes fût égale dans chaque tribu. Je n'ai pas besoin d'insister pour montrer que cette égalité n'a pu être réalisée. Dans l'opinion de M. Mommsen, étant donné le caractère réel de la iv'ihn aile tributum étant un impôt foncier, on devrait aboutir logiquement à ce résultat, car il suffirait pour l'obtenir de supposer que toutes les tribus ont la même étendue. J'ajoute cependant que, ni les auteurs anciens, ni M. Mommsen n'ont songé à proposer une pareille solution (2).
Voilà donc à quoi se réduit, en dernière analyse, le rôle administratif des tribus ; elles constituent des circonscriptions militaires pour le recrutement des légions et des circonscriptions financières pour le payement de la solde et peut-être aussi pour la levée du tribut. Mais les Iribuni aerarii ont été dépouillés de leurs attributions financières, lors de l'institution des questeurs militaires 333 (3); on ignore, par contre,
(1) Mommsen (roi'tn. Tribun) fait des tribuni au-arii ou curatores tribttum de vf^ritahle.s chefs de la tribu au point de vue des diverses branches de ladministr.aion ; levée du tribut (p. ',M\ 4()), payement de la solde jusqu'au vu' siècle (p. 48), recensement (p. 23i, etc.
(2) Momm.sen croit qu'au dt-but, chaque tribu avait à faire face à ses propres dépenses, plus tard, ce fut le trésor public qui y pourvut. Eoevi. Tribus, p. 3t
(3) Mommsen suppose que les fonctions des questeurs étaient difléientcs de celles des tribuni wrcirii qui auraient gardé longtemps encore leurs attributions. Jbiil, p. 'i4 sq.
à quel moment la tribu a cessé d'être la base du recrutement (ie l'armée romaine (1).
j5 5. — La tribu politique.
Ce n'est qu'après la sécession de la plèbe et l'institution des tribuns du peuple que les tribus devinrent des circonscriptions politiques, par suite de la création des concilia piebis par tribus.
Grâce au développement rapide des assemblées tributes, la tribu, considérée sous ce nouvel aspect, acquit une importance de plus en plus considérable . La composition de ces assemblées nouvelles qui rendaient des décisions obligatoires iplebis scita) (2), tout comme les comices centuriales, devint une affaire d'État. Le gouvernement, ne pouvant arrêter lesprogrès decesassembléespopulaires, s'efforça dumoins autant qu'il était en son pouvoir, d'en atténuer les effets en dressant sur de nouvelles bases la liste des tribules.
On commença par introduire une distinction fondamentale entre les tribus rurales et les tribus urbaines, et l'on inscrivit dans ces dernières les libertini et les capite censi [humillimi) (3) ; cette distinction s'est maintenue en principe aussi longtemps qu'il y a eu des tribus. On comprend aisément pourquoi désormais les tribus rurales sont plus estimées que les autres ; c'est parce que ces dernières étant les plus populeuses, le suffrage de chacun y est de moindre prix.
Au moyen de cette réforme, les hommes d'État romains avaient porté une grave atteinte à la composition des assera-
(1) Au temps de Néron, on retrouve encore Tancienne formule du cleleetus de cette époque. Suet. Ncr. 44 : rnox tribus urbanas ad sacramentiim citavit. — E. Herzog {Gesch. undSy9le)ii,it. lO^o-lOSl) considère la tribu comme étant uniquement une circonscription militaire.
(2) Voy. infra l'étude suivante, chap. II.
(3) Liv. 9, 29, 46.