CARACTÈRES GÉNÉRAUX
que individu forme une portion égale du souverain et participe également au gouvernement de l'État » (1) ; là, le suffrage populaire est la source de tout pouvoir; là enfin, et c'est le point essentiel, la volonté du peuple a toute liberté pour s'affirmer et, quand elle s'est réellement affirmée, nulle puissance ne saurait l'empêchep de prévaloir : bref, le peuple a toujours le dernier mol. Qui oserait prétendre que c'est sur de pareils principes que repose la constitution de Rome ?
La vérité est que les Romains étaient peu versés dans la métaphysique politique ; que, malgré le témoignage contraire de Denys d'Halicarnasse, ils n'avaient point édifié de toutes pièces leur premier gouvernement d'après les principes abstraits de la science politique; qu'ils avaient, au contraire, reçu delà tradition une organisation semblable à presque toutes celles des sociétés primitives, organisation qui subit avec le temps de nombreuses et profondes modifications, dont le résultat fut d'imprimer au gouvernement de Rome un caractère nouveau, original et conforme à son génie. Si telle est bien la genèse de la constitution romaine, comment voudrait-on qu'elle fût dans toutes ses parties en parfaite harmonie avec un principe abstrait, tel que celui de la souveraineté populaire !
La souveraineté populaire, si je ne me trompe, a été non pas le point de départ, mais le but poursuivi consciemment ou non par les Romains.
On a vu plus haut que le vote des comices ne constituait que l'une des nombreuses formalités exigées pour la régularité d'une élection ou d'une loi. Il est impossible, quand on réfléchit à cette procédure compliquée, de ne pas rapprocher le droit public du droit privé. On sait qu'au début, le contrat, chez les Romains, ne résultait pas tout simplement, comme chez nous, de l'accord des volontés entre les parties ; il était indispensable de recourir à certaines solennités, sans lesquelles le contrat ne pouvait se former. De même ici, ce n'est pas la volonté du peuple qui crée le magistrat ou qui fait la loi; pour arriver à ce résultat, il est indispensable d'accom-
(1) de Tocqueville, de la Démocratie en Amérique, 1, p. 103.
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plir un certain nombre de formalités, parmi lesquelles on compte le vote populaire. Comme pour le contrat, l'idée que la volonté est l'élément essentiel ne s'est fait jour que peu à peu, après bien des tAtonnemenls.
Notre intention n'est pas d'envisager ce problème sous ses aspet ts multiples ; il nous suffit d'avoir signalé en quelques mots les nombreuses questions qui s'y rallachent (questions que nous avons traitées ailleurs). Nous nous bornerons à élucider ici les deux points les plus controversés et les plus utiles à connaître pour l'intelligence du développement historique de la constitution romaine ; ces deux points sont : le rôle du Sénat et celui des paires vis-à-vis des assemblées du peuple.