DES EQUITES EQUO PRIVATO
§ 1. — De ce que l'on entend par ces mots.
L'histoire des chevaliers romains, malgré les beaux travaux qu'elle a suscités (1), est loin d'être achevée : il subsiste encore de nombreuses lacunes non seulement pour la période des origines, mais même pour celle de l'empire, bien que cette dernière, grâce à l'épigraphie, soit de jour en jour mieux connue. Mais, en histoire comme ailleurs, il y a quelque chose de plus dangereux que de savoir ignorer, c'est de croire ce qui n'est point démontré, en d'autres termes, de prendre une simple hypothèse pour une vérité acquise. C'est ce qui est arrivé, à mon avis, dans la question des équités equo privato : là où il ne faudrait voir qu'une pure conjecture, les auteurs croient trouver une vérité certaine. J'ai donc pensé qu'il pouvait y avoir quelque utilité à poser de nouveau nettement la question et à examiner ce que valait au fond cette hypothèse.
Disons tout d'abord, en quelques mots, ce que l'on entend par équités equo privato.
Au début, les chevaliers romains se confondaient avec le corps de cavalerie, formé de dix-huit centuries depuis Ser-
* Cette élude a paru dans la Revue de philolo(jie : Octobre 1884.
(1) Voyez la bibliographie dans mes Institutions politiques, II, § 105,
vius et comprenant un nombre fixe de cavaliers que l'on évalue généralement à 2,400. Ils étaient choisis parmi les plus riches, —sauf les sex suffragia ou les six centuries antérieures à Servius (I), — c'est-à-dire, dans l'opinion générale, parmi ceux qui possédaient le cens équestre. Ce corps avait une situation à part, non seulement à l'armée, mais encore aux comices où les 18 centuries votaient les premières. I^e cavalier recevait de l'État le cheval ou plutôt l'argent pour l'acquérir [ae s équestre) Qi\)0\xv Venlreienir {aes h ûrdearii(7n) ; de là le nom des centuries : équités equo pnblico.
Pendant quelque temps, les équités equo publico furent les seuls cavaliers de l'armée romaine. Mais, à partir d'une certaine époque que l'on croit être l'année 331, année du siège de Véies, les citoyens qui, possédant le cens équestre, ne pouvaient trouver place dans les dix-huit centuries à cause du nombre limité de leurs membres, auraient obtenu, pour l'avenir, le droit de servir à cheval, à la condition de fournir eux-mêmes leur monture. Ce seraient les équités equo privato.
A la différence des premiers, ces nouveaux cavaliers ne jouiraient d'aucun privilège politique; à la place de Vaes équestre et de Vaes hordearium, ils recevaient, comme les fantassins, une solde dont le montant était seulement trois fois plus élevé.
Telle est l'opinion à peu près universellement admise par les auteurs (2), relativement aux équités equo privato. A mon sens, rien n'est plus contestable que l'existence de ces équités : ni le nom, ni la chose ne sont romains. C'est du moins ce que je vais essayer de démontrer.
(1) \oyez Instilutions politiques, loc. cit.
('2) C'est ce qui est admis par tous les auteurs de traités d'antiquités romaines : Walter, I, § 112 ; Lange, I (3' éd.), p. 483, et par ceux qui ont écrit l'histoire des chevaliers romains, Marquardt, Zumpt, Belot, Karlowa et Herzog. Madvig est le seul qui repousse cette théorie (Verf. I, p. 1G2) ; mais il ne donne aucun argument et admet l'existence, à ce moment, d'un cens équestre.