‹ Études d'institutions romainesChapitre 32 sur 87 · EXAMEN DES TEXTES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES TEXTES

^ 3. — Examen des textes.

Voyons d'abord les textes classiques dans lesquels on a prétendu trouver la preuve de l'existence des équités equo privato. Ils sont au nombre de deux et appartiennent l'un et l'autre à Tite-Live.

Dans le premier, riiislorien nous raconte un épisode du siège de Véies, en 351. Cette date, comme on le verra, a son importance. Elle se place, en effet, trois ans après l'introduction de la solde dans Tannée romaine (1), réforme considérable qui a rendu possibles les grandes et glorieuses campa" gnes de la période ultérieure.

Donc le siège de Véies, en 351, irainait en longueur, lorsque tout à coup une mauvaise nouvelle vint surprendre la population de Rome, agitée, comme toujours, par les discussions violentes des partis. Les Véiens avaient détruit, par le feu, les machines et les travaux d'approche des assiégeants, qui avaient perdu ainsi, en une nuit, le fruit de leurs rudes travaux pendant un hiver entier. Au bruit de ce désastre, un frémissement de patriotisme court dans toutes les classes de la société; chacun, dans la mesure de ses' forces, veut concourir à la défense du pays. Voici comment Tile-Live raconte ce beau mouvement : Quod ubi Roman est nuntiatum, maestitiam omnibus, senatui curam mclumque injecit, ne tum vero siistineri nec in urbe seditio, nec in castris passet, et tribuni plebis velut ab se victae reipublicac insultarent : quum, repente, quibus census equester erat, equi publici non erant adsignati, consilio prius inter scse habito, senaiuin adeunt ; factaque dicendl potestas, equis se suis stipendia factures promiltunt. Quibus cum amplissimis vci^bis gratiae ab senatu actae essent, . . . subito ad curiam concur-

\\) Liv. 4, .^*».

SUS fit plebis. Pedestris ordinis aiunt nunc esse operam reipublicae extra ordinem polliceri, seu Veios, seu quo alio ducere velint, etc. Le Sénat, appelé à délibérer sur la situalion, rend grâces publiquement aux volontaires. Tite-Live nous donne l'analyse du décret : placere autem, omnibus his voluntariam extra ordinem professis militiam aéra procedere. Il ajoute : et equili certus numerus aeris est adsignatus. Tum primum equis merere équités cœperunt (1),

Ce qu'il faut retenir de ce récit, c'est la conduite de ces cavaliers volontaires et les mesures prises à leur égard par le Sénat. Pour l'historien, il y avait donc des citoyens, qui, jusqu'à cette date, ne servaient point à cheval, bien qu'ils eussent la fortune requise {census equester) pour faire partie des dix-huit centuries. En effet, nous savons que le corps des équités equo publico était limité et, dès lors, il y avait un choix à faire ; il était donc impossible que tous ceux qui jouissaient d'une fortune déterminée pussent en faire partie, leur nombre étant nécessairement variable, tandis que celui des équités equo publico était fixe. Un seul point peut paraître douteux dans ce r écit, c'est celui-ci : est-il bien certain qu'à cette époque il y eût déjà u.n census equester^ J'examinerai cette question au paragraphe suivant ; pour le moment, je me borne à analyser le récit de Tite-Live et la conclusion qu'il en tire.

Voilà donc ces volontaires enrôlés et servant avec leurs propres montures {equis suis) ; malgré la nouveauté d'un pareil service, le Sénat décide que la campagne faite dans ce corps comptera comme régulière {aéra procedere) et attribue aux cavaliers une solde {equiti certus numerus aeris adsignatus). En manière de conclusion, l'historien fait la réflexion suivante : tum primum equis merere équités cœperunt.

Il est évident que si Tite-Live n'avait pas ajouté cette observation, on n'aurait pu trouver, dans ce qui précède, la moindre preuve de la création des équités equo privato. On aurait vu tout simplement que, lors du siège de Véies, un

(1). Uv. 5, 7, •

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