Des trois moyens d'acquérir la dignité équestre
La qualité de chevalier s'acquiert :
1" Par la naissance. Le fils d'un chevalier romain acquiert par hérédité le rang équestre. De là les expressions consacrées natus ex equestri loco (1).
Ovide parlant de lui-même dit :
. . . usque a proavis velus ordinisheres^ Non modo militiae turbine factus eques (2). Ecce recens dives parte per vulnera Censu Praefertur nobis sanguine factus eques (3). Scu genus excutias, équités, ab origine prima, Usque per ir.numeros inveniemus avos (4).
Enfin Sénèque s'exprime sur Vequestris hereditas en des termes qui ne laissent aucun doute à cet égard, car il nous dit formellement que non seulement la dignité équestre était
(1) Tac. Ann. 14, 5i (discours do Senoque à Néron): egonc equestri et provmciali loco ovins A. Gelle : Noct. Alt. 19,1): adulescens e terra Asia de equestri locc.
(2) Amor. 3, 15, 56.
(3) Ib. 3, 8, 9.
(4) Pont. 4, 8, 17.
héréditaire, mais encore, par voie de conséquence, celle de judex (1).
Les passages précités d'Ovide ne concernent pas les chevaliers equo puhlico ; mais il en est autrement de celui de Sénèque qui est d'ailleurs confirmé par les inscriptions citées plus loin relativement aux équités nati.
Hp Par la fortune. Celui qui n'était point né chevalier pouvait le devenir par la suite, s'il réunissait les conditions voulues, notamment la plus essentielle qui étiit la possession du cens équestre.
Je dis que c'était la plus essentielle, car il y en avait d'autres. Il fallait en effet être né libre et certains empereurs comme Tibère sont allés jusqu'à exiger que l'on eût pour père et pour grand'père des ingénus (:2).
Mais cette rigueur a été de moins en moins observée et l'on
s'est contenté de plus en plus de la première de ces conditions.
Nous verrons bientôt que les affranchis eux-mêmes ont pu
légalement, par une voie spéciale, arriver au rang de che-
. valiers.
Il va sans dire que l'acquisition d'une fortune de 400.000 sesterces par un citoyon romain, remplissant d'ailleurs les conditions que je viens d'indiquer, ne lui donnait pas immédiatement et ipso facto la qualité de chevalier romain. Il fallait encore un décret de l'empereur. Mais c'était là une pure affaire de chancellerie qui regardait un fonctionnaire chargé spécialement de ce soin, Va census equitum romanorum. Ce qui le prouve bien, ce sont les nombreux passages d'auteurs où la qualité de chevalier est regardée comme une conséquence directe de la fortune et de la fortune seule. Ainsi Pline dans une de ses lettres s'exprime ainsi :
Autem tibi centum millium censum saiis indicat, quod
(1) De benef. 3, 7 : uhi vero inter disputantes ratio jus dicit, ibi anîmi conjectura capienda est ; ubiid, de quo sola fsapientia decernit, in controversiam incidit, non potest ad fmec surni judex ex turba selectorum, quetn census in album et equestris fwreditas misit,
(2) Pliu. h. n. 33, 1.
MOYEN d'acquérir LA. DIGNITÉ ÉQUESTRE 217
apiid nos decurio es. Igitur ut non decurione solum, -oerum etiam équité romano perfruamur, offero tibi ad implendas équestres facilitâtes trecenta millia nummum (1). Voici trois épigrammes de Martial qui disent la même chose •
Praetorem pauper centum sestertia Gaurus Orabat, cara notus amicitia, Dicebatque suis haec tantum déesse trecentis Ut posset domino plaudere justus eques (2).
Quadringentoruïïi nullae sunt, Bassae, lacernae Aut meus ante omnes Codrus haberet equum (3).
Qui tonsor fueras tota notissimus urbe
Et post haec dominae munere factus eques (4).
On voit donc que le décret de l'empereur était de pura forme ; la chancellerie se bornait évidemment à constater si les conditions de fortune, d'honorabilité et d'ingénuité du demandeur étaient certaines.
C'est encore ce qui résulte clairement d'une sentence de l'empereur Hadrien rapportée par Dosithée : Per libellum petente quodam esse sibi facultatem equestris dignitatis, sed cum equum publicum peteret, praeteritum fuisse, ante biennium decreto prafecti anno uno municipio excedere coactus, quoniam crimen intervenerat, quod servi concitaverant, ffadriamus dixit : qui equum petit publicum, emendatus esse débet. Cetera autem vita tua probabis (5). Cet exemple ne montre-til pas clairement que toute personne qui possédait les 400,000 sesterces était en droit de demander le cheval public, sauf à prouver bien entendu son honorabilité et j'ajoute sa qualité d'ingénu ?
(1) Ep. 1, 19.
(3) 5, 24. Voyoz aussi 5, 39.
(4)7, 63. .\joutez encore Juvénal (S. at. 1, ICS) :
Sed quinque tahernae
Qiiadraqinta parant etc.
(5) .s'en^ Iladr. 6.
Il est à remarquer que, par voie de conséquence, la perle de la fortune entraînait celle du titre de chevalier. C'est ce que nous apprennent Martial (1) :
Dum donas, Macer, anulos puellis Desisti, Macer, anulos hahere.
et Juvénal (2) :
Talihus a do?ninis post cunctanovissimus exit Annulas, et digito mendicat Pollio nudo.
Auguste ne se montra pas si sévère ; il laissa les fils de ceux qui avaient perdu leur fortune dans les troubles 'des guerres civiles en possession de leur dignité (3).
J'ai déjà dit que, sous l'Empire, des affranchis arrivaient à être nommés chevaliers. Mais pour cela une mesure préliminaire était indispensable ; ils devaient, en effet être l'objet d'un décret qui leur accordait fictivement l'ingénuité (res^iïw^io natalium, jus annulorum aureorum) (4). Nous avons des exemples d'affranchis devenus ainsi chevaliers (S).
3° Enfin le titre de chevalier était la conséquence et la récompense de certains emplois militaires. Les soldats de fortune qui étaient parvenus à l'un de ces grades, préfet d'une cohorte, tribun militaire, préfet d'une aile de cavalerie ou même premier centurion primipilus, devenaient par ce seul fait chevaliers romains.
Les inscriptions nous montrent que les centurions euxmêmes recevaient cette récompense.
(2) Sat. XI, 43.
(3) Suét. Atig. 40. Il exempte de\a.})oena theatralis quibus ipsis parentibusve equester census unquam fuisset.
(4) Voy. Inst. polit. II, p. 165. Dion Cassius, 4'^, 4ï .
(5) Tac. H. 4. 33 : Hormo equestris dignitas data. Dion Cass. loc. cit. etc.
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En voici quelques exemples :