‹ Études d'institutions romainesChapitre 51 sur 87 · QVI. VIXIT. ANN. XXIIII. D. VU · texte numérisé non relu

QVI. VIXIT. ANN. XXIIII. D. VU

ORD. EQVESTR. MILIT.

GOMPARATO

Lecture :

G. Julius , G. (fi lius)? Martialis, qui vixit annis XXIIII, diebus VII, ordine equestri militia comparalo etc.

Ma lecture diffère de celle du Corpus qui est la suivante : ordine equestris militiae comparato. Il me semble que le mot ordo s'applique mieux à l'ordre équestre qu'aux grades des milices équestres lesquelles ne forment pas un ordo (3).

Martial fait allusion à cet usage quan d il dit :

Et réfères pili praemia clarus eques (4). Des brevets d'officier étaient accordés, au moins depuis le

(1) Wilm. 1589.

(2) Bramb. 9Î>1.

(3) Corp. inscr, 6, 1615,

règne de Claude, à titre purement honoraire, à des gens qui n'avaient jamais servi. Tel parait bien avoir été le cas de Martial lui-même :

Vidit me Borna tribunum Et sedeo qua te suscitât Oceanus (1)

On voit, par ce dernier exemple, qu'il importait peu que l'emploi fût effectif ou honoraire : dans l'un et l'autre cas, celui qui en était investi devenait chevalier romain.

Ces officiers devaient-ils, comme les autres chevaliers, satisfaire à la condition de fortune? Je ne le pense pas et l'exemple de Martial semble bien prouver que l'on pouvait être un chevalier de celte catégorie sans avoir, pour cela, la bourse bien garnie (2). L'empereur était bien hbre de donner à qui il voulait cette dignité et, du moment qu'il l'attachait à un grade mihtaire déterminé, il semble bien qu'il a dû faire abstraction de la fortune, à moins que l'on ne veuile admettre, ce qui est difficile, qu'il ait fourni lui-même le cens équestre aux nouveaux chevaliers qui ne le possédaient pas.

En ce sens, je pourrais citer des faits analogues qui se sont produits dans la période impériale. C'est ainsi que l'on accordait fictivement à certaines personnes des privilèges auxquels elles n'avaient aucun droit. Nous savons notamment que Martial, Suétone et Pline le Jeune ont obtenu \ejus liberorum quoique n'ayant pas d'enfants, et, en quelque sorte, pour les dédommager d'être privés des douceurs de la paternité. Pourquoi en aurait-il été autrement du litre de chevaher? A l'appui de cette opinion, je puis encore citer le témoignage d'Hérodien rapportant que Septime Sévère accorda à ses soldais le droit de porter l'anneau d'or, c'est-à-dire la qualité de chevalier ; cet historien n'ajoute pas que ces soldats aient reçu de Tempereur le cens équestre (3).

(2) Ovid. loc. cit. ; parto per ruinera censu.

(3) 3, 8^ 5; Toî; ts ffT^KTtwTaiç /.«t d«xTv).toiç )^pv<Toiç yjtrtdKtjQKt.

MOYEN d'acquérir LA DIGNITÉ ÉQUESTRE 221

Cet usage d'accorder le titre de chevalier romain à des militaires remonte à la période républicaine.

Un chef d'armée avait alors ce droit comme le prouve l'exemple de Verres cité par Cicéron (1).

Un autre exemple de ce genre, c'est celui de César rapporté par Suétone (2).

C'est aux chevaliers ayant une pareille origine que fait allusion Ovide dans les vers cités plus haut.

Ce n'était alors que des cas isolés et probablement assez rares ; sous l'Empire c'est une règle établie, mais avec celte différence que je viens d'indiquer, à savoir que la condition de la possession du cens équestre n'est probablement pas exigée dans cette hypothèse. On s'explique alors qu'ici le décret impérial soit mentionné.

Dans tous les exemples que nous venons de citer des chevaliers par la naissance, par la fortune ou par le service militaire, il n'est jamais question d'une différence quelconque de rang ou de dignité. Ovide, qui est chevalier de naissance, aie cheval public comme il nous l'apprend lui-même (3), Sénèque nous déclare formellement que le titre dejudex est une conséquence de celui de chevalier acquis par droit héréditaire. Martial attribue à la fortune seule l'acquisition du cheval public. Enfin les chevaliers qui ont acquis leur rang par le service militaire s'intitulent equo puhlico. Que conclure de là, sinon que tous les chevaliers romains sont sur le même rang, c'est-à-dire equo publico? Ces exemples confirment donc encore une fois notre solution.

(1) Verr. 1, 61 ; 2, 41; 3, 76, 80.

(2) Caes. 33. Existimatur etiam équestres census polUcitus singuUs

promissumque jus anulorum cuin millibus quadringenis fama distulil.

(H) Tiist. 2, 89 : At vitamque meam moresque probabas, lUo, quem dederas, praetcreuntis, equo.

Des chevaliers de naissance.

Que l'opinion publique, que la société fasse une différence entre le chevalier de naissance et le chevalier parvenu, c'est ce que nous prouve l'exemple d'Ovide opposant son titre héréditaire à celui du centurion acquis dans la mêlée par ses blessures.

Ainsi dans les inscriptions certains personnages prennentils le soin de nous dire qu'ils sont nés chevaliers :

Page 1