‹ Études d'institutions romainesChapitre 61 sur 87 · C.VELIVSAF-SCAPTIA · texte numérisé non relu

C.VELIVSAF-SCAPTIA

SIBl-ET-CONCVBINAE-SVAE

ET-VELIAESPFTERTIAE

FILIAEMEAE ET etc.

On voit que Velia Terlia, bien qu'elle soit la fille de C. Velius, s'appelle SP.F., qu'il faut lire : spuria filia.

Nous avons enfin d'autres exemples de ce genre ou un personnage s'intitule SP.F, alors que l'inscription mentionne le nom du père qui est différent de Spurius. Dans toutes ces hypothèses (i), cette dénomination suppose nécessairement que nous sommes en pré"=ence d'enfants naturels.

Tels sont les cas dans lesquels les spurii, dans les inscriptions, sont d'un façon certaine des enfants naturels, c'est-àdire nés en dehors d'un légitime mariage, soit du conturbernium, soit du concubinatus.

J'ai montré, dans les deux paragraphes précédents, la double signitication de l'abréviation SP. A l'origine, à mon avis, elle n'en avait qu'une ; c'était un prénom comme un autre. Plus tard, depuis la fin do la République, elle prend un nouveau sens, celui d'enfant naturel ; mais elle n'en subsiste

(I) C. I. L. IX, 6310; X, 2135, 3884. Murât. 94,9 ; 1145,9, 1268,3.

pas moins pendant quelque temps encore comme prénom, bien que l'usage en devienne de plus en plus rare.

De là une première difficulté. Comment déterminer le sens exact de cette abréviation lorsque nous la rencontrerons dans une inscription ? J'ai déjà répondu à cette question en indiquant à quels signes on pouvait reconnaître la qualité d'enfant naturel. Ces signes seront : la mention du conlubernium, du concubinatus ou celle du nom du père, concurremment avec celle de SP- F.

Mais il reste un grand nombre de cas dans lesquels ces indications font complètement défaut. Quelle solution adopterons-nous, en pareille occurrence? A mon avis, il n'y a aucun caractère certain, en dehors de ceux que j'ai signalés, pour reconnaître sûrement la qualité d'enfant naturel.

Des savants (I) ont cru trouver la preuve de cette qualité daus la situation particulière qui serait faite à l'enfant naturel au point de vue du droit politique. Dans leur opinion, celte classe de personnes serait traitée comme les liberlini ; on l'aurait reléguée dans l'une des quatre tribus urbaines, en particulier dans la Gollina. Nous ne voulons pas, en ce moment, entreprendre l'élude des droits de Tenfant naturel ; cette question sera l'objet d'un travail distinct. Mais sans entrer dans le cœur du débat, il me sera permis de faire observer que si un grand nombre d'entre eux est inscrit dans cette tribu (:2), il en est aussi qui se trouvent, soit dans d'autres tribus urbaines (3), soit même dans des tribus rustiques (4) . Je ne veux, pour le moment, tirer de ce fait qu'une conclusion, à savoir que le nom de la tribu n'est pas une preuve certaine de la qualilé d'enfant naturel. En résumé donc, il faut s'en tenir aux indications certaines

(1) Th. Moramsen : Die rœmischen Tribus, p. 100, note 78.

(2) G. /. L. VJ, 5301, 7459 c, 10025, llU.2. iMurat, 173!), 14; 2o'CG, 4. Wilmanns, 1300.

(3) Siic(cusana) C. I. L. VI, blôi,'JSJl ; Esq(uiliana), C. I. L. VI, 2310. CO A/-rt(ie/tsis) : C. 1. L. VI, ll'Jl ; Fab(ia) : C. I. L. VI, 2744, Murât.

670, 2; Volt(inia): Murât, 2035, 1 ; Vol[uria): C. I. L. VI, la58.j, V, 5IW, Murât, 1480, 5.

260 DÉS SPURÎI

que nous avons énumérées. A défaut de ces indications, on aura encore non pas une preuve, mais une simple présomption de la qualité d'enfant naturel, lorsque le SP'F portera le même nom que sa mère (1).

Autre question. Pourquoi le prénom Spurius, à partir de l'Empire, devient-il de plus en plus rare, pour disparaître complètement à une époque qu'il n'est pas facile de préciser, mais que je suppose très ancienne ?

La grande majorité des exemples que j'en ai rapportés appartient à Rome et à l'Italie, et on a pu voir qu'ils n'étaient pas très nombreux. Dans les provinces, on peut dire qu'il est à peu près inconnu. Pourquoi ce prénom, à la différence des autres, a-t-il été délaissé?

Au point où je suis arrivé, il me semble que ce phénomène peut facilement s'expliquer. A partir de l'Empire, nous l'avons vu, le mot Spurius prend un sens équivoque, à cause de la double signification qui s'y attache. On comprend fort bien que les enfants naturels aient profité de cette équivoque pour cacher aux yeux du public l'irrégularité de leur naissance et se donner les apparences d'enfants légitimes. Or rien n'était plus aisé pour eux : ils n'avaient, en effet, qu'à abréger leur nom de Spurius en SP- F. De cette façon on pouvait lire Spurii filiiis tout aussi bien que Spurius filius. Il semble même qu'on a été plus loin dans cette voie, car dans une ou deux inscriptions on lit SPVRII P., alors qu'il s'agit, à mon avis, d'un véritable enfant naturel, spurius filius (2).

Si cet usage a réellement existé, on s'explique que les enfants légitimes, pour ne pas être confondus avec les bâtards, aient cessé d'être appelés Spurii, prénom équivoque et qui pouvait faire douter de leur légitimité. Telle aurait été donc la cause de la disparition de ce prénom dans le monde romain.

Voilà les conclusions auxquelles j'ai été amené par l'étude des documents épigraphiques connus jusqu'à ce jour. Mais

(1) Par exemple : Orel. 2692. C. I. L. VI, 10585.

(2) Orel. 2693.

je n'ai pas la prétention d'avoir épuisé la question ; elle ne pourra être tranchée définitivement qu'après la publication complète du Corpus et particulièrement des volumes qui sont consacrés à Rome. Ce que j'ai voulu, c'est poser nettement le problème et appeler l'attention des épigraphistes sur ce point.

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