DE L'EMPLOI DES ASTRINGENTS
Pour les yeux comme pour les autres parties, l'irrigation continue présente de grands inconvénients à côté de ses avantages; nous y avons renoncé depuis long-temps, et nous lui préférons des compresses imbibées d'un liquide légèrement astringent , que le malade renouvelle chaque fois qu'il ressent
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de la chaleur dans l'œil. Voici trois de nos formules actuelles :
1™ Alcool camphré 30 grammes.
Alun 2
Eau distillée 120 —
2e Sulfate de cuivre \ \ —
Alun 2 —
Eau distillée 120 —
.'V Extrait de belladone 2 —
Alun 2 —
Eau distillée 120 —
Plusieurs fois nous avons eu recours à des mélanges réfrigérants; mais nous avons trouvé qu'ils nécessitaient, pour être employés sans danger, la présence continuelle d'un homme de l'art. Malheur au malade qui , après des applications trèsfroides, se trouve abandonné aux soins d'une garde ordinaire ! Bientôt la plus violente réaction s'empare de la partie souffrante , et les accidents les plus inflammatoires peuvent succéder à une action sédative que l'on croyait parfaite.
L'emploi des astringents a cela de très-avantageux qu'ils resserrent les vaisseaux et refoulent la tendance inflammatoire aussi fortement que le pourraient faire les mélanges léfrigérants sans jamais occasioner les mêmes dangers. L'on peut en outre associer à l'action sédative du sulfate de cuivre ou de l'alun l'action antispasmodique du camphre , l'action narcotique de l'opium, l'action spéciale et peu définie de la bella^ donc et de la jusquiame.
Dans les cinq premiers jours qui suivent les piqûres , les blessures et les contusions, l'emploi des compresses astringentes est suffisamment indiqué par le besoin de prévenir la conjonctivite , l'iritis et l'inflammation des autres parties internes de l'œil.
Après l'opération de la pupille artificielle, nous prescri-
vons ces compresses jusqu'à parfaite cicatrice de la cornée. Après l'opération de la cataracte, nous y recourons aussi chez les gens intelligents, chez les autres nous préférons nous servir de compresses trempées dans l'eau pure. Cependant, toutes ces applications trop prolongées sont dangereuses chez les sujets scrofuleux , et peuvent amener des accidents du côté de la cornée, quelquefois sa fonte purulente. Dans les brûlures et lesophtalmies inflammatoires simples, nos compresses astringentes produisent les meilleurs résultats. Hier, madame H nous appelle au début d'une ophtalmie aiguë et trèsdouloureuse, aujourd'hui elle est guérie.
Nous n'employons pas habituellement nos mélanges astringents purs, mais étendus de 10 à 12 fois leur poids d'eau. Nous y avons recours encore dans l'ophtalmie granuleuse , simple ou gonorrhéique, et dans l'ophtalmie rhumatismale ; quelquefois, ils nous ont donné, dans celte dernière affection, les résultats les plus remarquables. L'iritis aigu et les autres ophtalmies internes réclament aussi les lotions astringentes. En dernière analyse, l'œil s'en trouve bien chaque fois qu'il est tourmenté par une chaleur inflammatoire. L'ophtalmie scrofuleuse aiguë demande seule quelque prudence dans l'emploi de ce moyen qui est sans danger dans les autres affections précitées.
Ce n'est pas seulement en lotions extérieures , en fomentations incessantes que les astringents peuvent rendre de grands services ; l'emploi de pommades astringentes convient dans toutes les phlogoses de la conjonctive, ainsi que l'usage de collyres astringents. L'expérience nous a démontré que l'on devait répéter d'autant moins les astringents appliqués sur l'œil lui-même, qu'ils sont employés à dose plus élevée. Par suite, quand nous faisons usage de collyres, nous disons d'en mettre une goutte dans une cuillerée à bouche d'eau, <;t quand nous employons des pommades à l'alun, au
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sulfate de cuivre , au sulfate de zinc, nous en employons gros comme un grain d'avoine une fois par jour. Un fait sur lequel les praticiens n'ont pas assez insisté, c'est que les piqûres de l'œil donnent souvent naissance , ainsi que l'iritis, surtout l'iritis syphilitique , à une hydrophtalmie particulière , qui est accompagnée d'un état variqueux des procès ciliaires et même de la partie de la sclérotique qui joint la cornée. Nous avons reconnu qu'on pouvait prévenir souvent cette modification pathologique et la combattre avantageusement quand elle était développée par l'usage prolongé des astringents; qu'il est même possible , sous ce rapport, d'arriver à l'atrophie de l'œil , fait important , dont nous possédons plusieurs exemples; mais ce qui est réellement merveilleux, c'est la promptitude avec laquelle la lymphe épanchée à la suite de brûlures se resorbe sous l'action des astringents. Une jeune fille se brûle la cornée avec un fer à dresser, aussitôt elle devient borgne. Une demi-heure après l'accident, elle m'arrive conduite par sa parente , Mlle Constant (île Feydeau à Nantes, en face du bateau à laver). J'emploie immédiatement les astringents, à savoir : une pommade au sulfate de zinc, axonge 4 grammes, sulfate de zinc 1 gramme; au bout de quatre à cinq jours , elle est entièrement guérie.
L'emploi des astringents à haute dose, entre les paupières, demande une grande habitude pratique ; ainsi nous avons vu des scrofuleux , chez lesquels on avait détruit la cornée par un usage exagéré du sulfate de cuivre. Nous savons un cas de cécité complète produite par de l'alun et du sulfate de cuivre employés pour cautériser une ophtalmie scrofuleuse vésiculeuse. En général , nous nous sommes bien trouvé des proportions suivantes :
Axonge 20 grammes.
Substance astringente 1 gramme.
Nous sommes loin de considérer la question des astrin-
gents comme suffisamment exposée , par ce qui précède ; nous y reviendrons donc en sou lieu. Mais ce qu'il nous importait pour le moment , c'était de signaler leur bon emploi dans les ophtalmies aiguës.