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[lériodc do luUcs inlùricures, l'ut décisive pour <;i vie. Un malin de printemps, il rencontra chez M. (loLisin un jeune homme aux yeux noirs, aux . heveux déjà blanchis, avec l'éclair dans le ivgard et dans la parole. Nous avons nommé Michelct : « Leur in limité fut pour ainsi dire lastantanér. »
Michelet avait à peine cinq ans de plus que son ami et il était déjà marié. Sa maison devint le foyer de Quinet. (l'est à Michelet qu'il confie les premiers troubles de son cœur, sa pitié tendre pour une jeune malade, condamnée par la médecine et qui lui inspirait cette page d'Ahasvérus : « Elle était poésie à toute heure, en tout lieu... Assise, sans rien dire, sur un iianc, elle tenait tout le jour mon âme dans sa main, comme un livre entr'ouvert qu'on feuillette et qui ne finit pas... »
I Trouvant si peu de bonheur dans les choses
II humaines, Quinet se rejetait avec force vers ce (jui a toujours été sa sauvegarde, l'isolement,
W l'étude et les voyages. Il avait depuis longlomps le projet de voir de ses yeux l'Allemagne,
ji de se lier avec Creutzer, l'illustre auteur de la Symbolique. Une affinité sérieuse existait entre Quinet et ce monde germanique. Il s'installe à Heidelberg. La société patriarcale de ces savants
professeurs, alors si sympathiques à la France, la simplicité de la vie allemande le pénétraient d'un calme absolu. C'était en 1826.
L'ami qu'il regrette le plus, dans son éloignement, c'est Michelet. C'est cette âme, tendre jusqu'à la souffrance, qui le comprend le mieux, et qui lui répète sans cesse : « Calmez-vous! Modérez-vous ! » C'est Michelet qui s'occupe de ses intérêts matériels, qui va le visiter à Heidelberg; jours délicieux de promenades et de rêveries en commun !
L'Allemagne de ce temps-là, toute pénétrée par l'âme de ses grands poètes et de ses grands penseurs, avait trois cultes : la musique, la poésie^ la peinture. Des goûts purs, des mœurs simples donnaient aux joies de la famille une élévation qu'on n'a plus retrouvée. Quinet se plongeait avec déhces dans ce milieu original. Musicien consommé, il jouait sa partie de violon dans les oratorios de Sébastien Bach et dans les symphonies de Beethoven. Tout entier à l'étude de la philosophie allemande, il subissait l'influence de l'esprit de la race. Son cerveau s'enténébrait; son style perdait de plus en plus la suprême qualité, la clarté. Il lui fallut bien des années pour retremper dans les eaux françaises l'acier de sa phrase.
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Le cœur aidait aussi à ce lent étoufleaicnt de la vivacité et de la lumière. Au mois de décembre 1827^ ('reulzer l'avait introduit dans une famille amie, où avaient lieu ces réunions musicales, si recherchées. Il y vit pour la première fois Minna More. Elle avait vingt-cinq ans. — « Ne marche pas plus loin, dil-'il dans Ahasvérus, ton voyage est fmi. L'heure qui vient de passer est une éternité. Sous ce frais lilas, voilà ton ciel. Dans ce vallon, ombragé de noyers, mes pieds s'arrêteront à jamais, une enfant m'a dit « je t'aime. y> Et il écrit, en 1829, à Minna, sa fiancée : » J'ai rencontré des femmes qui m'ont troublé . L'une n'en a rien su ; l'autre, que tout séparait de moi, ne m'a fait que du mal... Voilà comment je suis arrivé en Allemagne, toujours plus altéré d'amour, mais ne sachant plus à quelle source puiser, car tout jusque-là m'avait été un poison. Oh! qu'il soit àjamaisbéni le jour où je te vis pour la première fois, et le moment où je me suis dit : je voudrais passer ma vie avec elle ! — Depuis ce temps, je le jure, j'ai respiré quelque chose du ciel. »
Deux fois par semaine, sans peur du ridicule, on faisait de la musique, au sommet d'une tour ;ruinée du vieux château de Heidelberg, audessus des flots du Neckar.
Tel est le vrai Quinet. D'autres traits de sa nature morale nous restent à découvrir : son imagination est à la fois rêveuse et active. Une commission scientifique qui se joindrait à l'expédition de Morée se formait à Paris. Connaître ce doux pays de Grèce, fouler cette terre divine ! Rien que d'y penser, il tressaillait.
Le voilà parti. Son enthousiasme d'artiste ne faiblit pas devant la nudité d'Athènes mutilée par les bombes, et devant la dévastation de la plaine de Sparte. Le livre qu'il écrivit en rentrant à Heidelberg, tout vibrant encore de ses souvenirs, la Grèce moderne, renferme des pages d'une poésie enivrante.
Avec une pareille éducation, il était impossible que, après la révolution de Juillet, Quinet put s'entendre avec le monde doctrinaire. Sa douceur exquise cachait (ce qui arrive souvent) une opiniâtreté inflexible; et une fois le pli reçu, on pouvait être certain qu'il s'accuserait de plus en plus. Son esprit peu pratique le prédisposait aux indignations et aux colères; il n'eut jamais cette philosophie que donne la connaissance des hommes. L'atmosphère morale dans laquelle il vécut en ces années 1831 et 1832, la fièvre de son ame inquiète auraient pu donner à son caractère et à son talent une tournure