‹ Études d'un autre tempsChapitre 20 sur 41 · MADAME DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

MADAME DE LAMARTINE

On ignorait madame de Lamartine; M. Charles Alexandre vient de la révéler.

Gomme la première condition pour bien connaître est d'aimer, il a apporté dans cette œuvre délicate et difficile le sentiment de respectueuse affection qui l'animait, alors qu'il était admis dans l'intimité de la noble femme dont il écrit la biographie. Ne lui demandons pas du calme, un récit didactique. C'est un enthousiaste qui écrit; voilà pourquoi ce livre émeut, entraîne, a du succès.

La vie de madame de Lamartine est une longue pratique de vertus inconnues. Parmi ces femmes de grands hommes dont les noms sont dans toutes les bouches , aucune n'a apporté plus de sûreté, plus de droiture dans le dévouement, plus de dignité dans l'attitude, plus de distinction d'esprit, plus d'adoration

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mueltc et [)liis (rinlclligoncc pénétrante de riiomnio (le génie et de ses faiblesses. Elle eut presque (ous les dons, sauf la beauté; et cette lacune, dans l'existence d'une femme, n'est pas sans influence sur son caractère. Quoique née en France, elle était de race écossaise, et elle resta Écossaise jusqu'à la fin, par ses goûts, ses habitudes, sa réserve, et par sa raison.

Une Française eût tout donné à cet être séduisant qu'elle épousait; Marianne-Élisa Birch lui donna amour, fortune; elle réserva sa personnalité et sa conscience. Son âme de puritaine ne lui permettait pas plus de sacrifices. Son mariage avait été un roman. De son grand oncle, poète distingué dont le nom est gravé sur les murs de l'abbaye de Westminster, elle avait reçu la passion de l'art et des belles-lettres. Son imagination de jeune fille avait été prompte à s'enflammer, dans l'été de 1819, en Savoie, pour ce beau jeune homme, déjà attristé par le cœur, et dont les vers l'avaient charmée. Elle l'avait vu et entendu une seule fois et déjà elle était prise. Elle s'était attachée aussitôt d'un amour qui ne meurt pas.

Une résolution grave avait aussi révélé en elle une précoce virilité. Protestante, elle avait étudié les livres de théologie. « Les querelles

des protestants Favaient décidée au catholicisme. » L'enchanteur acheva vite sa conversion.

Au milieu des hésitations de madame Birch mère, les Premières Méditations avaient paru. Ignoré la veille, le poète était devenu célèbre le lendemain. « Ce petit livre, dit M. Alexandre, avait été la clef d'or. Il avait ouvert les trois portes de la gloire, de la carrière diplomatique et de la chambre nuptiale... « La jeune fille l'avait dévoré dans la fraîcheur et la ferveur de son amour.

Elle avait le même âge que Lamartine lorsque, le 6 juin 4820, elle l'épousa. Toute cette période de sa vie, jusqu'à la mort de ses enfants, fut un poème. C'est le séjour en Italie, à Naples, à Florence, la fête continuelle des yeux, avec l'automne à Ischia. Ce sont les Nouvelles Méditations dont les strophes glissent et soupirent comme les flots de la mer sous les orangers du Pausilippe; c'est la naissance d'Alphonse qu'on baptise à Saint-Pierre de Home. C'est, deux ans après, la mise au monde de Julia; c'est la plénitude des bonheurs maternels, bientôt assombris par la mort, à deux ans, du premier enfant, celui qu'on adore le plus.

Pendant que Lamartine s'échappait par le

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coup (l'îiilc dos Harmonies^ sa femme charmait la cour (le Toscane, avec sa distinction élégante, ou bien se complaisait à faire des portraits de sa lilli^ i^randissanl en beauté. « Nos journées s'écoulaient dans la béatitude », écrivait-elle.

La révolu lion do Juillet, en mettant fin à la carrière diplomatique, ouvrait la carrière politique. Madame de Lamartine était aux côtés de son mari, lorsque, en 1831, à Bergues, il tenta une élection de député, et lorsque, en réponse aux injures de la Némésis^ il improvisait cette foudroyante réponse à Barthélémy, un des triomphes de la poésie lyrique.

Le temps se partageait entre Milly, Monceau et Saint-Point, lorsque les inquiétudes que donnait la santé de Julia inspirèrent ce fatal voyage en Orient. La mère et l'enfant étaient restées à Beyrouth, tandis que le père courait des ruines de Tyr à Jérusalem. Le 2 décembre 1832, Julia s'éteignait loin de la famille, loin du pays. Le poète se préparait à revivre par le génie, par les luttes héroïques, la pauvre mère abattue dans un foyer d'emprunt, après avoir baisé mille fois et trempé de larmes le pavé de la chambre aux agonies, allait prier au tombeau du Christ, et revenait à Saint-Point retrouver la maison vide, ces lieux que sa fille avait

remplis de bruit, de joie et d'espérance. Son cœur de mère était mort. Il lui restait son cœur de femme. Elle le donna d'autant plus tout entier. Gomme le dit éloquemment M. Alexandre , « elle immola ce cœur qui demandait à pleurer; elle mit ses pas dans ceux de son mari, et son âme dans son âme; elle recommença la montée de la vie. Il lui restait tant à souffrir! »

Toute cette première partie du livre, remplie de citations empruntées, soit à la correspondance avec M. de Virieu, soit au manuscrit de la mère de Lamartine, montre la physionomie de sa femme en pleine jeunesse, égayée par les années d'Italie, par les caresses des enfants. G'est à l'épouse que sont consacrées les deux autres parties, les plus émouvantes, les plus riches en documents personnels.

Lamartine était revenu d'Orient dans un grand renouvellement d'âme. Fier de ses succès de tribune, il disait à M. de Yirieu qu'il sentait en lui-même l'éloquence encore plus que la poésie. Il retrouvait cependant à Saint- Point la source des beaux vers et il dédiait à sa femm.e Jocelyn. Aucune de ses œuvres n'avait eu plus de succès. Dans tout l'éclat d'une popularité sans pareille, sou nom était

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