MIRABEAU ET DE GHAMFORT
Nous ne nous proposons pas une étude complète de Ghamfort. Nous ne voulons pas raconter sa vie depuis Tannée où, ne pouvant s'appeler que Nicolas, il partit de Glermont, en petit collet, pour le collège des Grassins, jusqu'au moment où, ayant peur de Robespierre et de l'échafaud, il tenta de s'ouvrir les veines.
Nous ne voulons pas davantage analyser ses écrits, dont aucun n'a reçu le degré de perfection qui fait les livres immortels.
Notre but est plus modeste.
Nous voudrions essayer, à l'aide d'une correspondance presque ignorée, d'éclairer d'un
rayon nouveau le caractère d'un des plus impitoyables observateurs de la nature humaine, et le montrer n'ayant plus son masque d'ironie.
Le personnage en vaut certainement la peine. Il fut une de ces rares intelligences qui sont bien supérieures h leurs livres, un de ces causeurs qui dépensent dans une soirée des trésors de verve, d'invention et d'éloquence, un de ces esprits qui laissent à leurs contemporains des souvenirs et une renommée que la postérité ne recueille qu'en partie, quand elle ne les transforme pas.
Si, parmi les nombreuses illustrations de l'Auvergne au xviii'' siècle, nous avions à désigner l'écrivain le plus mordant et le plus sobre, le talent le plus moderne par son amertume et par sa crudité, nous choisirions ce La Rochefoucauld bourgeois^, si méfiant des hommes et si désabusé^ dans un temps où précisément la marque commune a été la confiance aveugle en l'humanité.
11 s'est trouvé une heure dans cette existence dévastée par la désillusion, où le misanthrope a senti fortement l'amitié, une heure où il a mérité qu'on lui écrivît : « Vous êtes ce que j'ai le plus aimé, et je me suis fait la douce habitude de ne penser, de ne sentir qu'avec