‹ Études d'un autre tempsChapitre 9 sur 41 · M 1 II A 15 !•: A U !•: T CM A M F 0 II T · texte numérisé non relu

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vrai, ({ue vous auriez fait sur moi un ])on article de biographie? »

('cite biographie que Ghainfort n'a pas écrite, hi correspondance que nous venons d'analyser, l'éclairé singulièrement. L'historien futur de Mirabeau y puisera à pleines mains pour appeler sur celte existence orageuse tour à tour Tindulgence et l'admiration. Mais ces lettres nous paraissent devoir aussi relever le cœur de Ghamfort devant Topinion publique. Ne laissent-elles pas deviner ce que Démocrite (comme le nommait Mirabeau) aurait pu être, si les circonstances de sa vie et son ardente susceptibilité ne l'eussent détourné vers l'âpreté, parfois cynique, et vers l'ironie?

Pour avoir inspiré ces aveux charmants, dignes de Montaigne et de La Boëtie, ne faut-il pas avoir soi-même beaucoup aimé?

• Tant il est vrai que tous ces grands misanthropes ont un fonds do gi-àce, de mélancohe et de tendresse!

Une ou deux circonstances décident pour toujours du sort de ces âmes violentes que l'indifférence ne pourra désormais consoler.

Nous ne connaissions qu'un Ghamfort, l'auteur de maximes trempées dans du poison, comme autant de flèches acérées et mortelles,

A\ ÉTUDES d'un autre TEMPS.

l'écrivain distingué et fin des Éloges de Molière Gide La Fontaine^ le causeur caustique qui, pour avoir son entrée à la cour, avait fait jouer le Marchand de Smyrne et la Jeune Indienne, deux comédies médiocres, sévèrement jugées par Grimm à leur apparition; l'amitié que lui avait vouée Mirabeau l'a pour jamais dessiné en relief, et non sans quelque beauté de caractère.

D'où viennent donc les satires passionnées, les accès de colère chagrine qui remplissent ses œuvres?

Demandez-en le secret h La Bruyère. Lui aussi était pauvre, pensionné par un duc et commensal d'une Altesse. Homme de cœur, ayant conscience de son mérite, il souffrit d'être traité avec une légèreté hautaine et une condescendance humiliante.

Chamfort souffrit davantage, parce qu'il était plus près de la Révolution. 11 a des pages entières sur le mépris attaché à la condition d'homme de lettres.

Malheureusement, ce sentiment, trop pénétrant, finit par empoisonner tous les autres; et, plus qu'aucun moraliste, plus que Swift et La Bruyère, Chamfort a ressenti la perte de l'illusion et le sentiment inguérissable de la misère humaine. Il avait dans le cœur, c'est lui

MIUAHEAU ET CIIAMI'ORT. ^l')

«fui le confesse, une cerliiine Aprcté farourlie doiiL il n'élail pas maîlre el ({ni l'emportait au delà.

Nous n'avons pas à raconter ce qu'il advint, après la mort de Mirabeau, de son ami Cbamfort.

On eût voulu le voir protester publiquement, lorsque les cendres de l'orateur, demeuré grand malgré ses fautes, furent jetées à la voirie!

Soutenu par le souffle, tant que vécut Mirabeau, il ne se laissa pas emporter par les événements; mais n'ayant plus à ses côtés son guide sûr, il retomba dans l'acrimonie, laissa tout faire et ne rouvrit les yeux que devant la férocité.

Qui ne connaît son suicide manqué, sa mort désolée et son dern'er mot à Sieyès?

A quelques jours de cette tentative de suicide, la charrette conduisait au bourreau le plus grand poète du siècle, le chantre divin de VAveuyle et de la Jeune Captive, resté honnête et libéral par ses chagrins, par ses aspirations et même par ses colères, stoïcien convaincu, méprisant la. tourbe de ceux qui flagornaient la multitude, comme ils auraient la veille adoré la rovauté.

Celui-là, le cœur plein de tristesse et de

dédain, affamé de justice, avait défendu, en 1792, dans le Journal de Paris, la mémoire de Mirabeau, que le procureur de la Commune avait souillée, et il montait vaillamment à l'échafaud, le 5 thermidor, sans avoir renié ni le bon sens, ni le devoir, ni la poésie.

Peut-être eùt-il été plus digne, pour Tami intime de Mirabeau, de mourir comme André Chénier.

Octobre 18G2.

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