NEUVIÈME ÉTUDE
(Suite de la pv*écédente)
Il nous reste à examiner comment on pratique la subdivision des neumes. L’application de la règle d’or> de la division binaire et ternaire, la nécessité de ne pas avoir deux ictus consécutifs, voilà surtout les cas qui, dans ma théorie, expliquaient les subdivisions. Mais où les faire, sur quelle note les placer? Y a-t-il des lois pour cela?
J'ai dit combien sur ce point les manuscrits, les imprimés et les auteurs anciens sont silencieux. Si vous vous obstinez à les scruter, il vous arrivera ce qui arrive aux reporters qui veulent absolument interviewer quelqu'un. Si leur homme ne parle pas, ils le font parler ou plutôt parlent à sa place. C’est ce qu’on voit dans les éditions rhythmiques où l'œil et l'oreille sont offusqués d'une foule de subdivisions. Les unes étaient inconnues jusqu’alors, d'autres sont bien inutilement marquées, vu qu’on les pratiquait et qu’il n'était guère possible de faire autrement ; un grand nombre sont discutables ou peuvent être remplacées par d'autres tout aussi bonnes. Un seul point dans
celte question des subdivisions semble être aujourd’hui unanimement accepté, bien qu’il demeure seulement probable : c'est qu’on subdivise sur une corde modale, c’est-à-dire une de ces cordes principales du mode où se pratiquent des repos. Pourquoi s’accorde-t-on en ce point? Parce que ce procédé est naturel; on retombe sur ces cordes, on s’y appuie naturellement, entraîné qu’on est par la constitution de l'échelle modale et l'habitude d’oreille que donne la facture de la mélodie. Qu est-ce à dire? \ a-t-on appliquer rigoureusement celte loi? Oh ! il est avec les lois des accommodements et avec celle-ci tout particulièrement. Mais enfin, pour les motifs que je viens d’énoncci, la pratique de subdiviser généralement sur les cordes modales peut être observée. Elle s’accorde avec ce que les théoriciens nous disent de ces cordes et avec les deux ou trois cas où les manuscrits semblent indiquer des subdivisions.
<>r, si j ouvre 1 édition vaticane rhythmée, je vois des subdivisions contestables. Par exemple : dans le Kyrie : Fans bonilatis, on lit :
tî
Ky - ri - e
Ne semble-t-il pas préférable de subdiviser
sur Yut, corde modale importante, en prenant le la comme anacrouse? On aurait donc;
Ainsi chante-t-on en maint chœur; ainsi paraissent avoir chante les anciens, si l’on en juge par le trope mis sur ce Kyrie (v. Varia* procès). Sans doute il ne faut pas trop s'appuyer sur l'adapta lion parfois assez libre, des paroles à la mélodie dans les tropes. Mais ici il est à remarquer que la coïncidence signalée se retrouve dans tous les Kyrie. De plus, elle favorise ce léger retard, si fréquemment marqué dans les manuscrits et qu on retrouve dans la musique moderne. Ce retard affecte l'avant-dernière note d'un groupe rhythmique, surtout quand elle finit une arsis de trois notes.
fons boni - là - iis
ne peut - il
vous charmer
(Bach
Je conviens que ceux qui chantent de cette manière ne font pas toutes ces analyses, mais la
logiquede l’oreille et l'éducation que l'habitude du chœur leur a faite les entraînent. Admettons sans difficulté que les éditeurs de Solesmes subdivisant sur le si ne sont pas pour cela dignes de sac et de corde. Vous avouerez cependant qu’il est impatientant de ne pas laisser les gens à leur guise et de leur imposer jusque dans ces détails souvent imperceptibles à l’audition, une précision et un mode d’exécution auquel justement ils peuvent préférer le leur.
J'ai donné dans le Kyrie des Anges et dans celui de Carême des exemples de subdivisions étranges (v. p. 112). Je voudrais ne pas multiplier ces citations et ces analyses fastidieuses pour le lecteur. Qu’il m’en permette encore une ou deux. Je tâcherai de le distraire pour lui éviter l’ennui. Je vois dans le paroissien de 1903 :
(Trait.
Laudate)
te
Om - nés po — — — pu - li
Quel luxe de points ! Ces éditions vous mettent les points sur les.., yeux. On en met à la fin d 'omîtes par crainte du po qui suit. Toujours la règle : gare aux deux frappés consécutifs. Pourtant ces points de prolongation auraient pu rester au casier de l'imprimeur, et ce passage n’aurait pas
ressemblé à la déclamation maladroite d’un débutant qui s'arrête sur les e/, les qui y etc. En effet, l’articulation des consonnes s et p dans omncs populi favorise le placement de 2 temps rhvtlimiques sur mues. Puis populi peut être attaqué en arsis, puisque pô a l'accent. Le point après la virga est à supprimer, car le neume qui suit est une broderie de la virga et doit lui rester étroitement lié. L’ampleur à donner à la virga devrait se marquer par un signe de nuance et non un signe doublant la durée de cette note.
Passons au second membre de phrase ut ut la sol , etc. Pourquoi cette subdivision sur le lai Nous avons toujours entendu chanter jusqu'à ce jour avec thcsis sur la finale des deux groupes (sol et /a). De la sorte, les deux neumes se correspondaient et pour le sens et pour le rhythme et pour la modalité. D'autant plus qu'au lieu des deux ut de la notation guidonienne, les manuscrits indiquent pour le premier une note en dessous. On
aurait donc quelque chose comme
fl-a +> a *
dont la similitude est parfaite.
Dans le trait : « Qui habitai , on lit :
-ait:
pu
tn e
um
et e - go
Ou avait chante jusqu’à ce jour en mettant un appui sur la fin des deux premiers groupes du premier exemple. Pourquoi subdiviser sur l'avantdernière note? Je conviens que la subdivision porte ici sur des notes modales ; mais la question est de savoir s'il faut en faire. 11 n’y a ici aucune nécessité, et (je le répète) ces subdivisions sur la pénultième des nemnes vocalisés sont particulièrement singulières. Voulait-on éviter deux ictus de suite? Il n’v avait qu'à mettre deux temps de rhythme sur la finale du premier neume ou subdiviser le second sur la deuxième note, la première devenant arsis.
Quant aux deux derniers exemples cherchez :
in cauda venenum. La clivis finale est longue. Les
manuscrits donnent /J ; mais cela indique seulement un ralentissement. La première note est-elle au levé ou au frappé? Le manuscrit ne le dit pas. Solesmes, contrairement aux habitudes que nous avions prises autrefois à Solesmes même, et sous 1). Pothier, place un point sur chaque note de la clivis, et nous fait frapper la note initiale comme
s'il v avait
$ rs a
; tandis que dans
rcT-
noire cas la première note parait devoir être à l’arsis, avec accent un peu ample. Or, pour avoir un frappé sur le mi, on a supprimé la thésis du ncume précédent, et par suite l'autre encore. Voilà comment chante l'Ecole moderne de Solesmes, pendant que nous continuons l’ancienne manière tout aussi scientifique et plus simple.
- k t at