HUITIÈME ÉTUDE
Examoii de quelques règles
J avais formulé cette règle : qu'il ne peut y avoir deux frappés consécutifs. En conséquence avant un arsis de 3 notes ou temps, il fallait une tliésis de 2 temps pour donner un frappé et un levé. Cette règle fut adoptée par Solesmcs et appliquée rigoureusement dans les éditions rhythmiques. Mais voyez dans cette question (et ab unâ disce omnes) les inconvénients de vouloir tout marquer, et l’influence des habitudes de musique mesurée dans l’étude du rhythme libre.
(Ju’il ne puisse y avoir deux frappés consécutifs, nul ne le conteste ; mais il n’y a pas qu’une manière d’éviter cette succession, il y en a plusieurs parmi lesquelles on choisit selon son goiit et les circonstances. Souvent même le chantre est amené d’instinct à pratiquer l'une d’elles comme
plus commode, plus naturelle d’après le contexte rhythmique et mélodique. Pourquoi donc ne pas laisser aux gens la liberté de faire à leur goût, si le mode d’exécution est bon? Pourquoi vouloir imposer à tous ses préférences plus ou moins justifiées?
Examinons les diverses manières de résoudre le problème rhythmique.
On peut d'abord, comme nous l’avons vu, prolonger la thésis précédente, de sorte qu elle porte deux temps : un levé et un frappé. Dans ce cas le neunie est suivi d’un blanc ou d un point qui indique une durée double.
L ll# »- ♦+
quia queni elc ..
Mais cette prolongation qui donne à la note une durée double, peut ne pas être toujours acceptable. Elle a certainement l’inconvénient, surtout quand elle est assez fréquente, de hacher la phrase, d’embarrasser le mouvement de la mélodie. Cet effet se produira infailliblement si l'on indique cette prolongation dans la notation, car on donnera à la note une durée rigoureusement double, si elle n’est pas triple. On chanterait donc comme s’il y avait écrit.
Quia quen
Il est cependant une manière d’atténuer l'inconvénient (juc je signale. En rhythme libre nous ne sommes pas tenus par l’isochronisme des temps, comme dans la mesure; les temps se contractent et se dilatent. Pour avoir deux temps de rhythme sur une note (frappé et levé), il n’est pas nécessaire de doubler rigoureusement sa durée. Le frappé et le levé peuvent s’y placer dans un temps plus court ; et de la sorte les neumes restent plus unis.
Cette pratique est facilitée par ce fait que souvent les manuscrits indiquent le ralentissement des deux dernières notes du neuine.
Exemple : v/
Cette préparation, en élargissant le mouvement, rend moins sensible encore la petite prolongation de la note finale. Il est donc préférable, contrairement à la pratique des éditions rhythmiques, de
ne pas indiquer par la notation cette prolongation, d'abord pour ne pas l'exagérer, comme il est dit plus haut, ensuite parce qu’il y a d'autres moyens d'éviter les deux frappés consécutifs. Voilà donc une première solution. Une autre consiste à subdiviser le second neume, sur sa deuxième note, la première devenant arsis.
Cette subdivision, à l'instar des mots qui débutent par une syllabe anacrousique, est assez naturelle et se pratique commodément; elle n'est pas étrange comme celle du paroissien de Solesmes, qui subdivise sur la pénultième des neumes
en leur donnant une désinence féminine. Dans les manuscrits, rien n’indique cette manière de subdiviser, qui supprime la cadence suspensive sur le
(l) Ou voit que dans ce cas le dernier neume est corn ne un ornement de la cadence sur le sol, (note de cadence suspensive dans ce mode), une sorte de fioriture en volute autour de la corde de cadence.
sol qui est très module, et (dans le premier exemple cité plus haut), fait rebattie fastidieusement le la : la si b la sol , la si i? sol fa. Toutes ces raisons me
portent à préférer d’autres modes d'exécution.
Un troisième consiste à supprimer le premier des deux ictus qui se suivent ; de la sorte il n'y en aura pas deux de suite. C'est dans ce but que les nouvelles éditions de Solesmes subdivisent sur la pénultième du premier neume. Cette note porte l’ictus, tandis (pie la finale est faible et au levé; on peut donc attaquer l’autre neume avec le frappé du temps. Mais nous avons dit aussi les inconvénients de ce procédé, qui cependant peut être employé pour enchaîner les syllabes (v. p. 83).
Voici un autre exemple :
De — o
où la tliésis est supprimée sans subdivision.
Il y a encore le cas où nous pouvons compter trois notes pour deux (v. p. G2).
En résumé on voit que l’observation de cette règle peut se faire de plusieurs manières dont la moins naturelle (sauf le cas d’union des syllabes d’un même mot, v. p. 83) est celle qu’emploient si souvent les livres de Solesmes. On ne peut 1 ap-
puyer sur la notation neumatique du subpunctis dont les deux dernières notes sont deux traits ; car ces traits n’indiquent pas une subdivision, mais un ralentissement, comme il est expliquépp. 100, etc.
La prolongation de la durée des notes me fait penser que les éditeurs de Solesmes ont régulièrement pointé toute virga isolée devant un neume. Par là ils indiquent une prolongation.
e — um su — per — me
Cette pratique peut être bonne en certains cas, mais en la systématisant, en la posant en règle générale, on excède. C est le défaut de la théorie de D. Mocquereau de pousser trop loin les règles qui ont quelque fondement. Ainsi dans le premier des trois exemples ci-dessus, j’admettrais assez cette prolongation ; mais non pour les deux autres. Lst-ce que dans le second, en doublant la virga (sol) à super me, vous ne lui enlevez pas son caractère d’accent ample pour l’aplatir gauchement? Elle devait retomber sur le tristropha suivant,tandis qu il en reste isolé aux dépens du sens musical.