‹ Études de clinique chirurgicaleChapitre 28 sur 99 · DES PARTIES MOLLES ET DES OS · texte numérisé non relu

DES PARTIES MOLLES ET DES OS

lymphatiques qui sont situés plus en dehors, le long des vaisseaux.

Le diagnostic d 'abcès ossifluent semblait beaucoup plus probable, et on pouvait songer à une collection purulente symptomatique d’une lésion du fémur. Les douleurs vives qu’avaient éprouvées la malade au début étaient en faveur de cette supposition. Cependant j’hésitai à porter ce diagnostic pour les raisons suivantes : les abcès ossifluents ont en général une marche lente, du moins pendant une première période, jusqu’au jour où ils deviennent le siège de phénomènes inflammatoires ; mais alors, on voit survenir tous les symptômes d’une suppuration aiguë ou subaiguë. Si notre malade a présenté un peu d’élévation de température générale, ou même locale, ces caractères sont restés très modérés et pas assez marqués pour que j’aie pu penser à une poussée phlegmasique, dans un abcès à marche chronique. Enfin, lorsqu’on observe un de ces gros abcès de la cuisse, on ne constate pas, comme chez cette femme, la résistance et l’induration qui enveloppent toute la périphérie de la tumeur et lui forment comme une coque épaisse. Ces caractères, indépendamment de l’absence de tous antécédents, me faisaient également rejeter le diagnostic d’abcès froid simple développé dans les parties molles.

Pour ces différentes raisons, lorsque je me suis décidé à faire une ponction exploratrice, j’avais abandonné l'idée, soit d’une tumeur solide, soit d’un abcès. Aussi, n’ai-je pas été surpris, lorsque j’ai vu s’écouler un liquide rouge rappelant l’aspect du sang un peu altéré. Je me contentai d’extraire 250 grammes de liquide, craignant de provoquer une hémorragie par suppression de la tension intra-kystique. J’ajouterai que ce liquide renfermait uniquement les éléments figurés du sang, avec une légère augmentation dans la proportion des leucocytes. J’espérais y rencontrer quelques cellules caractéristiques, mais cette constatation n est pas nécessaire pour affirmer un diagnostic précis.

INous sommes en présence d’un sarcome hématique ou sarcome creusé d une grande cavité kystique remplie de sang ; quant aux éléments sarcomateux, ils constituent la paroi même

SARCOMES HÉMATIQUES

de la cavité. Toutefois, il ne faudrait pas conclure de là que le seul fait de la présence d’une collection sanguine dans une tumeur d’apparence solide suffirait pour faire diagnostiquer un sarcome hématique. Il existe des hématomes simples formés par du sang enkysté au milieu d’un exsudât fibrineux. Indépendamment des hématomes du pavillon de l’oreille, qui, soit dit en passant, ne sont pas toujours, comme on l’a avancé, un signe prémonitoire de la folie, il existe des hématomes intra-musculaires spontanés ; Virchow en a signalé. 11 est certain que les hémophiliques y sont prédisposés, mais je me demande si quelques-uns de ces hématomes signalés jusqu’ici n’étaient pas, en réalité, sarcomateux; j'ai môme des raisons toutes personnelles pour le croire, et j’espère vous convaincre en vous rappelant le fait suivant que j’ai observé il y a dix ans :

En 1881 entra dans mon service, à Saint-Louis, un homme portant une tumeur du bras, que je diagnostiquai : sarcome mou de nature probablement colloïde. Cependant au moment d’extirper la tumeur, gardant quelques doutes, je l’incisai. C’était une poche hématique, et, notez ceci, abandonnant mon premier diagnostic, je conclus à un hématome qui fut lavé à l’eau phéniquée forte et drainé. Ce qu’il y eut de plus intéressant, ce furent les suites de l’affection. Le malade fut absolument guéri au bout de dix-sept jours et sortit de l’hôpital. L’observation en fut publiée dans les recueils de la Société clinique en 1881 sous le nom d'hématome. Or, dix mois après, le malade revint me trouver, portant in situ une tumeur solide, qui était un sarcome franc; il était resté cinq mois complètement guéri. La nouvelle tumeur fut extirpée avec les parties musculaires qui l’environnaient, il survint un érysipèle, complication qu’on observait encore quelquefois à cette époque et je crois que le malade finit par mourir, autant par épuisement que par les effets de la cachexie causée par son néoplasme.

Vous voyez combien ce fait est instructif, et ce n'est pas le seul que j’aie observé. L’année dernière j’ai soigné un malade dans les conditions suivantes : il portait à la partie supérieure de la jambe une tumeur qu’un médecin de la ville, croyant à un

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