DES PARTIES MOLLES ET DES OS
abcès (et je 11e saurais guère le lui reprocher), incisa. Il s’écoula du sang et il survint une hémorragie formidable pour laquelle on conduisit le malade a 1 hôpital. Un tamponnement lait avec soin amena l’hémostase et j’assistai dès lors à une évolution très curieuse ; du fond de la cavité kystique, je vis naître un fungus qui atteignit rapidement un développement extraordinaire. Il survint des phénomènes d'infection tellement menaçants que je dus amputer la cuisse. Le malade guérit. La lésion était des plus remarquables ; presque toute la partie supérieure du tibia était transformée en une caverne tapissée par une sorte de membrane qui était formée par du sarcome à petites cellules. C’était donc là encore un exemple de sarcome hématique (1).
Pour en revenir à notre malade, le néoplasme qu’elle porte me parait développé dans les parties molles, dans les muscles, car s’il provenait du fémur, la tumeur serait restée plus franchement centrale par rapport à l’axe du membre. Tout au plus pourrait-elle être née de la face externe du périoste.
Ces tumeurs intra-musculaires ne sont pas extrêmement rares; j'en ai pour mon compte opéré deux ou trois. Les résultats de l’intervention sont ordinairement mauvais; je ne connais pas de tissu néoplasique ayant plus de tendance à la diffusion que le sarcome embryonnaire intra-musculaire. J’ai opéré, il y a quatre ans, une malade d’une tumeur semblable de la hanche; quoique j eusse enlevé toutes les masses musculaires périphériques, la reproduction fut très rapide. En vain tenté-je une deuxième intervention; au bout de quinze jours, le néoplasme était en voie de repullulation.
Enfin, vous pourrez voir au musée de l’hôpital Saint-Louis le moulage d’un malade atteint d’un sarcome embryonnaire des muscles du mollet. Le développement avait été tellement rapide que je crus à un abcès, et j’ouvris la tumeur, qui était
(I) Très peu de temps après cette leçon entrait dans mon service un malade atteint d un sarcome hémato-kystique du tibia avec fracture spontanée. L'observation sera publiée plus loin. L’amputation de la cuisse n’empêcha pas un néoplasme secondaire du poumon d’apparaître au bout de quelques semaines.
formée de masses caséeuses. Au bout de peu de jours, avant toute autre intervention, le malade mourait d’un sarcome de la base du crâne, avec une généralisation viscérale étendue.
Pour terminer, j’ai à vous dire quelle sera ma conduite dans le cas actuel. Aucune intervention n’est possible. La désarticulation de la hanche ne serait pas praticable, et si les parties saines qui restent à la région externe de la cuisse peuvent être à la rigueur considérées comme suffisantes pour un lambeau dans le cas de traumatisme, ici elles ne nous permettraient pas de nous éloigner assez du mal. Nous serons donc réduits à assister impuissants à l'évolution de phénomènes extrêmement graves. La peau va s’amincir, s’ulcérer et donnera issue à un fungus qui sera le siège d’hémorragies répétées. La cachexie fera le reste pour amener rapidement la terminaison fatale.