DE LA CONSTRICTION CICATRICIELLE DES MACHOIRES PAR LA DÉSINSERTION
DU MASSÉTER ET DU PTÉRYGOIDIEN INTERNE
(Leçon rédigée par M. Lyot, chef de clinique.)
Je vais opérer une jeune femme atteinte de constriction des mâchoires. Vous savez que ce terme désigne d’une façon générale toute difficulté dans les mouvements d’abaissement du maxillaire inférieur, quel qu’en soit le degré, quelle qu’en soit la cause.
Dans le cas actuel, l’étiologie se détermine assez aisément. Nous sommes en présence d’une femme de vingt-trois ans, qui s’est fait arracher, il y a un an, une des grosses molaires de la mâchoire inférieure et a eu à la suite une « fluxion » terminée par un abcès. Celui-ci est resté assez longtemps tîstuleux et la cicatrice en est apparente encore aujourd’hui. La constriction des mâchoires, qui s’était montrée au moment des phénomènes inflammatoires, au lieu de disparaître comme on le voit habituellement, a persisté jusqu’à présent sans aucune amélioration.
Je pense que l’accident originel a été une périostite alvéolodentaire suppurée; mais dire quelle est la dent qui a été atteinte est assez difficile. Vous n’ignorez pas combien sont fréquentes chez les jeunes gens de vingt à trente ans les périostites consécutives à l’évolution des dents de sagesse. Aussi avais-je à
DU TRAITEMENT
chercher si celle jeune femme possédait toutes ses molaires. La difficulté d’ouvrir la bouche m'en a empêché, et, d’ailleurs, la présence actuelle de la dent de sagesse n’empêcherait pas de regarder les dernières phases de son évolution comme ayant causé les accidents.
Je pourrais encore me demander si la malade n’a pas eu une adénite sub-maxillaire, mais la cicatrice qui siège précisément dans la région sub-maxillaire présente une adhérence très marquée à l’os; c’est la signature de la périostite.
La constriction des mâchoires chez notre malade est telle qu’il est impossible d’obtenir entre les incisives un écartement de plus d’un demi-centimètre. Aussi, l’alimentation est-elle rendue très difficile.
C’est en vain qu’avec un puissant écarteur des mâchoires, j’ai essayé d’entrouvrir les arcades dentaires; à une période aussi éloignée du début, il est impossible de rien obtenir, et on sent le maxillaire inférieur arrêté par une résistance ferme et invincible.
Où siège donc cette résistance? Il n’y a pas à songer à une simple contracture des muscles masticateurs. On a observé cependant la contracture hystérique des deux masséters, pouvant même persister longtemps et nécessiter une opération. Elle se reconnaît aux circonstances qui ont accompagné son début et aux autres stigmates de la névrose; de plus, le chloroforme, du moins dans les premières périodes, fait cesser la contracture.
Je vous rappelle encore les cas où, à la suite d'une paralysie frappant un muscle, on voit survenir plus tard sa rétraction. Ce cas est rare dans la paralysie du trijumeau. Dans un fait de paralysie faciale, Duchenne, de Boulogne, a observé consécutivement la contracture du buccinateur.
Ici, nous sommes en présence d’une myosite chronique, interstitielle, consécutive à une périotiste, comme c est le cas le plus fréquent. L’inflammation du périoste se propage au tissu conjonctif, constituant le périmysium interne du muscle, le transforme en tissu fibreux qui atrophie les éléments musculaires et les prive de leur élasticité. D ailleurs, bien que cette