‹ Études de clinique chirurgicaleChapitre 57 sur 99 · DE FRACTURE SPONTANÉE D’UNE EXOSTOSE OSTÉOGÉNIQUE DU FÉMUR · texte numérisé non relu

DE FRACTURE SPONTANÉE D’UNE EXOSTOSE OSTÉOGÉNIQUE DU FÉMUR

( Gazette des hôpitaux du J 8 août 1891.)

Je viens d’examiner avec vous une jeune fille de vingt-deux ans, atteinte d’une affection assez commune, d’une exostose ostéogénique du fémur. Chez elle, toutefois, l’exostose offre une intéressante particularité. La saillie osseuse est légèrement mobile et les mouvements qu’on lui [imprime déterminent une crépitation fine et profonde ; il s’agit donc d’une exostose à implantation pédiculée comme le sont d’ordinaire les exostoses ostéogéniques, mais dont le pédicule s’est rompu. Cette rupture semble survenue sous l’influence d’une simple contraction musculaire. La malade, en se levant d’une chaise, aurait senti un léger craquement. Depuis, les douleurs auraient notablement augmenté, et c’est par suite de ces souffrances plus grandes qu’elle vient demander notre intervention.

Cette variété d’exostose est fréquente chez les jeunes sujets, assez fréquente pour que, dans mes notes, j’aie pu en retrouver neuf observations. Les cas doivent être encore plus fréquents dans les services de chirurgie infantile. Ces exostoses se développent sur les parties latérales du cartilage de conjugaison unissant la diaphyse a 1 épiphyse. C’est pour rappeler cette origine qu’on les a parfois désignées sous le nom d’ecchondroses. Elles ont

n* FRACTURE SPONTANÉE D’UNE EXOSTOSE

deux sièges de prédilection: le cartilage de conjugaison inférieur du fémur, le cartilage de conjugaison supérieur de l’humérus. Pour le fémur, elles paraissent un peu plus fréquentes au côté externe qu’au côté interne. On a pu également les rencontrer sur le tibia. Vous savez que les extososes de croissance sont fréquentes au niveau de la tubérosité antérieure de cet os. Mais ces exostoses diffèrent un peu de l’affection qui nous occupe en ce qu'elles sont sessilcs et non pédiculées, englobant toute la masse de la tubérosité. Parfois les exostoses se développent simultanément sur divers points du squelette. J’ai vu un enfant de douze ans qui offrait une vingtaine d’exostoses disséminées. Il existe, au Musée d’anatomie pathologique de Lyon, le squelette d’un homme, dont tous les os, os longs, os plats, os courts, sont hérissés d’exostoses sessiles, en pointes, en crochets; le nombre de ces exostoses dépasse assurément une centaine. Ce n’est que par une véritable suractivité de formation du tissu osseux qu’on peut expliquer la production des exostoses, siégeant sur des points éloignés des cartilages épipbysaires et formés après l’ossification définitive de l’os.

Les exostoses ont, le plus souvent, une forme de crochet; au fémur, la concavité du crochet est dirigée en haut, ce qui s’explique par la traction des insertions musculaires. Les douleurs que déterminent ces exostoses sont souvent très vives. Elles tiennent tantôt au frottement des muscles pendant la contraction, tantôt à un certain degré d’ostéite, parfois à la production d’une petite bourse séreuse sur la surface de l’exostose, bourse qui devient le siège d’un hygroma. D’autres fois, au contraire, les douleurs sont nulles, la gêne fonctionnelle est à peine marquée; c’est ainsi que, chez trois des neuf malades que j'ai observés jusqu’ici, j’ai pu me dispenser de toute intervention. Aujourd’hui pourtant, l’ablation de l’exostose est devenue une opération absolument bénigne, grâce à l’antisepsie ; mieux vaut donc la conseiller, ne fût-ce que pour éviter la crainte de l’accroissement ultérieur, que persister toujours dans l’expectation.

Autrefois, la crainte qu’inspiraient les plaies osseuses avait

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