ÉTRANGLEMENT INTERNE PAR RRIDE. ANUS ILIAQUE. MORT
Eugénie Cl..., 64 ans, entrée le 12 décembre 1890, salle Lenoir, n° 3. Début brusque des accidents il y a dix jours par des vomissements. Depuis, absence complète de selles et de gaz, pas de violentes coliques, vomissements peu fréquents, un ou deux par jour. Le ventre est peu ballonné, peu douloureux; un lavement d’eau de Seltz et un lavement électrique ressortent immédiatement. Rien dans ses antécédents ne permet de faire un diagnostic précis. En raison de l’affaiblissement prononcé de la malade, on se contente de pratiquer un anus contre nature dans la fosse iliaque droite. Comme le cæcum est affaissé, c'est l’intestin grêle qui est ouvert. Les matières sortent en abondance. La malade, très améliorée d’abord par l’opération, meurt le quatrième jour.
A l’autopsie, on trouva une bride attachée par ses deux extrémités sur les vertèbres lombaires ; une anse d’intestin sphacélée était engagée sous elle.
3J. Occlusion intestinale a marche lente. Anus artificiel. Rétablissement DU COURS DES MATIÈRES ET GUÉRISON SPONTANÉE DE
l’anus artificiel.
La nommée D..., âgée de 34 ans, est amenée à l’hôpital dans les conditions suivantes : depuis quatre jours elle n’est pas allée à la selle. Il y a deux jours, éprouvant de violentes coliques et voyant son ventre se ballonner, elle prend des lavements sans résultat, e 30 grammes d’huile de ricin quelle vomit.
Actuellement, le ventre est très ballonné, mais sans tension, sans coliques ; la dilatation ne paraît pas occuper plutôt les fosses iliaques que la région ombilicale, elle est uniforme. A la palpation
RECUEIL DE FAITS CLINIQUES
qui est légèrement douloureuse, on ne constate aucune tumeur. Le toucher vaginal reste également négatif, l’utérus paraît normal, assez mobile. Aucun renseignement par le toucher rectal. La malade dit n’avoir rendu aucun gaz par l’anus depuis le début des accidents. Elle n’a vomi que sa purgation, et a pu absorber de petites quantités de lait et de bouillon. Elle se plaint surtout de douleurs dans la région des reins. Pas de fièvre, pouls régulier, normal. Pas de cyanose, pas d'altérations de la voix, pas de sueurs, le visage n’est pas grippé, le teint est rosé.
La malade dit avoir été prise il y a trois ans et demi des mêmes accidents qui se seraient terminés au bout de quelques jours par des selles abondantes grâce à des lavements. Pas de périlonite ni de fièvre typhoïde. Deux grossesses terminées par des couches régulières.
Dans ces conditions d’occlusion à marche lente on donne à la malade un lavement électrique (courants galvaniques interrompus), à l’aide de la pompe foulante. Aucun résultat; le lendemain, nouveau lavement électrique; le surlendemain, de même. Cette fois, à la suite du lavement, la malade a eu à deux reprises une assez abondante évacuation de gaz avec contraction de toute la masse intestinale se constatant nettement par une modification dans la consistance de l’abdomen qui devenait très dur. Les douleurs de reins dont la malade s’était toujours plaint devinrent beaucoup plus vives. Aucune selle. Cependant peu à peu l’état général était devenu moins bon; elle avait pu, il est vrai, prendre plusieurs verres de lait, sans aucun vomissement, mais le visage était devenu terreux, les traits tirés, le pouls plus fréquent. Aussi le jour suivant, huitième jour des accidents, on intervient par la création d’un anus artificiel dans la fosse iliaque droite.
A l’incision du péritoine, il s’écoule environ 400 grammes de liquide ascitique clair. Le cæcum se présente de lui-même, mais tellement aminci qu’il est impossible de faire cheminer la plus fine aiguille dans sa paroi sans entrer dans la cavité, et le fil laisse sourdre autour de lui un peu de matières qu’un lavage continu entraîne. Aussi, on se contente de suturer au catgut l’intestin au péritoine pariétal. La peau est simplement rentrée en dedans par huit sutures au crin de Florence. A l’incision de l’intestin, il s’écoule plusieurs bassins d’une purée noirâtre, fétide.
Trois heures après l’opération, abondante débâcle par l’anus normal de matières liquides, sans scybales, sans corps étrangers.
Les jours suivants, la malade, absolument rétablie d’ailleurs, continue à évacuer ses matières, en partie par l’anus artificiel, en partie
TUBE DIGESTIF
par Je rectum, davantage môme par ce dernier, et s’alimente abondamment. Peu à peu, l’anus cæcal se ferma et la malade sortait au bout de deux mois, ayant recouvré le cours normal de ses matières, sans tendance à la constipation.
Des explorations répétées à diverses reprises n’ont pas permis de déceler la cause des accidents.
40. — Occlusion intestinale dans un sac herniaire volumineux déterminée PAR LA CORDE MÉSENTÉRIQUE COMPRIMANT L’iNTESTIN SUR LE BORD DE LANNEAU.
M... Charles, 54 ans, entré le 4 mars 1891, salle Malgaigne, n° 55. Début des accidents il y a six jours par une sensation de craquement
Fig. 26.— Occlusion par la corde mésentérique dans une hernie inguinale.
en allant à la selle. Il y avait déjà trois jours qu’il était constipé. Depuis, vomissements quotidiens, pas de selles. Le malade, entré d abord en médecine, est ensuite passé en chirurgie.
RECUEIL DE FAITS CLINIQUES
Le venlre est modérément ballonné, souple, nullement douloureux. Il en est de même d’une volumineuse hernie inguinale droite plus grosse qu’une tête de fœtus. Cette hernie est souple, à peu près complètement réductible avec gargouillement, sauf une dernière portion de consistance pâteuse. L’état général est assez bon, à part une arythmie cardiaque très accentuée. Un lavement forcé évacue quelques scybales, un purgatif est vomi. Le malade s’oppose formellement à toute intervention. Deux jours après, l’état général s’est aggravé, le ballonnement a augmenté, les extrémités sont refroidies et cyanosées. Agitation. Dans la nuit (6 au 7), le malade se traverse le ventre à coup de canne à épée. Mort en quelques instants.
Autopsie. L’intestin est distendu, sans péritonite. La hernie renferme : 1° des anses d’intestin grêle distendues qu’on relève ; 2° le cæcum descendu par glissement le long de la paroi postérieure du sac à laquelle il adhère dans son tiers postérieur. Il a entraîné avec lui la terminaison du mésentère, et celui-ci forme dans la hernie une corde tendue (fig. 26, M) sur la circonférence postérieure de l’anneau inguinal comme sur un chevalet. En ce point l’intestin grêle se trouve pincé. La partie terminale de l’iléon comprise dans la hernie est affaissée, tandis que, au-dessus, l’intestin reprend brusquement un gros calibre. L’anneau, d’ailleurs très large (7 centimètres de diamètre), n’exerce par lui-même aucune compression et il n’y a pas d'adhérences à son niveau. Le cœur est surchargé de graisse, l'orifice mitral athéromateux et rétréci, l’orifice tricuspidien très dilaté.