BALZAC. 20D
vernement personnel de Louis XIV, où Molière venait (]e donner Y École des femmes et oîi Racine débutait.
Balzac a vérifié la loi commune. Sa ville natale et la Comédie Française viennent de l'exalter. Il fut nié de son vivant et tels qui le célèbrent à cette heure l'auraient traité jadis comme l'était naguère M. Zola. Mercadrl, inutilement présenté par l'auteur à plusieurs théâtres, ne put être joué qu'après sa mort.
II est vrai que les précédentes tentatives dramatiques de Balzac n'étaient guère pour encourager les directeurs. Sa première pièce, le drame de Vantri)i, à la Porte-Saint- Martin, en 1840, avait été interdite à la seconde représentation, sous prétexte d'immoralité. La pudeur bourgeoise s'était indignée d'y voir les gredins frayer avec les honnêtes gens et la censure avait découvert une ressemblance entre la coiffure de Frédéric Lemaître et le toupet légendaire de Louis-Philippe. La pièce avait fini dans une tempête. Jules Janin, critique attitré de l'opinion moyenne, écrivait le lendemain : « C'est à peine si nous sommes revenus quelque peu de cette profonde tristesse dont on ne peut se défendre en présence de ces œuvres sans nom où tout manque, l'esprit, le style, le langage (?), le poli, l'invention, le sens commun... C'est une œuvre de désolation, de barbarie et d'ineptie., , C'est un lamentable chapitre à ajouter aux égarements de l'esprit humain. »
En réalité, Vautrin était une œuvre incohérente et maladroite, mais forte et, malgré le grossissement habituel du théâtre, amplilié encore par un génie sans finesse, poignante de vérité en plusieurs scènes. Par le spectacle des ravages que de sinistres bandits, échappés du bagne ou dignes d'}' entrer, exercent dans une société régulière et brillante en apparence, foncièrement travaillée de maux organiques, Balzac ne calomniait pas un temps qui venait de voir l'aventure
du faux comte de Sainte-Hélène, le forçat colonel, et qui allait assister aux scandales du duc dePrasIin, du président Teste et du général Despans-Cubières.
Si, du moins, la critique s'était contentée de dire à Balzac qu'il avait fait une mauvaise pièce et de l'engager à apprendre son nouveau métier! Mais c'est à l'écrivain tout entier qu'elle en voulait et à l'œuvre énorme qu'il poursuivait. A propos de l'auteur dramatique, .lanin disait son fait au romancier; il raillait agréablement le monde imaginaire que Balzac aurait créé de toutes pièces : « Il en est à la fois l'inventeur, l'architecte, le tapissier, la marchande de modes, le maître de langue, la femme de chambre, le parfumeur, le coiffeur, la maîtresse de piano et l'usurier. Il a fait ce monde tout ce qu'il est.... Le jargon que parle ce monde à part, et que seul il peut comprendre, c'est encore une langue-mère retrouvée par M. de Balzac. (]eci vous explique en partie le succès éphémère de ce romancier qui règne encore à l'heure qu'il est à Londres et à Saint-Pétersbourg, comme le plus fidèle représentant des mœurs et des actions de ce siècle. »
Il est bon d'exhumer de telles pages. Si l'œuvre de Janin est aujourd'hui de bien petite importance en regard de celle de Balzac, elles offrent toujours aux critiques une leçon d'intelligence et d'équité.
Pour risquer ]'autrii), il avait fallu un directeur comme Harel, d'autant plus oseur qu'il était aux abois, après avoir essayé de tout, jusqu'aux exhibitions d'animaux savants, sur la scène où devait triompher dans l'avenir le Tour du monde en i/uiilre-vinfjtsjoui's. Deux ans après, Balzac avait la chance d'en trouver un autre, de même espèce, avec Liroux, qui se débattait à rOdéon contre la même difficulté de vivre, avec autant d'audace, d'esprit et de malheur. Il y faisait admettre les /{essourres de Oiii'iola.