‹ Études de critique dramatiqueChapitre 2 sur 14 · G LE THEATRE DU XVIH SIECLE · texte numérisé non relu

G LE THEATRE DU XVIH SIECLE

il la tenait. Rcgnard, lui, est immoral, ou plutôt (( amoral », avec une parfaite sérénité; la bassesse de son chevalier — (]ui est escroc par dessus le marché — l'amuse et le fait rire. 11 nous invite donc à rire comme lui. sans laisser rien voir du mépris que le vice inspire à un .Molière ou de l'ironie avec laquelle l'observe un iJancourt.

Comme il a le riie communicatif, nous ne demanderions (|u'à partager sa gaieté. Pourtant, lorsque nous entendons cette pauvre Araminte offrir sa bourse à son Chevalier, nous avons ({uelcfue peine à ne pas la plaindre.

'l'ont mon liii'ii l'st ii vous, et m- roparL-nt-z pas. Quand un s'ainio et ([uon n pour hut de chastes chnines, Tout, le l)ien el le mai, les |»laisirs et les peines, TiMil entre deux amants doit ne devenir ([u'un : il laut meUre nos maux el nos biens en commun. Et je veux avec vous courir même fortune.

Ces vers veulent être comiques et ils sont touchants. Nous oublions le ridicule de celle qui les dit pour ne plus songer qu'à la sincérité du sentiment qui l'inspire et à l'indignité de celui qui en est l'objet. Or, celui ci a toutes les sympathies de Regnard, car c'est à son prolit que tourne la pièce. Ce rufîan mâtiné d'escroc triom|)he au dénouement.

Et nous avons beau nous dire que tout cela est pour rire; nous songeons que. depuis Regnard, Alexandre Dumas fils a lancé l'épervicr dans les bas-fonds où frétillent aujourd'hui les amis des Aramintes et qu'il en a ramené Monsieur Alphonse. Nous songeons à Mme Ciuichard et nous serions soulagés si Araminte, avant de rejeter à l'eau sou Chevalier, le cinglait d'une réflexion dans le genre de celle qui exécute le bel Alphonse :

« Quand on pense, dit Mme Guichard, que j'allais

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