‹ Études de critique dramatiqueChapitre 8 sur 14 · GEORGE SAND · texte numérisé non relu

GEORGE SAND

Sentimentale et passionnée, Georg-e Sand était également douée pour le roman et pour le théâtre. Si le roman devait l'emporter de beaucoup dans sa production, c'est par le fait de son existence et des nécessités qu'elle lui imposait, comme aussi d'une nonchalance dans la pensée et d'une diffusion dans le style qui ne lui permettaient guère la fermeté de structure et la concentration de forme qu'exige le théâtre.

Mais, composition et concentration à part, elle adorait le théâtre. Elle en avait les deux qualités maîtresses, le don d'observer et celui d'imaginer. Elle recevait vivement les impressions de la vie, sans laquelle on ne met sur la scène que chimères inconsistantes; elle en dégageait le sens et le caractère par la faculté de combinaison et de création qui ajoutent à l'intérêt de la vie celui d'une nature originale.

Entre les amusements de sa jeunesse et les distractions de sa vieillesse, dans l'exercice de son métier d'écrivain, George Sand a fait au théâtre une part aussi large que le lui permettait sa tâche de romancier. Ici encore, elle cédait tour à tour aux deux penchants de sa nature, idéalisme et réalisme; comme aussi, dans ses diverses pièces, elle épanchait le flot d'illusion humanitaire et de socialisme à la Jean-Jacques qui remplissait son esprit et son cœur.

Les deux pôles de ce théâtre sont marquées par les Beaux Messieurs de Bois Doré et le Marquis de Villemer. Entre les deux se place Claudie.

Les Beaux Messieurs de Bois- Doré appartiennent par excellence au romanesque idéaliste, car ils empruntent à l'histoire — au xvii"= siècle de VAslrée — des personnag-es de rêve et une aventure extraordinaire, pour exprimer des sentiments rares, galants et généreux. Le Marquis de Villemer est, comme on l'a dit, une idylle aristocratique, quelque peu chimérique, sur un fond d'observation. Claudie, elle, est proprement une idylle et doublement typique, dans le genre des (( romans chnm|)èlres », car elle résulte de l'observation épurée par l'idéalisme et, toute pleine de charité amoureuse, elle pose, dans une ferme, le problème du l)ardon et de la rédemption de la faute féminine par l'amour qu'Alexandre Dumas (ils, avec Denise, transportera dans un château.

Créée à la Porte-Saint-Martin en I80I, reprise en 1870 au théâtre Cluny et en 1887 à l'Odéon de Porel, Claudie avait retrouvé par deux fois son succès originel. Elle n'a pas rencontré moins de faveur aux jeudis et aux lundis classiques où M. (îinisty l'a introduite, en la faisant précéder, le premier jour, dune ex(|uisc conférence de AL Henri Fouquier.

Par sa valeur propre et son intérêt historique, Claudie mérite cette double consécration. Elle peut figurer utilement dans le musée d'enseignement théâtral (fue constitue le répertoire des jeudis et lundis odéoniens. George Sand y a mis son amour passionné de la nature, sa bonté d'instinct et de réHexion, surtout une connaissance des paysans dont elle donnait alors le premier modèle.

Car, avant l'auteur des Romans chinupèlres et des quatre pièces qui forment le groupe rustique de son

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