‹ Études de critique et d'histoire religieuse (volume 2)Chapitre 158 sur 168 · jaugey, Le procès de Galilée et la théologie, p · texte numérisé non relu

jaugey, Le procès de Galilée et la théologie, p

LA CONDAMNATION DE GALILÉE. 3b3

but est de conjurer le péril que la nouvelle opinion fait courir à la vérité catholique : Ideo ne iilterins hiijusmodi opinio in perniciem catholicse veritatis serpat \ La sentence de 1033 répète la même déclaration : Et acciochè si togliesse affatto cosi perniciosa dottrina e non andasse pih oltre serpendo in grave pregiudizio délia cattolica vei'ita - .

Peut-on dire, après cela, que ce soit vraiment TÉglise qui ait condamné l'opinion copernicienne? Certains apologistes, de grande science aussi bien que de grande foi, tels que Henri de l'Epinois, ont rejeté la faute sur les Congrégations du Saint-Office et de l'Index, faisant remarquer que ce n'étaient là que des tribunaux de second ordre, qui n'avaient pu engager ni par conséquent compromettre l'autorité de lEglise. Nous ne saurions accepter une telle interprétation. D'après ce que nous avons dit plus haut, c'est bien au nom du pape, c'est-à-dire au nom du chef de l'Église enseignante, que les jugements de 1616 et de 1633 ont été portés.

« Le pape, remarque justement l'abbé Jaugey, exerce son pouvoir tantôt immédiatement, par luimême, tantôt médiatement par l'intermédiaire des congrégations romaines auxquelles il délègue une partie de sa suprême autorité. Mais dans l'un et l'autre cas, les décrets rendus tirent leur origine et leur force du pouvoir pontifical. Les congrégations romaines ne forment avec le pape qu'un seul et même tribunal, comme le vicaire général avec son évêque; elles sont des organes dont le pape se sert pour gouverner et enseigner. Si cela est vrai lorsque les

i. Von Gebler, Die Acten, p. 50; ms. du Procès, fol. 380. 2. Dans Grisar, ouv. cit., p. 133.

congrégations romaines rendent leurs décisions en vertu des pouvoirs généraux qu'elles tiennent du Souverain Pontife, cela est plus incontestable encore lorsque le pape intervient personnellement dans les décisions, soit en présidant lui-même la séance et en rendant le décret dans le sein de la congrégation, soit en l'approuvant, hors de la séance, et en ordonnant qu'il soit mis à exécution. Or c'est ce qui est arrivé pour la doctrine du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil. Les preuves abondent ' . »

Les registres du Saint-Office marquent, en effet, le 25 février 1616, que ce fut le Souverain Pontife qui enjoignit au cardinal Bellarmin de mander Galilée pour lui faire abandonner l'opinion copernicienne, censurée comme hérétique par les théologiens consulteurs '^. C'est encore le pape Paul V qui présida, le 3 mars, la séance de la Congrégation et qui, après le rapport sur le décret de condamnation de l'Index prohibant et suspendant les écrits de Copernic, « ordonna au maître du Sacré Palais de publier ce décret ^ ». Le certificat remis à Galilée, le 26 mai suivant, par le cardinal Bellarmin atteste également l'intervention du Souverain Pontife dans la condamnation du système copernicien : « On lui a seulement notifié (à Galilée) la déclaration faite par Sa Sainteté et publiée par par la Congrégation de l'Index dans laquelle il est

1. Jaugey, ouv. cit., p. 53. Le P. Grisar partage ce seiilimenf, ouv. cit., p. 360.

2. « Relata censura... Sanctissimus ordinavit, » elc. Von Gebicr, DieActen, p. 48; ms. du Procès, fol. 378.

3. « Sanclissimus ordinavit publicari edictum. » Gherardi, Il processo di Galileo riveduto sopre documenti di nuova fonle, p. 29.

dit que la doctrine attribuée à Copernic est contraire aux saintes Ecritures et par conséquent ne peut être défendue ni soutenue : solo gl'èe stata denuntiata la dichiarazione fatta da Nostro Signore et pnblicata dalla sacra congregazione deW Indice, nclla quale si coiitiene che la doltvina attribnita al Copernico, etc. K Le Préfet delà Congrégation de l'Index, dans la lettre d'envoi du décret aux nonces et aux inquisiteurs, disait : « La Sacrée Congrégation de rindex a, sur l'ordre même de Sa Sainteté, d'ordine anco di Sua Santità, condamné quelques livres que l'on considérait comme très dangereux, et porté là-dessus le décret ci-joint ^. » En 1633, les mêmes scènes se reproduisent ; c'est le pape Urbain VIII qui ordonne au Saint-Office « d'interroger Galilée sur son intention », c'est-à-dire sur l'assentiment qu'il a pu donner à la doctrine copernicienne considérée comme hérétique ^. C'est encore le Souverain Pontife qui lui fait interdire « de traiter jamais, de quelque manière que ce fût, la théorie du mouvement de la terre, sous peine d'être condamné comme relaps^ ». C'est Urbain YIII enfin qui donne l'ordre de prohiber l'ouvrage de Galilée intitulé Dialogo et d'envoyer des exemplaires de la sentence à tous les nonces apostoliques et à tous les inquisiteurs de l'hérésie ^. Que faut-il de plus pour prouver que la condamnation de Galilée et la censure officielle de la théorie copernicienne en 1016 et

\. Von Gebler, Die Acten, p. 87; ms. du Procès, fol. 4-23.

2. Wolynski^Fr. de Noailles et Galilée, dans Rivista europeu, t. I, (1877), p.' -24.

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