Contra Hacres., lib. I, cap. ix, n'iJ; cf. Hahn, p
2. « Kegiila verilatis exigit ut... credamus in Deuiu'Patreiu et (Dominum) omnipotenlem; credere etiam in Filiurn Uei, Cliristum Jesura Dominum (Deum) nostrum sed Dei Filium ex Maria, resurrccturus a morluis, scssurus ad dexteram Patris, judex omnium, credere etiam in Spiritum sanctum, ecclesiam... veritatis sanclitate ad resurrectioneni corpora nostra perducat. » Migne, t. IH. p. 880 et seq., et p. 808. Cf. Burn, p., 46-48.
Tertullien est plus explicite. Nous avons de lui quatre professions de foi qui reproduisent presque exactement les articles du Credo romain^. Et ce n'est pas là une simple coïncidence, due au hasard. Tertullien invoque l'unité de foi qui existe entre lAfrique et Rome; il invoque même expressément l'autorité de la foi romaine. « Vous êtes près de l'Italie, dit-il à son interlocuteur dans le traité des Prescriptions, vous avez Rome, qui fait aussi autorité chez nous... Voyez ce qu'elle a appris (des Apôtres), ce qu'elle professe de concert avec les églises africaines, » quid cum africanis quoque ecclesiis contesseravit. A noter ce contesseravit, dont nous avons plus haut expliqué le sens. Il continue, et cite quelques articles du Symbole : « Unum Deum novit creatorem universitatis et Christum Jesum ex Virgine INIaria Filium Dei creatoris et carnis resurrectionem 2. » Si on s'en tenait à cette simple citation, il y aurait lieu de croire que le Credo de Tertullien différait assez notablement du Credo romain. Mais d'autres passages corrigent cette impression. Il se pourrait que la loi du secret qui pesait sur « la tradition du Symbole » ait empêché Tertullien d'en donner un texte écrit qui eût un caractère en quelque sorte officiel ^ . Mais dans son De Virsinibus velandis et dans son écrit Adçersus Praxeam, le fond du texte romain est assez reconnaissable.
1. De Virginibus velandis, cap. i; de Praescriptionibus, cap. xiii; Ibid., cap. x\\\i;Advers. Praxeam, cap. 11. Cf. Burn, p. 5051; Halin, p. !)-l0. Kaltenbusch consacre à Tertullien un chapitre intitulé .Die Slellung des Sytnbols bei Tertullian, ouv. cité, t. II, p. 53-101.
a. De Praescription., cap. xxxvi.
3. Cf. KaLtlenbasch, Ai-kandisciplin bei Tertullian, ouv. cité, t. II, p. Oi-IOl.
Il importe de remarquer aussi que la « règle de foi » de TertuUien est une profession de foi baptismale. « Lorsque nous entrons dans l'eau, dit-il, nous professons la foi chrétienne aux mystères de la loi divine, et nous attestons de bouche que nous renonçons au diable, à ses pompes et à ses œuvres. » « Puis nous sommes plongés trois fois dans l'eau, donnant une réponse un peu plus explicite que celle que le Seigneur a déterminée dans l'Evangile, » Ce Credo comprend notamment « la foi à la nativité, à la passion et à la résurrection » du Seigneur ^
Pour TertuUien, cette règle de foi remonte très haut dans l'Eglise. Il accuse Marcion de l'avoir altérée dès le milieu du ii* siècle, et, d'une façon plus générale, il déclare que « la vérité sur la règle de Dieu a subi une altération après les temps apostoliques^ ». Dans sa pensée, le Credo romain, resté inviolé, remonte sûrement aux origines. Croit-il qu'il ait été proprement rédigé par les Apôtres? A cet égard son langage, sinon sa pensée, est extrêmement vague, « L'Eglise, dit-il, a reçu cette règle de foi des Apôtres, les Apôtres du Christ, le Christ de
1. ■■ Cum aquam ingressi christianam ficlem in legis suae verba profitemur, renuntiasse nos diabolo et ponipae et angelis ejus ore nostro contestamur. » De SpectaciiL, cap. iv. « Deliinc ter mergitamur, amplius aliquid respondenles quain Dominus in evangelio determinavit. » Decorona milit., cap. iii. « Fuei'it salus relro per fidem nudam ante Domini passionem et resurrectioneni. At ubi lides aucta est credeati in nativitatem, passionem, resurrectionemque ejus, addita est amplialio sacramento, obsignatio baptismi, . etc. De Baptismo, cap. xni. Cf. Kattenbusch, t. H, p. «îO-Gl; Hahn, p. 9-M.
2. « Marcionem non tam innovasse regulam separatione legis et evangelii, quam rétro adulteratam recurasse. » Advers. Marcion., I, 20. « Post apostolorum tempora aduUerium veritas passa est circa Dei regulam. » Ibid., 2t. Il dit : « Dei régula » et non pas « symbole baptismal », pas même» règle de foi », ce qui indique qu'il songeait à la doctrine catholique en général.
Dieu'. » Visiblement il s'agit ici de la doctrine, et non proprement de la formule qui la contient-.
1. « In ea régula quam ecclesia ab apostolis, apostoli a Christo, Chrislus aDeo tradidit. » De Praescription., cap. xxxvii. Évidemment TertuUien ne sait rien de la légende signalée plus tard par Kulin.
'2. Ces conclusions ont été attaquées par dom Chamard (Bévue des Quest. hisloi'iques, avril et juillet 1901), qui nous oppose notamment deux textes de TertuUien et un de saint Gyprien. Saint Cyprien écrit : « Quod si aliquis illud opponit ut dicat eamdem Novatianum legem tenere quam calholica Ecclesia tenet, eodem symbolo quo et nos baptizare..., sciât quisquis hoc apponendum putat, primum non esse unam nobis et schismaticis symboli legem neque eamdem interroc/atioiiem. » Ep. 76, à Magnus, Migne, P. L., t. III, col. 1143. Dom Chamard souligne les mots que nous avons imprimés en italiques, et il ajoute : « Remarquez que saint Cyprien dit que le symbole baptismal est le même dans toute l'Église catholique. » Revue cit., juillet 1901, p. 251. Si saint Cyprien avait dit cela, il aurait exprimé une erreur; le symbole baptismal de Jérusalem par exemple n'était slirement pas mot à mot celui de Cartilage. Mais « je remarque » que saint Cyprien n'a pas tenu le langage qu'on lui prête; il a dit que Novatien « suivait la même loi », c'est-à-dire la même doctrine « que l'Église catholique, et baptisait avec le même symbole que l'Église de Carthage ». Et ce n'est plus du tout la pensée de dom Chamard. Le même critique dit encore : « Je demanderai à M. Vacandard pourquoi il ne cite pas ce passage de TertuUien : « Hanc regulam ab initio » Ecclesiœ decurrisse, etiam ante priores quoscumque hœreticos. « Contra Praxeam, cap. ii, P. L., t. II, col. 157. Par le fait, ce texte est très embarrassant pour les partisans de l'opinion qui rejette l'origine apostolique du Credo; car il n'y peut être question de la doctine chrétienne, en général. Il serait jiar trop naît de dire de la doctrine du Christ qu'elle a eu cours dans l'Église dès son origine, avant l'apparition des premiers hérétiques. Ce serait même un nonsens. Il faut donc entendre par le mot Régula fidei ce formulaire de la foi, composé dès l'origine du christianisme. » Art. cit., juillet 1901, p. 250-251. Dom Chamard tire Ici le texte à lui, selon son habitude. TertuUien vient de faii'e un exposé de la doctrine chrétienne et il ajoute : Hanc regulam, etc. Il ne dit pas : « La doctrine du Christ • a été enseignée depuis le commencement du Christianisme; il dit : « cette doctrine que je viens de formuler et de préciser » a été enseignée depuis l'origine. Où est ici la « naïveté » ? où est le « non-sens >> ? Uniquement dans l'interprétation de dom Chamard. Celui-ci nous objecte encore un passage du De Virginibus velandis. « Hegl'la quidem Fidei, una omnino est, sola immobilis et irreformabilis, crcr/endi; scilicet in unicum Deum omnipotentem... etc. Hac leye Dei manente, cœtera jam disciplin;c et conversation is admittunt novitatem coi-rectionis, etc. «Cap. i, Migne P. L., t. II. col. 889. Or, s'il résulte quelque chose de clair de cette citation, c'est qu'il faut maintenir à tout prix l'unité de doctrine, car ici encore il s'agit de la doctrine que TertuUien vient d'exposer. Quant au t'ormu-
Concluons : le Symbole romain est inconnu aux écrivains ecclésiastiques du i*^"" siècle ; dès le commencement du m" siècle, il est en plein exercice non seulement à Rome, mais encore en Afrique; sa composition remonte donc sûrement au ii*^ siècle. Le style, remarquable par sa netteté et sa vigueur [lapidar styl, dit Caspari), ne saurait nous renseigner sur son auteur et sa date. Il y a lieu de croire que saint Justin et saint Irénée lui ont fait des emprunts. Son existence serait donc attestée entre 150 et 200. Fautil croire que Marcion lui-même y ait fait allusion vers 145? Le silence que le /*as^eM/* d'Hermas garde à son sujet (vers 140) serait, dans cette hypothèse, quelque peu surprenant. Cette considération n'arrête pas M. Burn, qui circonscrit la date de la composition du Symbole romain entre 100 et 120 ^ .
M. Zahn voudrait remonter plus haut encore, persuadé que, vers l'an 100, la formule romaine régnait
laire même, TertuUien n'y songe môme pas. • La discipline peut clianger, dit-il, la doctrine (le dogme) ne change pas. » De là à prétendre qu'il attribue aux Apôlres la composition du symbole baptismal romain, il y a loin. Dom Ciiamard nous objecte enfin un texte de Priscillien {Tract. IH, éd. Scliepss, p. 49) : « Symbolum opus Domi7ii est... qui Apostolis suis symbolum tradens, quod fuit, est, et futurum erat in se et in symbolo suo monstrans, nomen Patrem, Filium, itemque Filii Spiritum, ne Beiiiotritarum (Ebionitarum) error \aleret, edocuit. • Mais ce passage ne ruiiie-t-il pas justement sa tlièse? Où est-il question du Credo baptismal romain? J'y vois que le Christ a remis aux Apôlres un symbole, et (lue ce symbole se réduit à la formule du baptême que signale saint Matthieu, xxvin,
1. Ow!'. cité, p. 64-65. Pour comprendre l'opinion de M. Burn, il faut savoir qu'il place la composition du Pasteur au commencement du 11» siècle. C'est là un fait contestable. Pourtant Hilgcnfeld {Hermac Pastor, 2» édit., Lipsiae, 1881, Prolegomena) attribue le Pasteur à trois auteurs différents, l'un contemporain de Trajan {Vision, i-iv) le second contemporain de Pie I { Vision, v; Similitud. vu) le troisième Similitud. vni-x) de très peu postérieur au second. M. Harnack, tout en maintenant l'unité d'auteur du Pastor, estime que les parties de l'ouvrage sont de dates différentes, entre 110 et 140.
à Rome, pendant que la formule de saint Ignace servait de règle à Antioche : ces deux Symboles, assez dissemblables dans l'expression, mais très apparentés dans la doctrine, auraient été des formules sœurs, issues d'une formule primitive due aux Apôtres euxmêmes. Cette hypothèse ne nous paraît pas soutenable'; comme le fait remarquer M. Burn, elle tombe devant l'objection formidable que voici : si le Credo avait été dicté littéralement par les Apôtres, comment la première génération chrétienne eût-elle eu la présomption d'en altérer le texte ^? Une telle audace, nous oserons dire une telle impiété, n'est pas imputable aux évêques et aux docteurs des temps apostoliques.
PiîOPAGATIOX ET ACCROISSEMENT DU Credo ROMAIN
PRIMITIF : APPARITION DU « TEXTUS RECEPTUS »,