‹ Études de critique et d'histoire religieuse (volume 2)Chapitre 17 sur 168 · SA PROVENANCE · texte numérisé non relu

SA PROVENANCE

Selon la théorie, fort vraisemblable, de M. Kattenbusch, c'est le Credo romain qui est devenu, dès les premiers siècles, le Symbole de toute l'Eglise occidentale. Chaque Eglise y mit cependant de bonne heure son empreinte particulière. Déjà au iv^ siècle, les divers Credo de l'Occident offrent des variantes remarquables. L'église de Milan même, qui se flattait de réciter exactement le Credo romain, y introduisit le mot passas^. Ailleurs les divergences sont

1. Dans tous les cas, la formule du Credo romain primitif ne serait déjà plus celle du Credo composé par les Apôtres, ïî. cf. Burn, ouv. cit., p. CC.

3. M. Burn a reconstitué {ouv. cité, p. -202) le symbole de Milan au

plus sensibles encore; nous allons les relever, en insistant plus spécialement sur celles qui étaient destinées à subsister dans le Textus receptus.

Une remarque générale qui s'applique à toutes les variantes ou additions que nous aurons occasion de signaler, c'est qu'elles se sont insérées dans le texte du Credo, de façon à ne pas changer le nombre des articles. Elles ne forment qu'une sorte d'apposition, quelle que soit d'ailleurs leur importance dogmatique, comme les phrases Descendit ad inferna ou ad mferos, et vitam aeternam.

Dans le Credo d'Aquilée ' nous signalerons d'abord les mots invisihilem et impassihilem qui s'ajoutent au texte romain du premier article. II est remarquable, en effet, que, dès l'origine, cet article a reçu des additions, non seulement en Italie, mais en Afrique et ailleurs. L'une de ces additions était appelée à prévaloir, c'est le Creatorem cseli et terrœ de Nicétas de Remesiana.

Rufm note encore dans le Credo d'Aquilée la phrase Descendit ad inferna. Cette formule est caractéristique ; en Occident nul autre symbole ne la contient; en revanche, on la rencontre dans trois Credo orientaux du iv^ siècle : les symboles de Sirmium de 359, de Nicée de 359, et de Constantinopie de 360^. Le symbole de Sirmium, d'où dérivent les deux autres, est l'œuvre de Marc d'Aréthuse qui

moyen de VExplanatio ad initiandos et des sermons 212-214 de saint Augustin. Cf. Halin, ouv. cité, p. 36-38.

1. Voir le symbole d'Aquilée dans Burn [ouv. cité, p. 202) et dans Hahn, p. 42.

2. Kat EÎç ta xaTa3(96vta xaTeXôôvTa, v-cà ik èxEÏors olxovojxiQffavTa 6v TtuXwpol àSou cSovxe; içpiEav. Credo de Sirmium de 359. Cf. Burn, p. 203, pour le texte de Niccc (350) et de Coustantinople (300) ; et pour les trois conciles, Hahn, p. 201-208.

s'est vraisemblablement inspiré de saint Cyrille de Jérusalem^. L'insertion de la formule descendit ad inferna dans le Credo d'Aquilée est-elle un emprunt fait à l'Orient? Rufîn ne le croit pas; ces mots sont pour lui l'équivalent de sepultus-.

Le Symbole de iNicétas de Remesiana a fourni une contribution assez importante, de façon plus ou moins directe, au Textus receptus. Nicétas était un homme considérable en son temps, Paulin de Noie, qui fut son ami, le qualifie de « père », de « maître» et de a docteur ». Il vint à Rome et y fut grandement admiré pour sa doctrine. Le latin paraît avoir été sa langue maternelle ; mais il était assez familiarisé avec le grec pour lire les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, auxquelles il fait volontiers des emprunts. Il ne fut pas seulement l'apôtre des Balkans; toutes les régions qui avoisinaient son diocèse ressentirent les effets de son zèle et de son éloquence. Saint Paulin nous apprend qu'il composa des hymnes, et nous savons par Gennadius qu'il écrivit en simple et clair langage six livres d'instructions pour les néophytes, et, entre autres, un livre (le cinquième) sur le Credo ^. Ce dernier ouvrage a été retrouvé par dom Morin, à la bibliothèque municipale de Rouen ', avec une attribution erronée.

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