Greg. Turon., Ibid
royauté dans les élections épiscopales y fut plus fréquente que jamais ^ Cette assertion est inexacte et repose sur une confusion. Il serait injuste d'attribuer à tous les souverains la même politique. Les successeurs de Clotaire I" et de Charibert ont eu, à cet égard, des vues fort diverses et même parfois absolument opposées, qu'il importe de distinguer.
Lorsque Charibert mourut en 567, le royaume se trouva de nouveau divisé en plusieurs groupes. Contran eut en partage la Bourgogne ; Sigebert P"", la région qui devait bientôt porter le nom d'Austrasie ; et Cliilpéric, le ngrd-est et le sud-ouest de l'ancienne Gaule. Contran survécut à ses frères; il mourut le 28 mars 592 2. L'espèce de tutelle qu'il exerça sur ses neveux et sur ses petits-neveux en bas âge donne à son gouvernement, déjà remarquable par la durée, une importance exceptionnelle. Contran ne fut pas un grand homme; ce qui domine chez lui, c'est la bonté ; il lui manqua la fermeté, qui fait les grands caractères et les grands rois. Sa politique n'eut jamais rien de bien net ni de bien déterminé. Ses rapports avec l'Eglise se ressentirent de ces incertitudes de caractère. Sûrement son intention était d'observer les canons en matière d'élections épiscopales; il se déclara expressément contre la simonie et la nomination des laïques. « Ce n'est pas la coutume de notre gouvernement, disait-il un jour aux candidats de Bourges, de vendre l'épiscopat à prix d'argent, et il ne vous convient pas, à vous, de l'acheter par des
4. « Unter Clilolars Solinen begegnen uns die von dem Gescliicht sclireiber aufgezeiclineten Eingriffoder Hofe in die Bischol'swalilen liaïifiger als zuvor. » Lohel, Gregoj- V07i Tours und seine Zeit, p. m.
2. Cf. Krasch, Foischungen zur deutschenGeschichle, t. XXn (1882), p. 452-439
présents *. » Une autre fois il fit serment de ne jamais faire ordonner un laïque évèque ^. Par malheur il ne sutpas toujours se défendre contre la tentation de l'or; les présents ne furent pas sans influence dans le choix qu'il fit du laïque Didier peur le siège d'Eauze^. C'est sans doute le seul cas de simonie que l'on puisse citer à sa charge. Mais il éleva plusieurs autres laïques, pris parmi les officiers de sa cour, à la dignité épiscopale. Son référendaire Flavius obtint le siège de Chalon-sur-Saône ^•, Licérius, un autre référendaire, le siège d'Arles ^ ; et le comte Gondégésile de Saintes le siège de Bordeaux^. Il n'est pas sûr, à la vérité, que le peuple et le clergé n'aient pas été complices de ces choix, sauf pour Bordeaux. On vit à plusieurs reprises les électeurs porter leurs votes sur des officiers de la cour, notamment sur des référendaires ''. Toutefois, il est toujours vrai de dire que ces nominations étaient peu conformes aux canons.
Ce ne sontlà, du reste, que des cas isolés. En somme, Contran paraît s'être imposé comme loi de suivre les prescriptions du cinquième concile d'Orléans. On s'explique ainsi que les nombreux conciles tenus sous son règne ^ n'aient pas songé à les lui rappeler. On
i. Greg. Turon., Hist. Franc, VI, 39.
2. • Gui Desiderius ex laico successit. Cum jurejurando enim rex pollicitus fuerat se nuaquam ex laicis episcopum ordinaturum. Sed quid peclora liurnaiia non cogit auri sacra famés? » Greg. Turon., Ibid., VHI, 22. Le nom du roi n'est pas désigné. Hauck {Die Bischofswahlen, p. 34, note 99) a démontré qu'il s'agit bien de Contran.