Puxoc, Héliotypies, Gerson, p
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remplit le xv° siècle de sa gloire. On s'explique qu'un copiste maladroit ait changé un e en o, pour rectifier un nom qui lui semblait mal écrit. Une fois la correction opérée, elle se propagea vite, surtout à l’aide des imprimés qui reproduisirent l’incunable de 1483. Mais en maints endroits on sut maintenir nettement la distinction entre Gersen et Gerson. La congrégation de Sainte-Justine de Padoue, par exemple, n’a jamais confondu les deux noms. L’auteur de son catalogue de 1453, qui marque l’/mitation au nom de Gersen, sait très bien écrire Gerson en regard des œuvres du chancelier de Paris !.
Du reste, écrit M# Puyol, « l'examen des manuscrits prouve que c’est la substitution de Gerson à Gersen qui est un fait indubitable.
« Quels sont les manuscrits qui écrivent Gersen? Ce sont les plus anciens, ceux qui présentent les textes primitifs.
« Quels sont les manuscrits qui écrivent Gerson? Ceux qui sont relativement modernes et ne présentent que des textes dérivés. En telle sorte que l'ordre généalogique doit s'établir ainsi :
Abbé Jean Gersen;
Jean Gersen;
Jean Gersen, chancelier de Paris; Jean Gerson, chancelier de Paris.
« Il est impossible de renverser l'ordre et de mettre Gerson à l’origine et Gersen à la fin. Ni la critique du texte, ni les observations paispgnes phiques ne le permettent ?. »
4, PuyoL, L'auteur de l'Imitation, p. 279, 451 suiv. 2. PuyoL, Héliotypies, p. 4 suiv.; L'auteur de l'Imitation, p. 245.
Bref Jean Gerson aurait usurpé dans les manuscrits la place de Jean Gersen, et rien n'autorise à lui accorder la paternité de l’/mitation, ni son style qui a plutôt un caractère scolastique, niles premiers écrivains qui ont rédigé le catalogue de ses ouvrages, ni enfin l’/mitation elle-même, qui se dit expressément l’œuvre d'un moine.
ME Puyol pose donc Jean Gersen comme l’auteur de l’/mitation. Mais il n’aboutit à cette conclusion qu'en plaçanten tête de tous les manuscrits italiens le texte de l’Aronensis qui est sans date, et il entreprend de confirmer son opinion par l'étude comparative de tous les manuscrits connus et par leur classement généalogique. De son patient et long labeur, il résulterait que les manuscrits de l’/mitation forment deux grandes divisions : la classe A (italiens) et la classe B (transalpins), subdivisées elles-mêmes en plusieurs genres, qui se ramifient en espèces. Or d’après sa classification, non seulement B proviendrait de A, mais encore les manuscrits de la classe A dériveraient d’un manuscrit de l'espèce Aronensis.
C'est ce classement qui constitue la grande originalité des travaux de ME Puyol. Il n’est pas nécessaire de le suivre dans les développements de son système pour en juger la valeur !. Qu'il nous suffise de faire remarquer que le Mellicensis (1421) forme le pivot de son tableau généalogique.
M&# Puyol estime que Melck a été l’intermédiaire entre les manuscrits italiens et les manuscrits
1. Voir Paléographie de l'I. C., classement et généalogie des lextes, notamment p.266, 274-275; cf. Vacandard, L'auteur de l'Imitation d'après M# Puyol, dans Revue du Clergé français, 1° février 4901, p. 513, 514 et 45 décembre 1908, p. 663-664. ,
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transalpins. Or ce texte qui offre un caractère de parenté indiscutable avec les versions italiennes ne contient pas le verset 37 du chapitre xxrv (lib. 1), qu'on trouve dans les dernières : ce n’est donc pas le Mellicensis qui leur a donné le jour : nemo dat quod non habet. Il faut conclure que les manuscrits italiens ou du moins l’un d’entre eux a fourni son texte au Mellicensis. Et dans le passage des Alpes, par la faute d’un copiste, le verset 37 du chapitre xxiv s’est trouvé perdu. On s'explique ainsi que le Mellicensis et ses congénères transalpins l'aient omis.
Poursuivant sa démonstration, M# Puyol essaie de faire voir que les manuscrits italiens procèdent de l'Aronensis. Donc le texte de l'Aronensis est en tête de tous les manuscrits connus, et avec lui le nom de Gersen. !}
Cette conclusion, si logique soit-elle, ne nous semble pas décisive. Admettons — ce qui n'est pas démontré — que le Mellicensis soit vraiment l’intermédiaire entre les manuscrits italiens et les manuscrits transalpins; au lieu d'être le produit des premiers, pourquoi n’en serait-il pas le générateur ? On nous dit : « le Mellicensis vient d'Italie; ce qui le prouve c’est l’omission du verset 37 du chapitre xxtv (lib. I). » Mais ne pourrait-on pas retourner la proposition et dire : « le texte du Melicensis, en passant les Alpes, a subi une addition »? En soi l'hypothèse d’une addition est aussi vraisemblable que celle d’une omission, dans la transcription des manuscrits. Une fois l'addition opérée, elle a 4 figuré dans tous les manuscrits italiens. Mais, dira- 4 t-on, comment se trouve-t-elle dans certains manus-
crits transalpins, sinon par l'intermédiaire des Italiens, puisque le Mellicensis ne la contient pas?
# Puyol nous fournit lui-même la réponse à cette question, quand il déclare que le Mellicensis est le générateur des manuscrits transalpins du genre K qui renferment le verset 37. Il n’y a qu'à supposer que l'addition a été faite dans un des manuscrits de cette classe et que de là elle a passé en Italie. De cette sorte tous les manuscrits italiens la contiendraient.
Bref la généalogie des manuscrits, telle que l'établit Mer Puyol, ne peut servir à déterminer ni l’âge, ni le nom de l’auteur de l’/mitation de Jésus-Christ.
HYPOTHÈSE THOMAS A KEMPIS à .
Thomas de Kempen, communément connu sous le nom de Thomas à Kempis, peut-il être considéré comme l’auteur de l’/mitation ? Puyol écarte cette
- hypothèse par la question préalable. La chronologie
de la vie de ce religieux lui paraît incompatible avec la date certaine de la composition de l'ouvrage‘. « L'Imitation était connue en dehors de la Hollande dès 1421. Le manuscrit de Melck (1421) en fait foi. Or, en 1420, Thomas avait environ quarante ans. Il était entré dans la congrégation de Windesheim en 1406, et y avait fait profession en 1407. Plus tard il
4. 11 dénie aussi à Thomas le talent littéraire que suppose une telle composition. Cf. L'auteur de l'Imitation, p. 574 sq. En cela il s’accorde avec Tamizey de Larroque : Preuves que Thomas à Kempis n'a pas composé l'Imitation, dans Annales de Philosophie chrétienne, t, III et IV, 5° série; tirage à part, in-8°, de 82 pages.
devint sous-prieur du monastère du Mont-Sainte- Agnès. Ce fut un copiste remarquable. Il transcrivit, entre autres ouvrages, un grand Missel achevé en 1414. Ensuite, selon Werlin, il composa les Vies des hommes illustres de sa connaissance et finit cet ouvrage avant 1421. Où trouver le temps de composer les livres admirables de l’Imitation de Jésus-Christ !? » Et à supposer que l’assertion de Werlin soit fautive, il faudrait toujours placer la composition du chef-d'œuvre entre 1414 et 1420. Mais se trouvera-t-il un « controversiste assez courageux pour soutenir que, de 1414 à 1420, Kempis a eu le temps de composer les quatre livres de l’/mitation de Jésus-Christ ? Je ne le pense pas », écrit Ms Puyol?.
Cette argumentation ne touche guère les Kempistes. Ils admettentj volontiers que l'apparition de l'Imitation de Jésus-Christ se place entre 1414 et 1420 pour le livre 1°, et 1426 environ pour les quatre livres. Ils expliquent de la sorte que les plus anciens manuscrits, par exemple celui de Melck (1421), et un autre daté de 1424, ne contiennent que le premier livre. A partir de 1427 on possède des manuscrits complets de l’Zmitation. Mais de 1414 à 1426, c'ést-àdire en une douzaine d'années, Thomas à Kempis a eu largement le temps d'écrire l'ouvrage entier, ou plutôt les quatre petits traités détachés dont il se compose *.