Becker, ibid., p
qu'ils appelaient des rapiaria. N’est-il pas naturel d'admettre que Jean Vos de Huesden, Pierre Gerlac, Henri de Mande, Jean Schoonhoven ont ainsi compilé leurs ouvrages, en pillant l’/mitation ? Quest-ce que les Kempistes peuvent opposer à cette hypothèse ?. A les entendre, l’/mitation de Jésus-Christ ne serait qu'un rapiarium composé par un homme de génie. Mais « l’auteur de l’Imitation, reprend M Puyol, est réfractaire à l'emprunt et à la citation », sauf exceptions extrêmement rares. C’est un penseur de génie. S’il a pris son bien partout où il l’a trouvé, il n'était pas homme à se contenter de la méthode des plagiaires. Par conséquent, s’il y a, entre les Windésémiens et lui, un emprunteur bien avéré, l'emprunteur n'est pas lui, ce sont les Windésémiens !.
En ce qui regarde Jean de Schoonhoven, l'opinion de M® Puyol n’est vraiment pas soutenable. Qu'on relise les quatre derniers textes de Jean que nous avons cités; l'auteur attribue le premier à saint Augustin, le second à quidam sanctus, le troisième à Sénèque; le quatrième est un vers léonin anonyme :
Pax est in cella, foris autem nonnisi bella.
Or, en regard de cestextes, comment se comporte l'auteur de l’/mitation ? Il ne cite aucune source; ni saint Augustin ni Sénèque ne sont désignés; ce n'est donc pas à lui que Jean de Schoonhoven a pris leurs noms. Il est également impossible que Jean de Schoonhoven ait trouvé les éléments d'un vers léonin dans les mots : « /n cella invenies, quod
deforis amittes... mane in cella, quia non invenies alibi tantam pacem. » Si donc, comme M Puyol l'accorde, l’un des deux écrivains a fait à l’autre des emprunts, c’est l’auteur de l’/mitation qui a pillé Jean de Schoonhoven. Ce point admis, on peut considérer comme très vraisemblable, pour ne pas dire certain, que les ouvrages du cercle de Windesheim- Groenendael, pris dans leur ensemble, ont été utilisés par l’auteur de l’?mitation.
* *# * Et cet auteur s’est révélé lui-même, disent les Kempistes, en signant le fameux manuscrit de Bruxelles dont le colophon est ainsi conçu :
FINITUS ET COMPLETUS ANNO DOMINI MCCCC XLI PER MANUS FRATRIS THOMÆ KEMPIS IN MONTE SANCTE AGNETIS PROPE ZWOLLIS,
Thomas à Kempis fut, en effet, comme nous l’avons dit, religieux du Mont-Sainte-Agnès dans le voisinage de Windesheim; c’est là qu'il copia, entre autres manuscrits, celui qui contient, outre l’/mitation, quelques autres opuscules dont voici la table :
— In hoc volumine hi libri continentur :
— Regnum Dei intra vos est, dicit Dominus.
— De sacramento : Venite ad me omnes qui laboratis.
— Audiam quid loquatur in me Dominus Deus.
— De disciplina claustralium, Apprehendite disciplinam.
— Epistola devota ad quemdam Regularem.
— Renovamini autem spiritu mentis vestrae.
— Cognovi, Domine, quia aequitas judicia tua.
— Recommendatio humilitatis : Discite a me.
— De mortificata vita. Si vis Deo dignus.
— De devotione mentis. Vacate et videte.
— Brevis admonitio. Ab exterioribus.
Nous avons ici, disent les Kempistes, la liste des principaux ouvrages de Thomas. Et comme de juste, les quatre livres de l’/ritation figurent en tête. On remarquera seulement que le copiste ne suit pas l’ordre reçu et qu'il place le quatrième livre au troisième rang, et le troisième livre au quatrième. C'était son droit d'auteur. Aussi bien, dans un autre manuscrit de sa main, le Lovaniensis, aujourd’hui perdu, les trois premiers livres seuls se lisaient et dans l'ordre suivant : [, III, 11. De ces deux manuscrits, on ne saurait dire lequel était le plus ancien. Le Bruxellensis est seul daté : 1441.
« Les corrections que l’on voit dans l’autographe de Bruxelles, considérées dans leur ensemble, indiquent clairement que l'écrivain est ici l’auteur luimême. Parmi les passages biffés, il en est un qui, à lui seul, suffirait pour faire distinguer un auteur d'un copiste. Dans le livre 11, cap. x1, après la période : « Qui autem Jesum propter Jesum et non propter suam propriam consolationem diligunt, ipsum in omni tribulatione et angustia cordis, sicut in summa consolatione, benedicunt », il y avait d’abord : Æ4 si Jesus vellet quod irent in inferrum, ibi quoque eontenti essent nec eum minus amarent. Cette dernière période est biffée par une ligne rouge, de sorte que
1. La paternité de quelques-uns de Ces ouvrages, à été contestée à Thomas par les Gersénistes, maïs sans motif valable. Cf. Puyol, Descriptions, p. 271-272.
lon ne peut plus que difficilement distinguer ces mots, qui sont suivis de la période : Et si nunquam eis consolationem dare vellet, ipsum tamen semper laudarent et gratias agere vellent. Evidemment la phrase raturée n’a pas été écrite pour être mise entre les deux membres de phrase qui se lisent à présent dans l’autographe comme dans toutes les copies!. Que Thomas ait eu sous les yeux un modèle où se trouvait la phrase biffée, c'est ce que personne ne soutiendra; on ne l’a jamais trouvée dans aucun manuscrit de l’Zmitation; c'est donc comme auteur du livre que Thomas a d’abord écrit cette phrase, empruntée quant à la substance à son confrère aîné Gerlach Petri?. Cependant Thomas a vu de suite que c'était aller beaucoup trop loin ; la phrase qui est venue remplacer cette pensée s’accorde avec le texte continu et naturel. Ghesquière a déjà remarqué qu’un tel changement indique l’auteur lui-même et non un simple copiste#. »
Cette argumentation ne satisfait pas tous les critiques. « Le grand ennemi de Thomas à Kempis c’est son autographe », a écrit le P. Denifle. Le colophon qui termine le manuscrit marque, à n’en pouvoir douter, non pas une signature d'auteur, mais une signature de simple copiste. Thomas s’est servi d’une formule semblable à la fin de la Bible et du Missel
4. Selon Becker (L'auteur de l'Imitation, p. 207), cette phrase ne se trouve pas dans les plus anciens manuscrits de l’Imitation. Cette lacune n’est pas signalée par M£' Puyol dans ses Variantes, p. 214.
2, Dans le Soliloquium animae (cap. xxxu), Gerlach Petri écrivait, en effet : « Tam incurius est de se ipso qui intus cum Deo unitus est, ut, si major honor Dei esset, eum immediate cadere in profundum inferni, quam in supremo esse choro angelorum, nullam omnino internam sentiret contradictionem. » Cité par Becker, Les derniers travaux, p. 36, note 1.
3, Becker, Les derniers travaux, p. 36.
qu'il avait transcrits pour son monastère : Finitus et completus anno Dni... per manus fratris Thomae Kempis ad laudem Dei in Monte Sanctaë Agnetis, etc. Nul ne s’autorisera de telles souscriptions pour affirmer que Kempis est l’auteur du Missel et de la Bible. De quel droit conclurait-on du per manus fratris Thomae qu'il est l’auteur de l’/mitation? ME Puyol n’a que l'embarras du choix pour fournir des exemples de souscriptions semblables, qui sont des signatures de copistes'. Le manuscrit de Nimègue, daté de 1427, est à cet égard typique : Finitus et completus anno 1427, per manus Henri Tengnagel, canon. regul. sanctae Catharinae extra muros Noviomagenses?. Pourquoi ne pas attribuer l’/mitation à Henri Tengnagel, aussi bien qu’à Thomas à Kempis?
Le P. Becker convient que la souscription, « con sidérée in abstracto} indique directement le copiste ». Mais il se hâte d’ajouter « que les fonctions de copiste n’excluent point les droits d'auteur, surtout lorsqu'il s’agit d’un auteur tel que Thomas à Kempis, qui était copiste par état, qui a plusieurs fois transcrit ses propres œuvres et qui ne mettait jamais son nom d'auteur sur aucun de ses livres ». Ainsi « la bibliothèque de Bourgogne possède un manuscrit qui renferme exclusivement quelques traités incontestés de Thomas, entre autres les sermons qu'il. a prononcés devant les frères de son couvent; à la fin on voit une souscription analogue à la première : Anno Domini mccccivi fénitus et