Puyol, Descriptions, p
scriptus per maänus fratris Thomae Campensis !. » Admettons donc que la souscription de l’autographe de 1441 laisse entière la question d'auteur. On ne peut du moins en conclure que Thomas n'est que le simple copiste des ouvrages contenus dans le manuscrit. Et d’autres considérations établissent qu'il en est l’auteur. Comme l’a remarqué Malou, « il est tout à fait impossible qu'un écrivain transcrive à la tête de ses œuvres quatre opuscules très recommandables qui ne lui appartenaient point. On possède plusieurs copies des ouvrages de cet auteur transcrites de sa main; il n’en est aucune où les opuscules soient mêlés dans le même volume aux écrits d’autres docteurs. En copiant les quatre livres de l’/mitation à la tête de ses œuvres, Thomas à Kempis s’en est déclaré l’auteur. En cette matière, son témoignage fait preuve; personne ne peut raisonnablement le récuser ?. »
Mais les Gersénistes et le P. Denifle ne se contentent pas de retourner contre Thomas à Kempis la signature du Bruxellensis, ils apportent même les corrections qu'on y signale comme un indice que l'ouvrage n’est pas de lui. Sur soixante-neuf, dixsept sont des fautes essentielles, dit M# Puyol. « Quant aux cinquante-deux prétendues additions, elles ne sont que des restitutions de mots omis, et il n’en est pas une seule qui se trouve dans les ma-
2, Malou, Recherches historiques et critiques sur le vérilable auteur du livre de l’Imitation de Jésus-Christ, 3° éd., 1858, p. 105.
3. Mer Puyol allègue même contre Thomas la fameuse correction du texte emprunté à Gerlach (Soliloquium animae, cap. xxxn). De Imitat. Christi, lib. II, cap. x1. Cf. Puyol, Variantes, p. 214. Mais son argumentation ne porte pas.
nuscrits antérieurs, tels, par exemple, que le Gaesdonckensis, daté de 1427, et le Justinianus de 1436 !. » L'addition en marge ou plutôt en bas d'une page, faite par Thomas lui-même, de la fameuse variante : Nunc sunt dies salutis, nunc tempus acceptabile (lib. I, cap. xxm), est tout à fait caractéristique. Le Gaesdonckensis, qui est de 1427, la contient en plein texte; il n'a pu Femprunter au manuscrit de 1441. Cette addition dans l’autographe de Thomas est donc le fait d'un copiste et non d'un auteur. ;
L'objeetion est impressionnante. Les Kempistes en ont senti la force. Ils ont bien vu que, si l’autographe est vraiment de 1441 (et personne, pas même le P. Becker, ne faisait difficulté de l’admettre), leur cause devenait insoutenable. Il leur a donc fallu chercher l'explication du mystère; il a fallu prouver que le manuscrit, qui est daté de 1441, pouvait être antérieur, au moins dans la première partie, à 1427, ou même à 1421 (date du Melckensis qui contient le Ir livre de l’/mitation). Cette explication, Spitzen et le P. Becker ont eru la découvrir dans les marques du papier et dans la disposition des cahiers qui composent l’autographe. « Le codex est composé de cinq suites de cahiers distinctes ; sur la première sont écrits les deux premiers et le quatrième livre de l’?Zmitation ; sur le deuxième le troisième seul », etc. Or, pour ces deux suites, Thomas à Kempis a employé du papier qui portait la marque de Philippe le Hardi, comte de Flandre, qui régna de 1369 à 1404. « Lorsqu'il écrivit les autres opuscules du co-
4. Puyol, Variantes, p. 241-222; L'auteur de l'Imitation, p. 531- 539,
dex, on n’en était plus à ce papier-là. Dans la troisième suite on trouve la tête de bœuf d'une forme plus récente; dans la quatrième le P gothique au pied fendu de Philippe le Bon, qui régna de 1419 à 1467 », etc. Conclusion : « Rien ne nous empêche d'admettre que ces quatre premiers traités (l'/mitation) ont pu être écrits vers l’année 1420 !. »
On ne saurait en effet conclure de ces indices matériels, tirés du papier et de la disposition du codex, que l'/mitation a été vraiment copiée vers 1420. Mais il suffit que cela soit possible pour qu'on ne fasse pas de la date finale 1441 une objection contre l'attribution de l'ouvrage à Thomas à Kempis. De la sorte, du moins, les raisons que l’on déduit par ailleurs du manuscrit en faveur de cette attribution conservent leur valeur.
Les chroniqueurs contemporains viennent confirmer la conclusion que suggère l’autographe de 4420-1441. Nommons Adrien de But, Mauburne, le chroniqueur anonyme de 1488, Busch et Herman Reyd, et bornons-nous à citer les deux derniers dont le témoignage est particulièrement suggestif.
Busch est l'historien autorisé de Windesheim. Après avoir pris l’habit religieux à Windesheim en 1419, il quitta ce monastère de 1424 à 1456, pour y séjourner de nouveau trois années, de 1456 à 1459. Il vécut ensuite à Sulta en Saxe jusqu'à sa mort (1479). Nous avons de lui deux ouvrages qui se com-