‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 120 sur 142 · Becker, Les derniers travaux, p · texte numérisé non relu

Becker, Les derniers travaux, p

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l'idée ne lui aurait été suggérée que plus tard; son assertion reposerait sur la signature de l’autographe de 1441 mal interprétée !, L’historien de Windesheiïm serait de ceux qui prirent, par suite d’une information erronée, une souscription de copiste pour une signature d'auteur.

Cette argumentation est loin d’être convaincante. Busch ne pouvait ignorer ce qu’on pensait à Windesheim de l’origine de l’/mitation. Son commerce avec les religieux de cette congrégation et avec Thomas de Kempen lui-même a dû l’éclairer parfaitement sur ce point. Si donc il attribue à Thomas la paternité du merveilleux ouvrage, c’est qu'il est sûr du fait. En le citant dans la seconde rédaction du De viris, il a voulu que ce qui était de notoriété publique dans le cercle de Windesheim reçût une publicité plus grande encore et parvint jusqu’à la plus lointaine postérité.

Hermann Reyd, qui fut en 1447 prieur du monastère de Neuwerk près de Halle sur la Saale, après avoir été membre de la congrégation de Windesheim à Wittenburg, attribue pareillement l’/mitation à Thomas de Kempen. Son témoignage est d'importance. Reyd connut personnellement Thomas; il raconte même, non sans complaisance, qu'il eut un entretien avec lui, au chapitre général de 1454. A cette date, le sous-prieur du monastère du Mont- Sainte-Agnès jouissait déjà sans doute d'une certaine célébrité, que lui avait value son principal ouvrage. Aussi, Reyd ne manque-t-il pas de le citer comme une des illustrations de son temps : Frater iste, qui

-4. Puyol, L'auteur de l'Imitation, p. 612-624.

compilapit librum de Imitatione, dicitur sive nominatur Thomas supprior in dicto monasterio Montis S. Agnetis prope Swollis, dioecesis Trajectensis provinciae Coloniensis… Vixit autem hic compilator adhuc anno 1454, et ego frater Hermannus … eodem anno missus addictum capitulum generale, fuieidem locutus *. Le texte est clair, et il est d'autant plus décisif qu’il est indépendant du De viris de Busch.

Ces deux témoignages, auxquels on n’a rien de sérieux à opposer, suffisent pour déterminer latradition primitive sur l’origine de l’/mitation; nous n'en citerons pas d'autres ?.

Ce n’est pas à dire que la question ne comporte pas d'obscurités. On n’a pas de preuve directe que le texte du Bruxellensis (ou autographe de Thomas à Kempis) remonte à l’année 1420. D'autre part, si Thomas est l’auteur de l’/mitation, on peut s’étonner que l’un des premiers copistes se soit trompé sur la provenance de l'ouvrage, et l’ait attribué, bien qu'indûment, à un Chartreux 5. Enfin il reste à expliquer comment les copistes, à l'unanimité sauf un, se sont trouvés d’accord pour suivre dans leurs transcriptions un ordre

4. L'ouvrage de Reyd, une Histoire des couvents de son ordre, a été découvert par Amort. Cf. Malou, ouv. cit., p. 82; Spitzen, ouv. cût., p. 175.

2. On peutlire dans Funk, Der Verfasser der « Nachfolge Christi », p. 432 sq., une série d’autres témoignages.

3.Becker, Les derniers travaux, p. 26. L'attribution à un chartreux doit être écartée, en raison du fameux passage : Affende Carthusianos, Cisterciences, etc. (lib. I, cap. xx).

4.Becker (L'auteur de l'Imitation, p.243) reconnaît lui-mêmeque Je manuscrit de Haaren est la seule copie conforme à l’autographe.

différent de celui qu'avait adopté Thomas pour son autographe. Mais ces difficultés ne sont pas absolument insolubles. Qu'un copiste, ami des Chartreux ou chartreux lui-même,ait attribué à un membre de son ordre un ouvrage qui n'offrait aucun nom, cela n’a guère d'importance; l'attribution serait autrement déconcertante si elle portait un nom connu. Quant à l’ordre qu'ont suivi les copistes dans leurs transcriptions, rien n'empêche de penser qu'il remonte à un manuscrit approuvé par Thomas à Kempis. Bref, ces questions tout à fait secondaires ne sauraient contrebalancer les raisons très sérieuses qui justifient. l'attribution de l’/mitation de Jésus-Christ au sousprieur du Mont-Sainte-Agnès.

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