Juvénal, Sat. x
Pierre Corneille fut tellement touché de cette attention qu’il traduisit à son tour (traduction très libre d'ailleurs), en un long Poème sur les victoires du Roi en l’année 1667, un poème latin du P. de la Rue sur le même sujet. « Le public, dit-il modestement dans sa préface, m'aura l'obligation d’avoir déterré ce trésor qui, sans moi, serait demeuré enseveli dans la poussière d’un collège; et j'ai été bien aise de pouvoir donner par là quelque marque de reconnaissance aux soins que les Pères Jésuites ont pris d’instruire ma jeunesse et celle de mes enfants et à l'amitié particulière dont m'honore l’auteur de ce panégyrique. »
Corneille avait conscience de devoir à ses maîtres non seulement sa culture intellectuelle et sa formation littéraire, mais encore le goût qu’il avait du bien et le développement de sa piété. On a remarqué que nul poète n'a préconisé avec plus de ferveur la pratique du devoir :
Faîtes votre devoir et laissez faire aux dieux.
Mais qu'on y prenne garde, ce sentiment du devoir, c'est à son éducation première qu'il le doit. Les jésuites se proposaient de former avant tout chez leurs élèves la volonté. Et ce n’est un mystère pour personne qu’ils tâchaient d'arriver à ce but par l’habitude de l'obéissance. Suivant eux — et qui oserait dire qu'ils avaient tort? — il n'y a pas de volonté plus forte que celle qui sait obéir, surtout quand elle ‘est mue dans sa soumission par un motif supérieur.
Et quel motif plus élevé peut-on proposer à la volonté que l’accomplissement du devoir, devoir moral, devoir politique, devoir social, devoir religieux ? C’est dans cette atmosphère d'idées généreuses que fut baignée et trempée l'âme de Corneille. Et toute son œuvre littéraire s'en ressentit.
Qu'est-ce, par exemple, que le Cid, si ce n’est un poème en l'honneur de la volonté, maîtresse de l’homme et créatrice de nobles gestes? « Pour parler du Cid, remarque M. Dorchain, ce sont les beaux mots de la langue française qui reviennent obstinément sous la plume : devoir, amour, honneur; la famille, le pays, la gloire. Ils circulent incessamment dans.la pièce, ils la commandent... Jamais on n'a respiré sur la scène un air plus vivifiant et plus pur : celui des altitudes de l’âme. »
Dans toutes les pièces qui vont suivre, les personnages rivaliseront pareillement de générosité. Il n’est pas de hauteur morale à laquelle il semble qu'ils ne puissent s'élever. Ainsi qu'on l’a remarqué! le tragédien nous transporte comme par enchantement
Dans un monde où tout l'homme aspire à se grandir,
Nul obstacle au monde n'arrête ses héros dans leur magnifique ascension. L'un, d'eux les incarne tous ou les résume, quand il s’écrie :
Je suis maître de moi comme de l'univers; Je le suis. Je veux l’être.
Et que dire du vieil Horace auquel échappe le