Panthéon, dans P. L., t. CXCVIII, Col
2. Voir les références, dans Vernet, op. cit., col. 1253, 1254, 3, Op. cit,, p. 9.
Un frère mineur, Martinus Minorita, par exemple, dans ses Flores temporum !, des environs de 1290, dit que la papesse se fit appeler Jean d'Angleterre, bien qu'elle fut de Mayence. Elle aurait enfanté non plus entre le Colisée et Saint-Jean de Latran, mais entre Saint-Pierre et le Colisée, en pratiquant un exorcisme.Comme elle tentait de délivrer un possédé, elle demanda au démon quand il se retirerait : du malade. Le démon lui répondit par deux vers dont le premier est emprunté au Chroniqueur d’Erfurt, : Papa, pater patrum, papisse pandito partum, et le ” second : Et tibi tunc edam (dicam) de corpore quando recedam, c'est-à-dire : « Dis-moi quand la papesse enfantera et je te dirai quand je sortirai du corps du possédé. »
Boccace (+ 1375), dans son De claris mulieribus, cap. xaix, s’écarte davantage du texte de Martin Polonus. Peut-être s'ilepire t-il de récits populaires qui, au cours d'un siècle, avaient eu le temps d'éclore. D'après lui, la papesse était d’origine allemande et s'appelait Gilberte. Elle aurait étudié en Angleterre et réussi, avec l’aide du démon, à obtenir le souverain pontificat. Par suite de son inconduite elle aurait conçu et, plus tard, enfanté en célébrant la messe. La prison fut sa punition.
Un manuscrit du xiv* siècle (bibliothèque de Tegernsee) publié par Dœllinger donne à la légendeune forme beaucoup plus romanesque encore, qui a la” prétention (d’ailleurs peu motivée) de s'écarter de
1. Dans Mon. Germ. hist., Script., t. XXIV, p. 248, on discute sur l’auteur de ces Flores; à Martinus Minorita on oppose les noms de Hermannus Januensis et de Hermannus Gigas. Cf. Dœllinger, op. Cit., p. 14.
la chronique martinienne!. La papesse n’aurait pas pris le nom de Jeanne, mais celui de Jutta. Elle était la fille d’un riche habitant de Thessalie et s'appelait Glancia. D'un esprit délié et fin, elle s’acquit de bonne heure la réputation de femme instruite. Sa science dépassait même singulièrement l’idée que le public s’en faisait. Elle connut dans les écoles un jeune homme de son âge, du nom de Pircius, qui dépassait pareiïilement par son génie ses compagnons d'étude. Ils s'éprirent l’un de l’autre et songèrent à s’'épouser. Refus des parents : leur amour grandit en raison même de l'opposition qu'ils rencontraient. Pour jouir l’un de l’autre, ils prirent la fuite, Glancia déguisée en homme. Ils se rendirent à Athènes où ils se livrèrent passionnément à l'étude et brillèrent bientôt, entre tous, dans la connaissance des sciences divines et humaines. Non seulement Athènes, mais toute la Grèce les avait en vénération. Ayant quitté Athènes pour Rome, ils eurent sans tarder, parmi leurs disciples, ce que la ville éternelle possédait d’esprits éminents. Si grand était le prestige de Glancia qu'à la mort du souverain pontife, toutes les voix des Romains acclamèrent son nom. Devenue pape, elle éleva son ami au cardinalat : cardinalatur Pircius amasius. Ils purent ainsi continuer de vivre dans la plus étroite intimité. Toute l'Eglise se réjouissait de leur administration. Mais l’amour mit bas leur masque. La papesse devint enceinte. Elle n'en continua pas moins ses fonctions, sans penser à la date de sa délivrance. Or un jour qu’elle
4, « Sicut mendose fabulatur Chronica martiniana », écrit l’auteur. €. Dœllinger, op. cit., p. 42-44, note,
se rendait processionnellement à Saint-Jean de Latran pour y célébrer une messe solennelle, elle fut prise des douleurs de l'enfantement et après avoir mis son enfant au monde, elle rendit l'âme. Le chroniqueur tire de tout cela une sage moralité et il ajoute : Papa, pater pauperum (patrum), peperit papissa papellum : « O pape, père des pauvres (?), la papesse a enfanté un petit pape. »
On pourrait citer encore quelques autres variantes de la légende. D'après une version insérée dans un manuscrit de la bibliothèque de Berlin !, la papesse n'aurait pas été mise à mort par les Romains ni ne serait morte des suites de son accouchement. Elle prit, nous dit-on, l’habit religieux et vécut assez longtemps pour voir son fils devenir évêque d’Ostie. Elle aurait désiré être inhumée dans la rue de la papesse, picus papissae, où elle mit son enfant au monde; mais son fils lui refusa cette faveur. Elle fut enterrée à Ostie, où ses reliques, dit le chroniqueur, continuent d'opérer des miracles ?.
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UNE SINGULIÈRE CONFIRMATION DE LA LÉGENDE PAR L'USAGE D'UNE CHAISE PERCÉE
La légende était ainsi en train de prendre mille formes différentes. Nul ne songeait, ni au xt