‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 30 sur 142 · Dans Platina, Le vite, t. I, p · texte numérisé non relu

Dans Platina, Le vite, t. I, p

Mais le peuple cherche volontiers aux choses les plus simples les raisons les plus profondes et les plus mystérieuses. Le détour de la procession ne pouvait, suivant lui, s'expliquer que par l'horreur

qu'inspirait au pape la vue de la statue et de l’ins-

cription; statue et inscription toutes deux énigma= tiques'. Un malin déchiffra l'énigme : la statue

représentait une papesse avec son enfant, et l’ins-

cription perpétuait le souvenir de son enfantement; au lieu de lire : P. Patri Patrum propria pecunia posuit, on lut : Parce pater patrum papisse prodere partum, telle est l'explication que fournit Étienne de Bourbon. D’autres, nous l'avons vu, donnèrent une leçon un peu différente, mais qui offrait absolument le même sens : Papa pater patrum papissae pandito partum, ou Papa pater patrum peperit papissa papellum.

La cérémonie de lajchaise stercoraire venait juste à point pour confirmer la légende. Pourquoi installer le nouveau pape sur une chaise percée, si ce n’est afin de contrôler son sexe? Et pourquoi ce contrôle, si ce n'est pour garantir l'élection contre la surprise et le scandale d’une nouvelle papesse?

L'énigme de la statue, de l'inscription, du détour de la procession papale, de la cérémonie de la chaise stercoraire, une fois déchiffrée, restait à déterminer le rang qu'occupa la papesse dans la suite des pon-

tifes romains, et à indiquer le nom qu’elle porta.

1. « Ad detestationem tamen papae Agnetis (Johannae) cujus ymago de petra cum filio suo propeS. Clementem in via recta extitit, per obliquum declinans. » Thomson, Chronicon Adae de Usk, p. 90 (cité par Thurston, art. cit., p. 461, note). La plupart des textes qui

signalent la mort de la papesse près de l’église Saint-Clément font:

la même remarque. Cf. Dœllinger, op. cit., p. 34 et passim.

Cette opération fut assez malaisée. L'opinion qui rallia le plus grand nombre de suffrages plaça, nous l'avons dit, la papesse entre Léon IV et Benoît III, et au petit bonheur on lui attribua le nom de Jean. La question de chronologie n’était pas pour embarrasser les chroniqueurs ni les fabricateurs de légendes au moyen âge. On savait que l'Église traversa une crise terrible aux approches de l’an mille. Dans le cours du x° siècle, trois femmes, Théodora épouse de Théophylacte, et ses deux filles, Marozie et Théodora, tinrent la papauté sous leur dépendance. Quatre pontifes du nom de Jean, Jean X (914-928), Jean XI (931-936), Jean XII (955-964), Jean XIII (965-972), figurent parmi les papes de ce temps. Le Saint-Siège devint alors l’objet du plus profond discrédit. « On comprend, dit M. Vernet!, que la légende de la papesse Jeanne soit venue de là. » Le dicton : « Nous avons des femmes pour papes », se présentait tout naturellement à la bouche. Benoît de Saint-André au mont Soracte, dans une œuvre très répandue au moyen âge — et qui fournit des matériaux à Martin Polonus — dit qu’à l’avènement de Jean XI, Rome tomba au pouvoir d’une femme (Marozie) et fut gouvernée par elle : Subjugatus est Romam potestative in manu feminae, sicut in propheta : Feminini dominabunt Hierusalem?. » « À lui seul, remarque le P. Lapôtre, un pareil document eût peut-être suffi à faire naître l'idée d'une femme ayant occupé le Saint-Siège, à créer la légende. » La femme dont parle Benoît de Saint-André « étant donnée par lui comme la parente

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