À moins que ce ne soit Wion lui-même
avec légendes explicatives, la liste des papes passés, présent et futurs, et d’avoir lancé au hasard, par manière de jeu d’esprit, quelques pronostics en faveur des prochaines candidatures à la papauté !. Des personnages tels que les cardinaux Castagna, Simoncelli, Santacroce, ou même Bellarmin et Baronius qui n'avaient pas encore reçu la pourpre, étaient tout à fait en vue à la cour pontificale. Le pseudo-Malachie se serait avisé de les désigner à l'attention publique par une devise qui leur convint :
Devises :
De Rore Caeli........ na le da deals Castagna. Ex Antiquitate Urbis....,...,..., ce Simoncelli. PimiCivulas:un béllo I Le Bellarmin.
CT ROME Re andre els ea see ss Santa Croce.
NAS M ee en se vec done scale Baronius.
Castagna, qui devint Urbain VII, était, en effet, archevêque de Rossano en Calabre, où, dit-on, on recueillait la manne : Episcopus Rossanensis, ubi manna colligitur, écrit Ciacconius. La devise De Rore Caeli s'ajustait donc parfaitement à son nom.
Ex antiquitate Urbis convenait à Simoncelli.
Mais, cette fois, la prophétie ou, si l'on veut, le pronostic fit fausse route. -
Il en fut de même de Pia Civitas in bello, que le P. Thurston applique à Bellarmin. Le mot Bello entre dans son nom, etle Pia Civitas désignerait Montepulciano, la patrie du saint pape Marcel II, dont Bellarmin était le neveu.
A qui le Crux Romulea conviendrait-il mieux qu’au cardinal Santa Croce, qui mourut en 1588,
4, Op. cil., p. 155-158.
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mais qui, dès 1585, c’est-à-dire au commencement
du pontificat de Sixte V, pouvait être considéré comme papable ?
Enfin, Baronius serait l'Undosus Vir de la prophétie. On connaît les armes de sa famille, qui
comprenaient des vagues ou ondes : Undosus (rap="
pelons-nous Æx undarum benedictione, appliqué à Boniface VIII). Ciacconius, qui était originaire d’'Espagne, ne pouvait ignorer que sir, en espagnol, se disait paron ou baron ; d'où Baronius — Undosus Vir.
Sans vouloir prendre parti entre les conjectures de Ménestrier-Harnack et celles du P. Thurston; que l’auteur de la prophétie soit Ciacconius ou même Wion, on peut assurer en toute sécurité que l’œuvre date de 1590 (vacance du siège pontifical) ou des environs de 1585 (pontificat de Sixte V).
Il faut donc abandonner les partisans de l’authenticité de la prophétiè de Malachie à leurs illusions, pour ne pas dire à leur mystification. Si l’on voulait avoir une preuve de plus de l’inanité de leur confiance, il suffirait de marquer les déceptions qu'ils se sont ménagées en ces dernières années. The Christian Trumpet, imprimée en Angleterre en 1875,
annonçait gravement que Pie IX aurait deux successeurs, dont l’un serait le pape légitime : Lumen in Caelo, et l’autre un antipape : /Zgnis Ardens. L'abbé Joseph Maître, au contraire, estimait que la devise Ignis Ardens pouvait symboliser « le zèle et la charité du pontife auquel elle s'appliquait, ou la violence des souffrances qu’il endurerait par suite d'une terrible guerre ou d’un cataclysme universel! ».
1. Les Papes et la Papauté d'après la prophétie attribuée à saint Malachié, p. 787.
re
L'abbé Chabauty, visant, en 1872, les devises : Ignis ardens et Religio depopulata, nous déclare que la première annonce un pontificat où s’accomplira la conversion du monde entier et où il n’y aura plus qu'un seul troupeau et qu’un seul Pasteur. « Cette conclusion, dit-il, — sans qu'il soit besoin de preuves — je la tire du texte évangélique : Zgnem veni mitltere in terram, et quid volo nisi ut accendatur. » Que peut signifier alors la devise : Religio depopulata ? « Elle représente un antipape!. » Benoît XV antipape! Voilà à quoi aboutit l'effort de ceux qui veulent lire par avance dans une œuvre énigmatique qui n’a de prophétie que le nom?. Rien ne montre mieux combien leur entreprise est vaine.
4. E.-A. CmapaurTy, Lettres sur les prophéties modernes, 2 édit., Paris, 1872, p. 249-220.
2. On pourra lire, dans l'Appendice I, les devises que le pseudoprophète applique aux derniers papes.
Les biographes n’ont pas manqué à sainte Geneviève. L'étude historique que M. l'abbé Lesètre lui a consacrée dans la collection « Les Saints », n’est
pas la seule qui alimente la piété des fidèles !.I1 semble qu'il n’y ait plus aucun moyen de renouveler le sujet. Pourtant la discussion sur les documents primitifs qui servent de fondement à cette histoire n’est pas encore définitivement close. Après Kohler?, Narbey*, Krusch*, Duchesne*, Künstle 5, l’éminent
4. On peut voir une bibliographie assez détaillée dans Charles Kohler, Etude critique sur le texte de la Vie latine de sainte Geneviève de Paris, Paris, F. Vieweg, 1881 (Bibliothèque de l'École des Hautes Etudes, fasc. 48), p. 1-1.
2, Op. cit., dans la note précédente, et La vie de sainte Genevièvé est-elle apocryphe? dans Revue historique, 1898, t, LXVII, p. 182-220,
3, C.Narbey, Quel est le texte de la Vie authentique de sainte Geneviève? Etude critique suivie de la vie authentique et de la traduction, dans Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Paris, avril 4884,
4. Bruno Krusch, Die Falschung der Vita Genovefæ, dans Neues Archiv der Gesellschaft für altere deutsche Geschichtskunde, 4893, t. XVII, p. 11-50 ; Das Alter der Vita Genovefæ, même revue, 4894, t. XIX, p. 444-459; cf. Monumenta Germantiae historica, in-4°, Rerum Merovingicarum scriptores, Hanovre, 1896, t. III, p. 200 sq.
5. L. Duchesne, La Vie de sainte Geneviève est-elle authentique? dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1893, t. LIV, p. 209-214; Bullétin critique, 1897, 2° série, t. III, p. 473-476.
6.C.Künstle, Vita sanclae Genovefaevirginis, Parisiorum patronae Prolegomena conscripsit, textum ediditC. K., Leipzig, 4910,
directeur de l'Institut historique belge de Rome, M. Godefroid Kurth, à qui les questions mérovingiennes sont particulièrement familières, vient d'intervenir dans le débat. Ses conclusions seront-elles toutes acceptées par les critiques? On peut en douter. Il faut néanmoins reconnaitre que, son témoignage entendu, tout a été dit sur le Vita Genovefae, son authenticité et sa valeur historique.
Nous donnerons en appendice une étude appro-
fondie sur la classification des manuscrits, que M. Krusch range en quatre séries ou recensions différentes, désignées par les lettres À, B, C, D. Qu'il nous suffise de dire ici que la recension B représente pour nous le texte primitif, qui a subi quelques interpolations dans la recension A. L'appendice contiendra aussi quelques pages consacrées à établir l'authenticité du Vite Genovefue.
Mais si l'ouvrage est authentique, quelle en est la valeur documentaire?
Cette question en suppose une autre : quel est l’auteur du Vita Genovefae ?
Il est clair que le biographe de sainte Geneviève « connaît bien son Paris : le baptistère, le pont de la cité, l’église Sainte-Geneviève avec ses portiques et ses fresques, la distance de Paris à Saint-Denis et à Nanterre, tous ces détails sont de quelqu'un à qui le cadre du récit est familier. C’est un Parisien quia écrit le Vita Genovefae? ».
Ajoutons, si l’on veut, qu'il était attaché à l’église
4. G. Kurth, Étude critique sur la Vie de sainte Geneviève. Extrait de la Revue d'histoire ecclésiastique, n° 1, Louvain, 1943, t. XIV. 2, Kurth, 0p. cil., p. 76 (74).
« die
Sainte-Geneviève ou des Saints-Apôtres. Il est difficile de préciser davantage!.
Il n’a pas con nu sainte Geneviève. Pour alimenter son récit, « il n'a eu d’autre ressource que la tradition orale. Il s’y réfère souvent par des expressions comme aiunt, fertur'; il déclare en outre avoir vu la fiole qui s'était miraculeusement remplie d'huile à la prière de sainte Geneviève ?. Il serait oiseux de démontrer qu'il n’a eu à sa disposition aucune source écrite : le mot Zectio qu'il emploie à deux reprises ne désigne que son propre texte. »
Il est cependant un homme cultivé. Ilcite Virgile‘ et Pline l'Ancien; les paroles de la Bible lui sont familières; il connaît le Pasteur d'Hermasf, les écrits de Sulpice-Sévère 7et de Sidoine-Apollinaire, le Vita Juliani ® et vraisemblablement aussi le Fifa Germani!®,
4. M. Kurth, remarquant « que l’auteur connait particulièrement les relations de Geneviève avec Meaux », estime ‘ qu'il n’est pas téméraire de conclure qu’il est, sinon de Meaux même, au moins des environs ». La conjecture nous semble un peu hardie.