Vita B
5. D'après le Vita Germanti (V, A), c'est à la suite d’un message des évêques de la Grande-Bretagne que les évêques de la Gaule se réunirent en synode et députèrent saint Germain et saint Loup. Suivant la Chronique de Prosper d’Aquitaine (P. L., t. LI, col. 594}
leurs diocèses avec l'intention de passer par Paris. Il semble qu'une voie plus courte aurait pu les mener d'Auxerre, par Troyes, Arcis-sur-Aube, Chälons-sur-Marne, Reims, Soissons et Amiens (ou par Meaux, Beauvais et Amiens) jusqu’à Boulogne où ils devaient s’embarquer. « Mais les rivières, ces chemins qui marchent et qui portent où on veut aller », offraient aux voyageurs des facilités et aussi une sécurité que l’on ne méprisait pas à cette époque. Les deux saints s’embarquèrent donc sur l'Yonne, puis descendirent la Seine en bateau jusqu’à Lutèce dont les « nautes », déjà mentionnés du temps de Tibère !, faisaient le service de la batellerie sur le fleuve, assez loin en amont eten aval. De Lutèce, ils devaient poursuivre commodément leur voyage jusqu'au-dessous du confluent de l'Oise, en un point où s’amorçait, sur la voie latérale à la Seine, une autre voie romaine qui remontait directement à Boulogne par Beauvais et Amiens?. »
S'arrêtèrent-ils au village de Catolacus pour y
le pape Célestin aurait pris lui-même l'affaire en main et, par l'intermédiaire d’un diacre du nom de Palladius, aurait invité saint Germain à se rendre dans l’île de Bretagne. Le Vita Germani est d’accord avec le Vita Genovefae sur la mission de saint Germain et de saint Loup. M. Krusch avait nié cette coïncidence (Neues Archiv, t. XVIII, p. 2). Mais son erreur a été rectifiée en 1903 par M. Levison (arf. cit. p.413). M. Kurth (op. cit., p. 52) estime que sur ce point l’auteur du Vita Genovefae ne s’est pas inspiré du Vila Germani de Constance. C'est aussi le sentiment de M. Kohler (op. cil., p. Lxx1n). Avec Mer Duchesne (art. cit., p. 217-2A8) nous croyons le contraire. « 11 est vrai que le Vita Germani ne parle pas de l’entrevue du saint avec Geneviève, mais cela se conçoit; elle n’avait dans la vie de l’évêque aucune importance, tandis qu'elle en avait une énorme dans celle de la sainte. Voilà pourquoi, remarque M. Kurth, op. cit., p. 52 (50), le biographe de l’un a pu l’omettre et pourquoi le biographe de l’autrea dû la rapporter. »
4, La corporation des « nautes » parisiens avait sa flotte à Andrésy, près du confluent de l’Oise, et son préfet à Paris même,
2, Lesêtre, op. cil., p. 9.
vénérer le tombeau de saint Denis? Du moins leur barque fit escale à Nanterre. Leur présence mit tout le village en émoi !. Comme ils se rendaient à l’église, pour y prier, hommes, femmes, enfants se précipitèrent surleurs pas. Geneviève était du nombre des curieux. Germain l’aperçut et eut comme un pressentiment de sa grandeur future. L'ayant fait approcher, il la baisa au front et demanda à la foule quelle était cette enfant, quels étaient ses parents. « Elle se nomme Geneviève », répondit-on. Avertis par la rumeur publique, Sévère et Gérontia se présentèrent devant l'évêque. « Cette enfant est votre fille », lear dit-il. « Oui, seigneur. » « Heureux parents! reprend Germain, comme inspiré. Cette enfant sera grande devant le Seigneur. Témoins de sa vie et de ses saintes résolutions, beaucoup renonceront au péché etse convertiront. » Et se tournant vers le front pur : k Geneviève, ma fille », dit-il. « Parlez, seigneur. » « Veux-tu te consacrer au Christ dans la sainteté, devenir son épouse et lui donner à jamais ton âme et ton corps? » La grâce agissait dans l'enfant. « Vous me demandez justement ce que je désire : oui, père saint, je le veux et je demande au Seigneur de combler mon désir. » « Eh bien ! aie confiance, ma fille, ce que tu crois de cœur et confesses de bouche, tâche de le réaliser par les œuvres. Le Seigneur t'accordera force et courage. »
Les évêques se rendirent à l'église; Geneviève les y suivit. Pendant qu'ils récitaient nones et vêpres, saint Germain tint la main levée sur la tête de l'enfant comme pour attirer sur elle les bénédictions du