‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 59 sur 142 · Vita B · texte numérisé non relu

Vita B

2. Cf. Grégoire de Tours, Gloria martyrum, Lxxi1, et Historia Francorum, V, XXXII.

3. Sur cette translation et la date, cf. Julien Havet, Les origines de Saint-Denis, p. 7-21.

4. Cf, Julien Havet, Saint-Denis-de-l'Etrée, ibid., p. 22-31. Au xu® siècle, Suger disait encore (Opera, éd. Lecoy de La Marche, p. 339) : « In Strata vero ubi dominus noster post Dominum ter beatum Dionysius toto trecentorum annorum tempore quievit. »

5, Miracula S. Dionysii, 1, 24, dans les Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, t. II, p. 351; Mabillon, Œuvres posthumes, t. II, p. 342.

troupe à travers l'obscurité encore profonde. Une rafale du vent eut vite fait d’éteindre le flambeau. Le sol était détrempé, la pluie tombait à verse. Le cortège dut s’arrêter, frappé de crainte et ne sachant comment se diriger à pareille heure en pleine campagne. Geneviève se fit alors remettre le cierge éteint et, à peine l’eut-elle saisi, qu'il se ralluma de lui-même. Elle le porta ainsi jusqu’à la basilique : la flamme défia toutes les fureurs de l'ouragan, et le cierge acheva doucement de se consumer pendant qu’elle faisait ses oraisons, prosternée sur le pavé du sanctuaire !.

Nul miracle ne pouvait mieux symboliser la vertu de Geneviève. Ne semble-t-il pas qu’elle ait reçu de saint Denis le flambeau de la foi, non seulement pour l'entretenir au sein de la cité parisienne, mais encore pour le transmettre à la nation des Francs qui venait de faire son appârition sur le sol de la Gaule? « Nos pères avaient compris, à ce qu’il semble, ce rôle de la sainte. Ils la représentaient avec un cierge allumé à la main. Parfois, pour rendre le symbole plus expressif, ils ajoutaient, au-dessus des épaules de la vierge, d’un côté un démon qui cherchait à éteindre la flamme (avec la bouche ou avec un soufflet), de l’autre un ange ? », qui rallumait le cierge ou l’empêchait de s’éteindre,

4, Ibid. 19-20.

2. Lesêtre, op. cit., p. 71. Le portail des Libraires, à la cathédrale de Rouen, offre de cette particularité iconographique un exemple typique. Cf. Mie Pillion, Revue de l'art chrétien, novembre-décembre 1913, p. 372-373. Le Louvre possède aussi une belle statue du même genre (débuts du xmr° siècle) qui provient de l’ancienne église Sainte- Geneviève de Paris. Cf. Cahier et Martin, Caractéristique des saints, Paris, 1867, t. I, p. 197. Cf. Ch. Kohler, op. cit, p. x, note, et P: XVI.

C'est de la dévotion témoignée par Geneviève au premier évêque de Paris qu'est né, on peut le dire, ou du moins s’est singulièrement développé le culte de saint Denis. Au v° siècle comme au rv°, les églises rivalisaient de zèle pour le culte des martyrs en général et surtout des martyrs locaux. 11 semble que le clergé parisien soit resté à cet égard plus froid que de raison. 11 entra sans doute avec générosité dans les desseins de la vierge de Nanterre. Mais c'est bien à Geneviève que revient l'initiative des honneurs que devait recevoir désormais l’apôtre de Paris. La basilique construite sur son tombeau, en assurant la publicité de son culte, en assurait également la perpétuité. Dagobert I° ne fera que continuer l’œuvre de l’humble vierge. C'est un peu grâce à elle que saint Denis fera plus tard si grande figure dans l’histoire de France.

Pendant que Geneviève exaltait ainsi le fondateur de l'Église de Paris, d’autres entreprenaient de susciter et de répandre le culte de saint Martin de Tours. Si le culte des martyrs remonte aux premiers âges du christianisme, celui des simples confesseurs est d’origine plus récente. On n’en trouve pas de trace en Gaule avant le v° siècle. L'un des premiers confesseurs qu'on ait honorés fut saint Martin, le troisième évêque de Tours !, mort, selon des calculs récents, à la fin de l’année 396 ou au commencement de 397 ?.

4. Nous lisons bien que saint Martin fit transporter dans la basilique construite par saint Lidoire le corps de saint Gatien qui avait été d’abord inhumé dans le cimetière commun des chrétiens (Grégoire de Tours, Hist. Franc. lib. X, xxx1). Mais il n’est pas ici question de culte public.

2, C’est le sentiment de M. Babut, Saint Martin de Tours, Paris,

Déjà, de son vivant, les éléments de sa canonisation étaient préparés. Sulpice-Sévère n'avait qu'à publier le Vita Martini ! pour qu’on sût que l'Église de Tours venait de perdre un pontife qui était légal des martyrs, sinon l’égal des apôtres ?. L'ouvrage eut un vif succès, surtout au loin, à Rome, en Afrique et en Orient *. À Tours, le triomphe de Martin n’éclata pas dès la première heure. Il semble pourtant que les honneurs du culte lui furent rendus par son successeur immédiat, saint Brice, qui fit bâtir, vers 437, une basilique sur son tombeau !. Cette basilique était modeste, plus modeste même que celle que Geneviève avait élevée sur le tombeau de saint Denis. Un poète contemporain en parle ainsi : « Le corps de Martin, que la terre entière tient pour vénérable, où reste vivante la gloire du défunt, ici, on ne l'avait recouvert que d’une grossière construction en * bois, bien indigne dun tel confesseur, et les habitants voyaient tous les jours avec honte la gloire de l'homme si grande, le décor du lieu si pauvre ÿ. »

4913, p. 276. Mz Duchesne (Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. II, p. 299) estime que Martin est mort le 8 novembre 397.

4. Sur la composition du Vita Martini, cf. Babut, op. cit., p. 34 sq.

2. « Nam licet ei ratio temporis non potuerit praestare martyrium, gloria tamen martyris non carebit qua voto et virtute et potuit esse et voluit. » Sulpice Sévère, Epist., u, 9; cf. 12: « Implevit sine cruore martyrium », etc. « Per omnia similem apostolis.» ÆEpist., 1, 45. « Consertus apostolis ac prophetis et in illorum justorum grege nos secundus. » Epist., n, 8. Cf. Babut, op. cit., p. 233 sq.

3. Sulpice-Sévère, Dialog., 1, 23, 3-7; cf. 1, 26, 2-3; 1, 47, 4.

4. « Hic (Bricius) basilicam parvulam aedificavit super corpus beati Martini. » Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. X, xxx. M. Babut, pour des raisons qui nous paraissent plutôt faibles (Saint Martin, p. 292), veut que la basilique ait été bâtie par Justinien, l’évêque intrus de Tours (430-437). La date, en tout cas, oscillerait entre 430 et 440.

5. Sidoine Apollinaire, Epist., 1v, 48; cf. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 484 ; Babut, op. cit., p. 297.

SAINTE GÉNEVIÈVE. 4, 97

C'est alors que Perpétuus, sixième successeur de Martin (461-491), remplaça la chapelle primitive par une nouvelle basilique, qui allait devenir le plus fameux sanctuaire de la Gaule.

Comme Geneviève dut la visiter, on nous permettra de la décrire ici sommairement.

Les dimensions que Perpétuus avait adoptées étaient vraiment imposantes pour l’époque et pour le lieu : 47 mètres du porche à l’abside, 17 m. 75 de large et 13 m. 32 de haut; cinquante-deux fenêtres y jetaient la clarté à profusion !. « La décoration de l'édifice fut aussi riche que le permettait le malheur des temps. Perpétuus avait dù exploiter, pour orner son église, ce qui subsistait des temples antiques de la région, caril y réunit cent vingt colonnes et colon= nettes. Il fit peindre au tympan des portes et sur les parois intérieures des scènes de l’histoire évangélique et de la vie de Martin, commentées par de copieuses légendes en prose et en vers. Le tombeau, recouvert d'une dalle de marbre qu'avait donnée l’évêque d’Autun Euphronius, occupait l’abside, qu'on avait faite spacieuse en vue du défilé des pèlerins; sur la paroi de cet hémicycle fut gravé ou peint un petit poème de Sidoine Apollinaire dont la matière avait été fournie par Perpétuus lui-même. C'était la pièce de choix des inscriptions de la basilique ?. »

Commencée en 461, l’église Saint-Martin fut achevée en moins de cinq années. « Il semble que Perpétuus ait pu la consacrer dès le 4 juillet 465 #.

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