‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 60 sur 142 · Sur cette date, cf, Babut, op. cit., p. 292, note · texte numérisé non relu

Sur cette date, cf, Babut, op. cit., p. 292, note

Le jour de la dédicace, qui fut célébrée avec un grand concours d’évêques et de prêtres du dehors, fut le grand jour de son épiscopat. »

Il n'avait pas attendu cette date pour attirer ses collègues et la foule au tombeau de saint Martin. L'année même de son élection, il avait réuni en concile, aux environs du 11 novembre, les évêques du Mans, de Bourges, de Nantes, de Châlons, de Rouen, de Rennes, d'Angers, un évêque des Bretons, un autre évêque de siège inconnu, qui célébrèrent avec lui la fête du glorieux pontife. Les fêtes du 4 juillet et du 11 novembre ! furent ainsi consacrées par Perpétuus ? et devinrent les dates par excellence du pèlerinage à saint Martin de Tours.

Les miracles qui s’accomplissaient sur son tombeau eurent dès lors un énorme retentissement. « Ici, dit Paulin de Périgueux d'après Perpétuus, les aveugles-néss ’émerŸeillent de contemplerlalumière; les boiteux voient leurs membres grandir et prennent une course allègre ; les sourds perçoivent les sonset les distinguent; autant de sortes de maux, autant de genres de guérisons. ; ici s’assemblent, de toutes les régions du monde, des légions de pèlerins; par milliers, ils apportent leurs multiples requêtes et prodiguent leurs prières ÿ. »

De ce nombre fut Geneviève : soit pure dévotion, soit quelque autre motif qui l’ait guidée, on la voit entreprendre le voyage de Fours.

4, Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique,t.XNI, p. ot 772, note 1v.

2. Cf. Babut, op. cit., p.30%sq.; Vacandard, Revue du Clergéfrançais, octobre 4943, p. 76-77.

Ron de Périgueux, De Vita Martini, NI, 159-463; VI, 34-38: cf.

éme. n Lù di. -

Elle passa par Orléans, nous dit son biographe. Cette ville ne pouvait manquer d'évoquer chez elle le souvenir d’Attila et du pontife qui, en 451, avait été le glorieux défenseur de la cité. Qu'elle ait visité le tombeau de saint Aignan, rien de plus probable ; qu’elle ait prié dans une basilique déjà érigée en son honneur, cela nous paraît plus douteux !.

Il semble que la vierge parisienne ait pénétré dans Orléans, précédée de sa réputation de sainteté. Un esclave qui avait manqué gravement à ses devoirs s'adresse à elle et la prie d’intercéder pour lui auprès de son maître irrité. Celui-ci ne veut rien entendre. « Si vous méprisez ma supplication, lui dit Geneviève, sachez que mon Seigneur Jésus-Christ, qui est toujours prêt à pardonner, ne la méprisera pas. » Rentré chez lui, le maitre fut pris d'une fièvre violente et, de la nuit, ne put goûter aucun repos. Persuadé que cet accès de maladie était un châtiment de la dureté qu'il avait montrée vis-à-vis de son serviteur, il alla dès le matin se jeter aux pieds de Geneviève et s'engagea à lui donner satisfaction. Geneviève fit sur le malheureux un signe de croix et aussitôt, nous dit-on, la fièvre le quitta. L’esclave rentra du même coup en grâce auprès de son maître?.

D'Orléans à Tours la distance est d'environ six cents stades. Geneviève la franchit à petites journées, en barque, sur la Loire. À peine avait-elle mis le pied sur le sol de la cité tourangelle que des énergumènes, sortis de la basilique construite par Per= pétuus, s’avancèrent au-devant d'elle, en criant qu’ils

4. Le Vita À 42 mentionne une visite de Geneviève à la basilique de Saint-Aignan. Nous croyons à une interpolation.

étaient tourmentés par Geneviève aussi bien que par saint Martin. Pénétrant dans l’église, la jeune fille y trouva d’autres démoniaques, qu'elle guérit d'un signe de croix. Les malheureux ainsi délivrés déclaraient à qui voulait les entendre que les doigts de Geneviève posés sur eux les avaient brülés, comme auraient fait des cierges allumés d’un feu céleste.

La vierge parisienne s’att arda quelques jours à Tours, suivant fidèlement les exercices religieux qui s’accomplissaient près du tombeau de saint Martin, Cherchant l'ombre et la paix, elle s’agenouillait et priait de longues heures,- perdue au milieu de la foule obscure, dans un coin de la basilique. Une nuit qu'elle assistait aux offices de la vigile, un des chantres fut pris subitement de folie et se mit à déchirer ses vêtements et ses membres. Finalement et comme par instinCt, il quitta le sanctuaire et s’en alla droit à Geneviève. Celle-ci comprit qu’elle avait affaire à un dément assailli par l'esprit mauvais. Elle ordonna au démon de quitter le corps qu'il tourmentait, et aussitôt l’homme fut guéri.

L'hagiographe qui rapporte ces faits a sûrement voulu moutrer que la vierge parisienne, en accomplissant de tels miracles à Tours même, méritait d'être comparée au plus grand thaumaturge de la Gaule. Il n’en reste pas moins vrai que le pèlerinage qu'elle fit à saint Martin était de nature à grandir encore parmi ses contemporains l'estime et le respect qu'ils professaient déjà pour le glorieux pontife. Saint Martin et saint Denis sont, à l’époque mérovingienne, nos grands saints nationaux. Ce sera l'éternel honneur de Geneviève d’avoir contribué, dans

une certaine mesure, par son exemple, à développer leur culte.

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