‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 61 sur 142 · SON ACTION PUBLIQUE ET SOCIALE · texte numérisé non relu

SON ACTION PUBLIQUE ET SOCIALE

Ce n’est pas seulement à Orléans et à Tours que l’hagiographe signale la présence de Geneviève ; la vierge parisienne nous apparaît comme une éternelle voyageuse, et partout les miracles éclosent sous ses pas.

On voudrait savoir quelles affaires l'appelèrent à à Laon ‘, où il semble qu’elle ait été pieusement attendue par la population. Une grande foule, nous diton, vint à sa rencontre. Sa réputation de thaumaturge l’y avait précédée. Les parents d’une jeune fille que la paralysie retenait au lit depuis neuf ans, implorèrent son assistance. On la conduisit auprès de la malade. Geneviève réchauffa dans ses mains les membres perclus et, après avoir longuement prié, elle ordonna à la jeune fille de se vêtir et de se chausser. La paralytique se leva et se rendit à l’église pour remercier Dieu de sa guérison. La population l'y suivit. Tous se confondirent en actions de grâces et, lorsque l'heure fut venue pour Geneviève de reprendre le chemin de Paris, les Laonnais reconnaissants

4. « Lugdunense oppidum », Vita B 23. M. Krusch (Neues Archiv, t. XVIII, p. 37) est fort embarrassé, pour sa thèse, de cette forme Lugdunum qui désigne Laon. En 627, on trouve déjà Laudunum. L'auteur aura voulu faire de « l'archaïsme », dit-il : gelehrte Rückbildung. M# Duchesne trouve plaisante une pareille réflexion (Biblioth. de l'École des chartes, t. LIV, p. 216-217). Cf, G. Kurth, Étude crilique sur la vie de sainte Geneviève, p.69.

l’'accompagnèrent jusqu'aux portes de la ville et au delà !. |

Les malheurs publics, pas plus que les misères | privées, ne prenaient Geneviève au dépourvu. Son siècle fut un siècle de calamités pour la Gaule. Et comme toutes les villes un peu importantes, Paris | eut à en souffrir cruellement. Dans les pires circons- | tances Geneviève se montra la véritable « mère de la | patrie ».

Au début de l’année 451, le bruit se répandit que & la Gaule était menacée d’une nouvelle invasion de barbares. Les vieillards et les hommes mûrs savaient ce que pouvait signifier un pareil avertissement. L'invasion de 406 était encore dans toutes les mémoires. On ne pouvait se rappeler sans frémir les ravages exercés par les hordes qui avaient traversé le Rhin. « Tout l’espaée compris entre le Rhin et l'Océan, entre les Alpes et les Pyrénées, les Quades, les Vandales, les Sarmates, les Alains, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alemans etles Pannoniens l’avaientdévasté. Mayence étaitrui= née de fond en comble: on avait massacré dans l’église plusieurs milliers d'hommes qui s’y étaient réfugiés?. » Puis, ç'avait été le tour de Reims, d'Amiens, d'Arras, de la Morinie, de tout le nord de la Gaule; la région entière fut dépeuplée. Du nord les barbares se précipitèrent vers le sud, comme une avalanche. La Lyonnaise, l’Aquitaine, la Narbonnaise et la Novempopulanie, à l'exception de quelques villes, devinrent leur proie. Nombre d'habitants qui avaient - échappé au glaive furent victimes de la faim. Il sem-

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