‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 8 sur 142 · Eusèbe, Hist. eccles., II, xxv · texte numérisé non relu

Eusèbe, Hist. eccles., II, xxv

du texte authentique. « Denys écrit au sujet des deux apôtres : ei rhv ’Irahlav éuôce GuBaEavres. On traduit use par «en même temps ». Mais éuôse signifie « vers le même lieu ». On doit donc lire : « Ils sont allés enseigner au même endroit en Italie. » Cette interprétation est la seule qui s'accorde avec le contexte, Suivant l’auteur, les deux apôtres avaient joué le même rôle à Rome et à Corinthe; or, nul ne pré=. tendait qu'ils eussent prêché ensemble à Corinthe. Ainsi le texte de Denys n'a rien à voir avec la légende postérieure. Par suite, son témoignage reprend toute sa valeur, comme ceux d'Ignace, d'Irénée, de Tertullien ou d’autres. Tous cesécrivains croyaient que Pierre et Paul avaient contribué à l’organisation de l'Église romaine! », bien qu'ils ne voulussent pas parler d'un apostolat simultané.

C'est de 170 à 200 que datent les témoignages de Denys, d'Irénée, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, de Tertullien et de Caius. On trouvera peut-être qu'une tradition qui n’est attestée qu'environ cent ans et plus après les faits, si générale soit-elle, est un peu tardive. Mais à ces témoignages on peut en joindre d'autres, qui, sans être aussi explicites qu'on. le voudrait, « ne laissent pas d'être assez suggestifs ». Et ceux-là rejoignent l'époque apostolique : nous voulons parler de l'Épître aux Corinthiens de Clément romain, de la Prima Petri et de l'Épitre aux Romains d'Ignace d'Antioche.

Ces textes sont trop obscurs, dit-on, pour qu'on puisse en faire état. « On ne les jugerait peut-être pas si obscurs, répond M. Monceaux, si l'on ne com-

4, Art. cit., p.224.

mençait par les obscurcir en les traduisant mal, C'est le cas, par exemple, pour l'Épitre aux Corinthiens! de Clément romain, où l’on se transmet religieusement un contresens. On lit dans le texte grec : Adébwuey po épÜaAuaov fév vos &yañobs drostékou. On traduit, je ne sais pourquoi, par « devant nos yeux». Mais alors fuôv est une platitude etune incorrection. Dans les expressions de ce genre, xpo éphaluüv, êv GpOzluoïs, xat’ épÜœuous, ne figure pas le pronom personnel ni le possessif : il esttrop évident qu'on ne regarde pas avec les yeux du voisin. Le bon sens indique ici qu’on doit rapporter fuüv à ce qui suit et traduire : « Jetons les yeux sur z0s vaillants apôtres. » La place du mot fuüv s'explique d'elle-même. Après les généralités l’auteur allègue le témoignage précis des martyrs locaux, des fondateurs de son Église; il place donc fuüv en vedette, avant vob éyabobe &rosréhouc. Il le fait d'autant plus volontiers que les apôtres de Rome sont aussi les apôtres de Corinthe, et qu'il s'adresse aux Corinthiens. Enfin le fuüv est en rapport direct avec le +%< yeveäç fuüv qui précède? et avec le ëv futv qui suit?. < | « Dès lors, tout le passage devient clair et l’on reconstitue aisément la suite d'idées ‘. Clément va citer des exemples empruntés à l’histoire récente des fondateurs et des martyrs de son Eglise (Aééwuev As yeveñs Auoy Ta yervala brodelyuara). En effet les communautés des premiers temps n’honoraient que les martyrs locaux, ceux dont elles possédaient les

4, Ep. I ad Corinth., v,3.

2, Ep. I ad Corinth., v,1.

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