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visage, et les meneurs de l'affaire voulurent:frapper un grand coup en confrontant avec l’aventurière les deux frères de Jeanne d'Arc. Pierre.et Petit-Jean se laissèrent prendre au piège. On leur dit : « Reconnaîtriez-vous bien votre sœur, ‘que vous croyez arse ? » Et ainsi prévenus, « tantost qu'ils la virent, ils la congneurent, et aussi fist-elle eux ».Ce sont eux qui la reconnurent les premiers. Le tour était joué ; il n'était plus difficile à la fausse Jeanne d'Arc de reconnaître ses frères.
Je laisse de côté la présentation à sir Nicolle Lowe et les « enseignes » par lesquelles il la reconnut comme « la Pucelle Jehanne de France qui amoinnat (amena) le roi Charles à Reims! ». Il convient pourtant de noter que, « lorsqu'on voulait qu’elle avait esté arse à Rouen, en Normandie », elle montrait quelque embarras et « parlait le plus de ses paroles par paraboles, et ne disait ne fuer ne ans (ni dehors, ni dedans) de son intention ». Évidemment la nouvelle Pucelle craignait de se compromettre par des propos qui eussent été révélateurs de sa supercherie.
Nous ne la suivrons pas à Marville nià Notre-Dame de Liesse, « Quand elle fut à Arlont, elle était toujours près de Madame de Lucembourg et y fut grant pièce jusques à tant le fils le comte de Warnenbourg l'emmoinoit à Cologne; et l’aymoit le dit comte très fort et tant que, quand elle en volt venir, il lyfist faire une très belle curesse (cuirasse) pour ‘elle :armer : et puis s’en vint à la dite Arlont, et là fut faictlemariage
4. M. Grillon de Givry prend (op. cit., p. 41) les « enseignes » pour des soldats « quiavaientassisté au sacre de Charles VE à Reims ». 11 semble bien qu'il s'agitde « signes » naturels ‘sur la peau. Cf. La Curne, et Anatole France, op, cit. t.II, p. 409-410.
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de messire Robert des Harmoises et de ladite Jeanne la Pucelle, et puis après s’en vint ledit sieur des Harmoises avec sa femme la Pucelle demeurer en Metz.»
Nous permettra-t-on de faire un rapprochement entre ce passage de la Chonique de Thibault et le récit du Formicarium de Jean Nider? Celui-ci nous parle d’une aventurière qui se disait la Pucelle de France et qui vint à Cologne en compagnie du jeune comte de Wirtemberg. Pendant son séjour en cette ville, elle opéra certains prestiges qui la rendirent justiciable du tribunal de l’Inquisition. Mais « le comte qui la chérissait fort et qui la protégeait » prit soin de la soustraire à l'inquisiteur; « il la fit sortir de Cologne en cachette et la conduisit en France où elle épousa un chevalier!.» Le,comte de Wirtemberg dont parle Nider ne serait-il pas le comte de Warnembourg qui conduisit la fausse Pucelle à Cologne, comme le veut le doyen de Saint-Thibault de Metz? Avec tous les historiens de Jeanne d'Arc, nous inclinons fort à admettre cette identité. M. Grillon de Givry la nie, mais pour des motifs dénués de critique.
Le mariage de la prétendue Pucelle avec lechevalier des Harmoises (ou des Armoises) est un fait incontesté. Si le contrat de mariage n’a pas été entre les mains de Jérôme Vignier, comme celui-ci l’a prétendu ?, le contrat de vente où figure le nom de Robert des Armoises à côté de celui de sa femme Jeanne la
1. Jean Nider, loc. cit. Est-il vraisemblable qu’il y aiteu en même temps à Cologne deux prétendues pucelles ?
2. Jérôme Vignier est, comme on sait,un tel faussaireet a inventé de toutes pièces tant de documents qu'on ne peut admettre l’existence d’un document qu’il n’a pas même produit. Cf. G. Lefèvre-Pontalis, op. cil., p.22.
Pucelle est bien authentique!. Sont pareillement authentiques les Comptes de la ville d'Orléans qui identifient la Pucelle avec la dame des Armoises. On ne peut douter davantage qu'en 1439 les bourgeois d'Orléans ont reconnu Jeanne des Armoises pour la vraie Jeanne d'Arc leur libératrice. Ce que nous n’admettons point sans preuve (et cette preuve, M. Grillon de Givry n’a su la fournir), c'est que la mère de Jeanne, Isabelle Romée, ait partagé la méprise commune. :
D'Orléans, il semble que Jeanne des Armoises se soit rendue à Tours, d’où elle adressa une lettre à Charles VII. Les comptes de la ville portent que « Jean Drouart reçut la somme de 60 sous pour être allé à Orléans porter lettres clouses que Mgr le bailli (de Tours) rescripvoit au roy, nostre sire, touchans le fait de damme Jehanne des Armoises, et une lettre que laditte damme Jehanne escripvoit audit seigneur ».
Reprit-elle alors du service dans les armées royales? M. Grillon de Givry n’en doute pas, etil apporte en témoignage de son opinion le texte d’une donation faite à « messire Pierre du Lys », en 1443. D'après cet acte, Pierre du Lys « se partist de son pays pour venir au service du roy, notre dit seigneur, et de Monsieur le duc (d'Orléans), en la compagnie de Jehanne la Pucelle sa sœur, avec laquelle jusques . à son absentement et depuis jusques à présent, il a exposé son corps et ses biens audit service, et au fait des guerres du Roy, tant à la résistance de anciens ennemis du Royaulme, qui tindrent le siège
1. Dom Calmet, Histoire de Lorraire, 41° éd., t, III, col. cxcv; 2° éd., 2. VI, col. cv; cf. Grillon de Givry, p. 12-13,
devant la ville d'Orléans, commeà plusieurs voyages faits etentrepris par le Roynostre dit seigneuret ses chefs de guerre! ». M. Grillon de Givry met l'accent sur ce membre de phrase : ex la compagnie de Jehanne la Pucelle, sa sœur, jusques à son absentement, et depuis jusqu'a présent. Jeanne d'Arc aurait donc, dit-il, accompagné Pierre du Lys: jusqu'au jour où elle s’absenta et même « jusqu’à présent », c'est-à-dire jusqu’en 1443. La phrase, selon nous, comporte un autre sens : Pierre du Lys dirait tout simplement (car c'est d'après sa requête que l'acte fut dressé) qu'il guerroya avec sa sœur jusqu'à son absentement et qu’il continua, depuis, de servir le roi jusqu’à présent, même après l’absentement de la Pucelle?.
Est-ce à dire.qu’on n’entendit plus parler de Jeanne des Armoises après 1439? Quoi qu'en pense M. Grillon de Givry, c’est/bien d'elle qu’il s’agit dans: le Journal d’un Bourgeois de Paris sous Charles: V1 et Charles VII, à la date du mois d'août 1440: « En cestuy temps, y lisons-nous, en admenèrent les gens d'armes une laquelle fut à Orléans très: honorablement receue, et quant elle fut près.de Paris, la grande erreur commença de croire fermement: que c’estoit la Pucelle, et pour cette cause l'Université: et: le: Parlement la firent venir à Paris bon gré mal:gré;, et fut monstrée au peuple au Palais.sur la pierre demarbre en la.grand'cour, et la fut prêchée et: traittée savie et tout son-estat, et dit qu’elle n’était pas:pucelle’et
4. Vallet de Viriville, Cabinet historique, t: VIIT (1862), p: 134139; Quicherat, Procès,t. V, 212-244; Grillon de Givry, p. 33.
2. Cf. Vallet: de. Viriville, loc: cit:; G, Lefèbvre-Portalis; op. cit. p. 28.
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qu’elle avait été mariée à un chevalier dont elle avait deux fils », etc.!.
M. Grillon de Givry reconnaît volontiers que « ce passage renferme un singulier mélange de traits appartenant à l'histoire de Jeanne des Harmoises? ». Mais il conteste qu’il s'agisse d'elle sous prétexte « que la fausse pucelle ne commença à se donner pour Jeanne d'Arc qu’en arrivant. à Paris... et qu'il est extraordinaire que Jeanne des Harmoises eût pu être si promptement et si facilement démasquée à Paris, où l’on connaissait fort peu Jeanne d’Are, tandis qu'Orléans et le pays lorrain qui la connais saient beaucoup mieux s'y étaient laissé tromper.., enfin que Pierre du Lys, après la scène du Palais n'aurait pas manqué de quitter sa prétendue sœur et n'aurait pas osé dire, en 1443, dans sa supplique au due: d'Orléans, qu'il l'accompagnait toujours ».
Mais où M. Grillon de Givry a-t-il vu. que « la fausse pucelle ne commença à se donner pour Jeanne d'Arc qu'en arrivant à Paris » ? À quel titre auraitelle été « très honorablement receue à Orléans » ? L'erreur des Parisiens fut manifestement une conséquence de l'erreur des, Orléanais.. Si l’Université et le Parlement voulurent tirer la chose au clair, e/est qu’ils avaient des raisons de croire que: la Pucelle qu'ils avaient contribué à faire condamner fut bel et bien exécutée à Rouen.
Quant à Pierre du Lys, il nous paraît plus que douteux qu’il ait accompagné sa prétendue sœur, Jeanne des Armoiïses, jusqu’en 1443. L'acte dont on fait état
4. Journal d'un Bourgeois de Paris, p, 354855; nomme aie t. V,p. 334-335 ; Grillon de Givry, p. 47.